OCCITANIE

                                                 GOTHIE

 
 
 

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L'épopée des GOTHS, de l'Iran au Languedoc 


Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens.  
(Ce texte est un résumé de l'hitoire des Goths, il permet une vue d'ensemble et linéaire de cette épopée; tout résumé oblige à des raccourcis sauf quand il s'agit de rétablir des vérités occultées ou faussées par l'histoire "officielle" ).      
  

  

 
 
 
 

(cliquez sur un  chapitre) 

 

1_PREMIERE_GOTHIE                    

2_DEUXIEME_et_TROISIEME_GOTHIE      

3_QUATRIEME_GOTHIE                        

4_ALARIC                                     
    ( Dendrogramme des distances génétiques
entre provinces françaises).

5_SIXIEME_GOTHIE__Toulouse_                  

6_CINQUIEME_GOTHIE                      

7_SIXIEME_GOTHIE__Tolede_            
8_LES_GOTHS_APRES_711 
9_WILHELMIDES_et_CAROLINGIENS  ( Bernard de Septimanie, Dhuoda)


 

     10     ANNEXES



      BIBLIOGRAPHIE

 carte_1
 carte_2
 

 THOR

 Thor au marteau             dieu  Adad au marteau

    (manuscrit islandais)                                      (Mésopotamie)   

(Les dieux de la foudre et du tonnerre, symbolisés par le marteau)      
                                                                            
 

1-PREMIERE GOTHIE

                                                  

  A l'ouest de l’Iran, dans les monts Zagros qui surplombent le golfe Persique et la Mésopotamie, vivait entre le XXII° et VI° siècle avant le Christ , le peuple guerrier des Gutis (Goutis). Au –V° siècle le pays qu’ils occupaient s’appelait encore le Gutium

 

   Depuis le millénaire -V les peuples des steppes, aspirés par les grands espaces, ont régulièrement envahi, à l’ouest l’Europe, au sud l’Iran, au sud-est les Indes; à l’est on retrouve leurs traces aux frontières de la Chine. On a déterré au Xinjiang une centaine de momies de types indo-européens daté de -3000 à -1000.

   On ignore la façon dont se sont formées ces populations tout autant que leur origine; la théorie classique la place au sud de la Russie et au nord du Caucase; ce foyer, un peu trop circonscrit, devait en réalité s’étendre au delà de l'Oural. 

   Au -IV° millénaire, ou à la fin du -V°, celles qui s’étaient installés en Ukraine poussèrent jusqu’aux plaines danubiennes, puis plus tard, au-delà jusqu’à l’Atlantique.

   Leurs raids répétitifs, tsunamis ou infiltrations, refoulant ou assimilant les autochtones se trouvant sur leur chemin, sont à l’origine de diverses cultures, plus ou moins reconnues par l’archéologie. (André Martinet, "Des steppes aux océans",Payot. Luca Cavalli-Sforza, "Gènes, peuples et langues", Odile Jacob,1996).
 

   A la fin du millénaire -XXX, un groupe important de migrants déferla sur l’Iran et s’établit dans les territoires montagneux d'Anshan (où ils fondèrent peut-être la cité proto-élamite d'Ansan) au sud de ce pays dans ce qui deviendra  l’Elam. Ils se divisèrent en plusieurs tribus. L’une de ces tribus prit l’ethnonyme « Guti », ou fut désignée ainsi par ses voisines, d’un nom ou d’un adjectif dont on ignore le sens; le clan dominant s’appelait peut-être, déjà, « Guti ». Puis ces Gutis furent refoulés par les Elamites: ils migrèrent vers le Zagros et se sédentarisèrent entre les rivières Diyala et Zab-é-Kuchek. Guerriers, paysans et éleveurs, ils pratiquaient la transhumance du Kordestan au Lorestan. Au plus fort de leur extension ils occupèrent Kirkouk.

   Avec les Lulubis, d’origine ethnique différente, ils furent les principaux guerriers du Zagros. Un texte cunéiforme mentionnant l’origine de certains esclaves issus de ces montagnes, donne une précision intéressante : « les Gutis à la peau clair ».

  Alors, fortement individualisés, et ayant pour voisines des civilisations connaissant l’écriture, les Gutis ont laissés des traces très marquées.

   Vers -1900, des cousins indo-européens, venant des plaines danubiennes et des bord  de  la Volga,  envahirent,  au nord,  le Jutland  et  la  Scandinavie;  au  sud  ils pénétrèrent  dans la plaine iranienne du Gurgan. Certains, poursuivant, ou reprenant leur avance, se retrouvèrent soumis par les Hourrites et autres peuples du Zagros.. D’autres atteignirent la vallée de l’Indus.    Le nom du pays « Anshan », que les Gutis habitèrent longtemps, s’écrivait sur les tablettes du roi guti Lassirab : Ansan. De ce riche Ansan vient le « ansuz » gothique, c’est-à-dire les Anses. Les ancêtres des languedociens firent des Anses des dieux dont-ils se vantaient de descendre (AN signifie à la fois « dieu » et « ciel »). Plus tard, les légendes rassemblées en Islande les appelleront « Ases ». Ans se retrouve dans de nombreuses formations anthroponymes chez les Goths et chez les Carolingiens:  Ansemund, Ansegisèle, Ansila…
 

       Au -XXII° siècle, le roi d’Akkad - Agadé - Sarganissari, qui « a posé à Babylone les fondations des temples d’Annunit et d’an-Amal », combat les Gutis qui avaient envahi son pays et capture leur chef Sarlak. Son petit-fils Naram-Sin eut aussi à les combattre, « victorieusement ». On a trouvé à Suse une tablette sur laquelle ce roi, étranger à la ville, mentionne, avec tous les dieux élamites, le dieu babylonien AMAL, auquel les akkadiens adressent particulièrement leurs dévotions. Devenus maîtres du pays, les Gutis adoptèrent naturellement ce dieu, s’ils ne l’avaient déjà dans leur panthéon. Deux autres dieux invoqués par Lassirab (roi guti)  sur une tablette, sont Ishtar et Sin le dieu lune. Au quatrième siècle, Wulfila, l’apôtre des Goths, leur interdisait avec force le culte de la lune.. Une divinité, introduite en Mésopotamie par les Ammorites, était « Haddad » (Adad), « celui qui tonne » en brandissant un marteau. Le dieu Thor, le préféré des Goths ( le vainqueur des Huns s’appellera « Thorismond »), est aussi « le tonnerre qui porte un marteau ». Ishtar est la déesse de la sexualité et de la génération qui se manifeste par la prostitution; c’est la même que Freya, la « venus » scandinave qui « court après le rut ».

   Deux millénaires plus tard, au Gotaland et en Gothiscanza, les scaldes racontaient que  l’ancêtre  mythique  de  l’un  des deux  clans  « royaux »  gothiques se nommait Amal.  «  Le premier  de  ces  Anses  fut  Gapt,  qui  engendra  Halmal ;  Halmal engendra Augis; Augis engendra celui qui est appelé Amala duquel les Amal tire leur origine » (Jordanès).

  Le nom de l’autre clan « royal » gothique,  Balthe, assimilé au germanique  bald , audacieux, hardi, est d’origine sémitique. Il a pour racine  Baal  qui signifie  seigneur,  maître . Baltaya était un nom répandu en Mésopotamie.

   Naram-Sin , descendant de Sargon (-2270) l’un des grands roi d’Akkad, repoussa plusieurs de leurs attaques. A la mort de son fils, l’empire d’Agadé entra dans une totale anarchie, ce dont profitèrent les Gutis pour conquérir la Mésopotamie. Un texte sumérien les décrit ainsi: « ce peuple sans discipline a l’aspect et le langage des chiens. Le dieu Enlil les fit descendre des montagnes pour dévaster la terre comme des sauterelles ». Cent ans plus tard, après leur départ, on écrivait encore sur leurs méfaits : « ces scorpions…ces vipères… ils volaient les épouses, les enfants, couvraient le pays de ruines, écrasaient le peuple d’impôts. Ils emmenaient à Kirkouk toutes les statues des dieux ».   Mais pendant leur occupation ils protégèrent l’empire. Leur roi Erridu-Pizir remporta plusieurs victoires sur les Lullubis et les Hurrites.

    Vers    -2120, le roi d’Uruk, Utuhégal, les attaqua, refusant leur proposition de négocier. Les Gutis furent vaincus. Leur roi Tirikan s’enfuit et trouva refuge à Dubrum. Menacé de représailles, les habitants de la ville le livrèrent à Utuhégal.

   GUTIUM

Alexandre Moret, Histoire de l'Orient, PUF

   Les auteurs des chroniques mésopotamiennes sont accusés d’avoir inventé une longue généalogie royale gutéenne d’Akkad pour donner plus de poids à une « modeste » victoire du roi d’Uruk. Il faut alors remettre en cause toute l’histoire, le plus souvent écrite par les vainqueurs. Il est vrai que les noms de certains de ces souverains  sont  curieux : Iku Kum Lakaba, « huile  puante  sans  parole »  ou bien  I-Ar Lakaba, « il se déplace silencieusement ».  Les  scribes ont  pu se venger, après coup, de rois haïs par des jeux de mots. Suivant les différentes chroniques royales, il y eut 12, 21 ou 23 rois Gutis, sur des périodes s’étalant  de 91 à 125 années. Un manuscrit d’argile donne une précision intéressante : « l’armée du Gutium n’avait pas de roi, tout ensemble elle régna cinq ans; le premier roi fut ensuite Ing-Isu ». (Chroniques Mésopotamiennes, de J.-J. Glassner, les Belles Lettres 1993).

   Le sumérien Sulgi, roi d’Ur, qui régna un demi-siècle (-2094-2047), s’acharna à conquérir les pays montagneux des Lulubis et des Hurrites. Dans la même période les Gutis avaient vaincu le roi de l’Elam Puzur-Inshushinak et laissé son pays exsangue. Sulgi (Shulgi) en profita pour le soumettre ainsi que l’Ansan. Il fit appel, pour garder ses nouvelles frontières, aux guerriers des peuples du Zagros qu’il paya comme mercenaires.

   Vers -1250 Salmanasar I° (-1273-1244) attaqua, en vain, les Gutis « habiles au meurtre ».

   AssurResh-Ishi I° (-1132-1115) guerroya avec succès contre les peuples du Zagros, les Lullumis et les « Kutis ».

   Teglath-Phalazar  (-1115-1077) eut aussi à faire aux Lullumé et aux « Qutu ».
   (Sur toute cette période, entre autres : Histoire de l'antiquité, Edouard Meyer, ed. Geuthner, 1926).

   En marge de la Mésopotamie, les Gutis, guerriers paysans, représentaient alors une forte nation « barbare » avec qui il fallait encore compter au VII° siècle avant Jésus-Christ. En -691, avec d’autres peuples du Zagros, ils prirent le parti du roi de l’Elam ,Humban-Niména II (Menanu) qui, avec leur aide et celle des Chaldéens, combat avec succès l’Assyrie (bataille d’Halulé).

   Après  le  départ  d’une  faction  importante  de  leur  élite guerrière  à  la  suite des Scythes, ils continuèrent,  malgré  leur  vassalisation  à Babylone, puis leur ralliement aux Perses, à jouer un rôle important.
 

   Mille ans avant le Christ les Scythes parcouraient les steppes qui s’étendent de part et d’autre de l’Oural; les Scythes proprement dit représentaient le clan principal d’un ensemble de tribus nomades dont l’unité était plus culturelle que politique. Les guerres inter-tribales semblent avoir été une de leurs principales distractions. Les  principaux clans occupaient un territoire qui s’étendait du Kouban (nord Caucase) aux plaines de Russie du sud et d’Ukraine. Très puissants et remuants entre -VII et -VI° s., ils débordèrent de leur domaine jusqu’en Allemagne de l’est, en Hongrie; en Roumanie ils donnèrent, peut-être, naissance au rameau gétique. Guerriers et aventureux, ils montèrent des expéditions qui les conduisirent en Perse, en Assyrie, en Asie Mineure, en Egypte. Vers -680, quelques tribus scythes rassemblées par Bartatua, franchirent le Caucase et, s’alliant aux Cimmériens de l’Iran du Nord, se livrèrent au pillage des pays du Taurus sous suzeraineté assyrienne. Refoulés par  Assarhadon, roi  d’Assyrie, Scythes  et   Cimmériens     s’attaquèrent   au  royaume  phrygien,  ennemi de l’Assyrie. Assarhadon, en remerciement, donna l’une de ses filles au roi scythe (-676). Ces Scythes s’établirent en Urartu , puis en Azerbaïdjan. En peu de temps ils réussirent à vassaliser les Mèdes et se lancèrent dans une grande expédition de pillage; ils franchirent le Zagros, y vainquirent les différents peuples qui l'habitaient, entraînant avec eux, de gré ou de force, deux clans gutis, peut-être  tirés  au  sort  (chapitre suivant). Ensuite ils envahirent la Syrie et la Palestine; l’Egypte se sentant menacée, le pharaon Psammétik I (fondateur de la XXVI dynastie)  les aurait payé pour détourner leur ardeur. (vers -635).                                 .

   Le roi des Mèdes, Cyaxare, que les Scythe détenaient en otage, parvint à recouvrer la liberté en massacrant les chefs ennemis au cours d’un banquet.  Les Mèdes, alors, reprirent l’initiative et, victorieux de l’Assyrie et de Babylone ils se retournèrent contre les Scythes et les boutèrent définitivement de la région. Quelques uns s’établirent entre la mer Caspienne et la mer d’Aral : d’aucun les considèrent comme les ancêtres des Parthes. D’autres se mirent au service de Cyaxare. La plupart, avec les Gutis, poursuivirent l’aventure en Ukraine. Ils y devinrent les Scythes Royaux, s’enrichissant du tribut que leur payaient les cités grecques de la mer Noire (Crimée), et contrôlant les échanges entre ces cités et l’Europe nordique.

   A partir de -550, ils organisèrent de nouvelles expéditions de pillage vers la Pologne et l’Allemagne de l’est ou s’épanouissait la civilisation lusacienne qui disparue brutalement.

   Les Gutis, à leur traîne, guerriers des clans Balthe et Amal, ont refusé leur absorption par les Scythes, malgré les nombreuses alliances conclues tout au long de cette première « grande errance ». Des rives sud de la Baltique  ils ont traversé  cette mer et occupé, en s’imposant aux autochtones, les riches plaines de Suède qui deviendront le « Gotland ».

   Que devinrent les Gutis du Zagros? Le Gutium,province babylonienne, prit sous l’autorité de son gouverneur Ugbaru, le parti de Cyrus II (539), permettant à celui-ci d’entrer à Babylone sans combat : « alors, les Gutis porteurs de boucliers entourèrent les portes de l’Esagil, mais il n’y eut pas interruption des rites ». Au -III°s.  L’armée du Gutium intervient lors des règnes des descendants d’Alexandre le grand en Babylonie. Il est probable que les Goths et les Gutis ne s’ignorèrent pas : on verra que, en 536 les Ostrogoths d’Italie demandèrent l’aide des Perses contre les Byzantins. Les voyageurs goths allaient très loin : on a retrouvé aux Indes, dans une grotte-temple de Junnar, des inscriptions identifiées comme gothiques par les archéologues Bhagwanlal et Burgess.

   Ce même troisième siècle avant le Christ, les Sarmates envahirent les plaines d’Ukraine, soumettant les Scythes. Ils furent suivis par d’autres iraniens, les Alains. Ces peuples venus d’Iran devaient affronter les Goths quand ceux-ci décidèrent de fonder une nouvelle Gothie de « la Roumanie à l’Oural                                                    
         

 

                                                                                             

                      

 

                   2-DEUXIEME et TROISIEME GOTHIE
 

   La principale source d’information sur cette période vient de l’historien alano-goth Jordanès qui écrivait vers 550. Dans son ouvrage il résume en un livre une « histoire des Goths » en douze volumes, rédigée par Cassiodore à la demande de Théodoric d’Italie, oeuvre disparue. Dans sa dédicace Jordanès nous averti: « ces livres ne sont pas à ma disposition… je les ai relu il y a longtemps en l’espace de trois jours ». On pourrait alors douter de la fiabilité de son récit, mais les sagas alors très « chantées » (en partie à l’origine des chansons de gestes), ainsi que les récits de ses contemporains perpétuant la mémoire de leurs pères, tout comme ceux de leurs ennemis gréco-latins qu’il connaissait rendent son "Origo Gothica" irremplaçable  et donne une image tragique et glorieuse de ce peuple, après deux millénaires de stabilité en Iran ("De l'origine et des actes des Goths", trad. Savagner, Garnier Frères 1881).

   Au IV° siècle avant le Christ,  Pythéas, navigateur marseillais, rencontre les Goutones en Europe du nord. Plusieurs auteurs grecs ou romains  signalent les « Goutons » et les « Goutis » des deux côtés de la Baltique. (Guti à Akkad se prononçait « gouti »).

   En Suède méridionale l’archéologie indique une réduction des nécropoles gothiques à partir de -5O, imputable à un exode de population provoqué, semble-t-il, par un refroidissement du climat.

   La première migration depuis le Götaland débute donc, avant -50, vers les territoires plus cléments du continent, à l’ouest de l’embouchure de la Vistule. Selon l’historien goth ses compatriotes organisent une grande expédition qu’ils placent sous le commandement d’un « roi » élu pour l’occasion, Bérig. Ses guerriers débarquent massivement et chassent les  Ulméruges. Ils établissent une tête de pont et, alors "ils subjuguèrent les Vandales, leurs voisins, et les appelèrent à partager leurs victoires" (Jordanès).
                                                                                                              

    Depuis plus de cinquante ans les Burgondes occupaient les rives de la Vistule, en bonne entente avec les Goths. 

   L’archéologie reconnaît dans la culture de Luboszyce (Oder-Neisse) attribuée aux Burgondes, des convergences importantes avec la culture de Wielbark attribuée aux Goths.

   Jordanès (qui se vante quelque peu lorsqu’il affirme l’assujettissement des Vandales par les Goths) emploi, pour illustrer cet « exode » un raccourci colporté par les différentes sagas scandinaves : les Goths s’embarquèrent sur trois navires. Deux arrivèrent sur le continent. Beaucoup d’historiens prennent un peu trop à la lettre ce texte, et en déduisent que seule une petite communauté émigra. Or, cette allégorie, commune à plusieurs peuples scandinaves – on en trouvera encore le principe  dans la geste d’Aimeri de Narbonne- se décrypte ainsi : la population fut divisée en trois partie dont deux quittèrent le pays par mer.

   Paul Diacre (720-799) dans son histoire des Lombards (de gestis Logobardum) relate le départ de ses compatriotes du sud de la Suède :

     « Lorsque la population eut crû au point de n’avoir plus de place, elle fut divisée en trois parts, et l’on tira au sort celle qui devait partir pour trouver une autre patrie. » Que dit Jordanès?: «  C’est de cette île Scanzia, comme d’une fabrique de nation,comme d’une « matrice de peuples », que sortirent les Goths ». Ce n’était pas exactement le cas pour les Goths, mais cela n’en évoque pas moins une réalité : de cette Scanzia surpeuplée venaient tous les peuples « germaniques », Skires, Bastarnes, Burgondes, Vandales, Ruges, Cimbres, avaient pour origines la Norvège ; Teutons, Luges, le Danemark… Ils étaient prolifiques et remuants. Quand la terre ne pouvait plus assurer leurs besoins ils partaient voir ailleurs : « parce que le pays produit plus d’hommes qu’il ne peut en nourrir » (P.Diacre).

   Le Götaland, en Suède, occupé par ceux qui lui ont donné son nom, est immense (30 à 35000 km.2) comparé aux territoires exigus du reste de la Scandinavie d’où sont partis la plupart des autres tribus. E. Demougeot fait remarquer que les Goths occupaient le grenier à blé actuel de la Suède, l’ensemble de ce pays comptant 1 dixième de terre cultivable, contre 1/144 en Norvège (Emilienne Demougeot, La formation de l'Europe et les invasions barbares, Aubier 1969). Pour avoir une idée de ce que devait être ce Götaland sous un climat favorable, nous pouvons nous fier au témoignage d’Adam de Brême qui le visita, le climat s’y étant apparemment amélioré, vers 1070 : « C’est un pays très fertile, riches en récoltes et en miel, et où la fécondité des troupeaux surpasse celle des autres pays » (Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum).

    Or, Jordanès nous en donne une toute autre image pour son temps : « Jamais, à cause des rigueurs du froid, l’on n’y rencontre les essaims d’abeilles fécondes en miel ».
 

    Les Goths, comme nous l’avons vu, ont eu comme base de départ vers la Suède, la Masurie qui devait prendre plus tard leur nom: Gotisk Anja, la côte des Goths (devenue Gdansk, en Pologne) et Gothiscanza.  Plusieurs d’entre eux étaient restés sur place, mêlés aux Vénèdes pré-slaves, rejoint, vers -100, par les Burgondes. C’est alors que les Vandales, arrivés cent ans plus tôt en Poméranie, où ils avaient constitué une confédération de petits peuples, ont voulu soumettre les tribus riveraines de la Vistule. L’expédition massive dirigée par Bérig, avait donc aussi pour but de libérer ces tribus, peut-être à la demande des Burgondes.

   Autant le succès de cette guerre que la détérioration des conditions climatiques ont contribué à la migration d’une grande partie de la population. Mais cela s’est fait progressivement et non brutalement. Cette guerre contre les Vandales, qui fut violente et cruelle, fit de ceux-ci les ennemis implacables des Goths. Elle reprit aussi durement quand ils se retrouvèrent en Espagne.

   Entre 10 et 20 après le Christ, les Goths, toujours aussi puissants, interviennent dans les querelles des Germains. « Il y avait parmi les Gotons un jeune noble, Catualda, jadis obligé de fuir la tribu de Marobod »(Tacite). Avec l’aide des Goths, et le soutien d’une partie des Marcomans - dont Marobod était le « roi »- il prend le pouvoir. Mais les Romains, qui commençaient  à s’intéresser à la Germanie, font intervenir les Hermondures du « roi » Vibillius. Catualda passe chez les Romains qui l’assigne à résidence à Fréjus. Marobod, lui, est accueilli à Ravenne, mais tous les fidèles de ces deux chefs, « pour ne plus troubler la paix de « nos » provinces, » dit Tacite, sont exilés entre le Maros (Mures) et le Körös, affluents du Danube, où on leur impose un chef Qade, Vannius. Qui était ce Catualda? Probablement le chef d’une famille gotho-marcomanique ; son nom, déformé par Tacite, correspond au gothique Catto-hald. A partir de ce « catto » on trouve plusieurs toponymes dans le Midi et… en Normandie : Caton vielle (Gers); Catteville (Manche)…

   Les Marcomans s’installèrent un peu plus tard en Bohème.

   Cette guerre marque le début de l’affrontement entre Goths et Romains, et, dit Tacite, c’est le fils de Tibère, Drusus, qui «  se fit honneur par l’adresse avec laquelle il divisa les Germains ».

   Pourtant, ceux que les historiens appellent les « Germains orientaux » sont encore assez mal connus des auteurs romains.  Tacite nous décrit des Goths assujettis à des « rois » , « sans humilier leur liberté ».

   A la fin du premier siècle arrivent enfin ceux que notre historien appelle les « Goths paresseux » ou « lents », les Gépides, passagers du troisième navire de migrants du Götaland, qui commencent, pour se faire de la place, par massacrer des Burgondes. Ce qui ne fut pas du goût de leurs compatriotes. Les affrontements continuels provoqués par l’exigence d’un partage des terres, puis, finalement, « la masse du peuple ayant augmenté dans des proportions énormes » (Jordanès), les Goths décident d’étendre leur domaine en direction du sud-est - d’où ils étaient venus quelques siècles plus tôt. Cette deuxième « migration » se fit par étapes, précédée d’avant-garde de guerriers. Ce fut une progression péristaltique imposée par le nombre. C’est une caractéristique de cette nation. Leur  déplacement s’est toujours fait progressivement, quelques fois sur plusieurs générations, comme ce fut le cas cette fois encore, et comme se le sera, plus tard, en Languedoc. Les  migrations des autres peuples barbares étaient toujours brutales et rapides : Vandales, de la Germanie à l’Afrique, Lombards et Ostrogoths en Italie…(sans oublier les Cimbres et les Teutons  vaincus par Marius en -101 à Verceil).

   La conquête de l’Ukraine et de la Moldavie eut pour conséquence la soumission aux Goths de peuplades éparses dont les « Spali », une tribu d’Alain, et des Vénèdes, les ancêtres des Slaves.  A mesure de leur avance les Goths se heurtent aux Sarmates, les repoussant et libérant leurs esclaves scythes  qu’ils intègrent. Jordanès s’approprie leur histoire, avec  légitimité ; Agobard de Lyon, au IX° siècle, nomme « scythes » les Goths de l’empire Carolingien.

   Les Grecs appelaient les Wisigoths « Gètes », d’un peuple parents des Scythes dont ils occupaient une partie du territoire (Moldavie).

   Pendant cette migration les Goths n’avançaient pas à l’aveuglette. Ils avaient parcouru ces pays,  jadis, avec les Scythes, et  certains devaient  s’y rendre souvent.

   Sur les berges du Dniestr, les combats contre les Sarmates furent plus violents, mais ces derniers, proportionnellement peu nombreux, finirent par s’entendre avec les envahisseurs : Sarmates et Goths s’associèrent souvent pour des expéditions de pillage chez les Grecs. C’est pendant ces alliances que les Ostrogoths adoptèrent l’équipement lourd, cuirassé, des cavaliers Sarmates, alors que les Wisigoths  resteront fidèles à la cavalerie légère qu’ils tenaient des Scythes.

   On l’a vu, les Goths possédaient deux clans dit « royaux ». En réalité il s’agissait de deux tribus, chacune, et ensemble, à liens familiaux plus ou moins forts, et dont les chefs, les REIKS, étaient démocratiquement élus en cas de besoin (comme Bérig et comme Ing-Isu à Akkad). Le domaine de la quatrieme Gothie, immense, s’étendait de la Roumanie à la banlieue de l’Oural. Les deux clans se partagèrent logiquement cette conquête : l’est aux Amal, devenus les Ostrogoths (Ostlich Goten: Goths de l’est); l’ouest aux Balthe, devenus les Wisigoths (Westlich Goten :Goths de l’ouest). On ne sait si eux même se désignaient ainsi. On sait que les Wisigoths étaient surnommés  TERVINGI, « hommes des forêts » (de Roumanie), et VESI, « les bons ». Les Ostrogoths eux, étaient surnommés GREUTINGI, « hommes des steppes » ou « de pierre ». 

   Les Gréco-latins faisaient aux Goths la réputation d’avoir une royauté puissante.   Cette idée leur venait de la qualité des chefs appelés reiks, il était naturel d’en faire des rex. Ceux-ci, en dehors des périodes de troubles, se réunissaient plus ou moins régulièrement en assemblée, ébauche de parlement, le "méguistan". Qui furent ces reiks et quelle généalogie peut-on en faire? Si l’œuvre de Cassiodore nous était parvenu nous aurions peut-être une généalogie tout à la gloire des Amal, puisque c’est Théodoric d’Italie, l’Amal, qui commanda ces études au grand romain. Jordanès nous donne de bonnes indications, venant de Cassiodore ET des sagas. Entre Bérig qui vainquit les Vandales, et Filimer qui conduisit les Tervinges et les Greutunges en Ukraine, et « qui est le cinquième roi après le gouvernement de Bérig », il y a deux siècles pour cinq rois. Improbable. Mais l’historien écrit que ses compatriotes « célébraient  dans des chants accompagnés de la harpe, les hauts faits de leurs aïeux, d’Ethespamara, d’Amala, de Fredigern, de Widicula et d’autres encore », héros de l’époque antérieure à Filimer. Celui-ci étant le fils de Gundéric le Grand, nous avons, avec d’autres inconnus, plus de rois qu’il n’en faut pour établir une généalogie de type classique, ce qui dans le cas de ce peuple, en ces périodes, n’a pas de sens. « On suivit -nous dit le compilateur de Cassiodore- dès le règne du cinquième roi après le gouvernement de Berig, l’avis de Filimer, de Filogud et d’Arigis ». Nous comprenons qu’il y avait trois reiks, puis que Filimer fut élu seul chef, ou roi?  Le mot  roi existe en gotique : thiudans.  Titre peut-être donné à Filimer.  Dans tout les cas la force de ce peuple venait  de son aristocratie clanique, dont on élisait un (thiudans) ou plusieurs chefs (reiks) en cas de danger. Ce qui est certain c’est qu’une royauté héréditaire de père en fils n'existait pas à l'époque.
                                                                                                               
 

                              

3-QUATRIEME GOTHIE

   HUNS

  

   Le territoire occupé par les Wisigoths,  avant 376,  c’est-à-dire  la  quatrième Gothie après Gutium, Gotaland  et  Gothiscanza, correspondait   approximativement  au  pays compris  entre  le  Dniestr  au  nord,  le   Danube au sud, l’Olt  à  l’ouest (affluent du Danube), la mer Noire à l’est. Au-delà , à l’est, c’était le domaine ostrogoth s’étendant jusqu’au Don et , progressivement, plus loin.

   Très peuplé à la veille de l’arrivée des Huns, on estime sa densité d’occupation égale à la moitié de celle, moyenne, de l’Empire, (alors en voie de dépeuplement) ce qui donne une population de un million trois cent mille âmes, dont les trois quarts de Tervinges, le reste étant constitué de diverses peuplades alliées ou soumises.

   Après avoir pris la ville grecque d’Olbia, en 238, les Goths ne cessèrent de harceler l’empire romain. En 242, alliés aux Sarmates, ils pénétrèrent  en Mésie, d’où ils furent rapidement refoulés. Ils récidivèrent en 243, conduits par Argunt  et Gundéric, et ravagèrent encore Mésie et Thrace, accompagnés cette fois par les Carpes cruels, des Bastarnes et des Vandales. En 248, le roi Ostrogotha (du clan Amal) parce que « les Goths, suivant leur coutume, se virent, avec colère, privés de leurs subsides » (Jordanès ) mobilise une armée de trente mille wisi-ostrogoths, avec des Taifales et des Carpes; ils passèrent le Danube, une première fois, puis une seconde fois avec les reiks Argunt et Gundéric, en remplacement d’Ostrogotha retenu par une attaque des Vandales alliés aux Gépides, à qui le roi infligea une sanglante défaite.

    En 250, l’un des plus grands rois balthes  Kniva, rassembla une forte armée composée d’hommes issus de toutes les tribus alliées ou vassales. Formant trois corps « expéditionnaires », ils envahirent l’Empire, remportant victoire sur victoire pendant trois ans, jusqu’à la mort de Kniva (253). L’empereur Decius et son fils furent tués en leur résistant (251).

   En 266, Respa et Veduco, Thuro et Varo, reiks goths, s’emparèrent de navires, passèrent l’Hellespont, (les Dardanelles) pillèrent un grand nombre de cités et livrèrent aux flammes le temple de Diane, à Ephèse… de là ils passèrent en Bithynie, « renversèrent» Chalcédoine… ils repassèrent le détroit de l’Hellespont, après avoir ravagé sur leur passage Troie et Illion… Des Burgondes et des Eudusiens s’étaient joint à eux.

   En 267, les Goths et les Hérules armèrent à nouveau une armada de plusieurs centaines de navires (six mille navires  selon un auteur de l’époque) et attaquèrent l’Empire par mer pendant qu’une « multitude » de Goths et de tribus diverses envahirent la Thrace par voie terrestre, le tout rassemblant trois cent vingt mille hommes, femmes et enfants. Ce n’est plus une opération de pillage, mais une tentative d’invasion massive. Dispersés,  ils  furent  vaincus  par  l’empereur Claude II  (victoire de Naissus, 269). La peste eut raison de nombreux vaincue et vainqueur.

   Si moins d’un siècle après l’arrivée des Goths en vue de la mer Noir, un tel nombre de barbares a pu être rassemblé, même en faisant la part de l’exagération, c’est que l’immigration de Germains vers la « Germanie orientale » où commençait a se poser des problèmes liés à la surnatalité, s’était amplifiée. Le peu d’empressement des Goths à partager les terres les poussèrent à organiser ce départ, peut-être de quelques uns d’entre eux, mais surtout des tribus « étrangères » encombrantes. L’opération peut paraître suicidaire, mais d’une part elle était bien préparée et synchronisée avec les Ostrogoths et les Hérules; d’autre part les Romains ayant pour mauvaise habitude d’installer comme agriculteurs dans l’Empire, en manque de mains-d’œuvre, les vaincus, les risques étaient réduits, (et indifférents aux Goths). Les évènements tournèrent plutôt mal cette fois: pas dupes les Romains traitèrent les survivants en esclaves, dans l’espoir de décourager d’autres tentatives.

   En 270, les pirates goths infestaient encore les mers de Grèce. En 271, l’empereur Aurélien remporta une « grande victoire » sur les Wisigoths, c’est-à-dire qu’après une rapide campagne il en massacra cinq mille avec leur thiudans Cnivida (arrière grand père de Gébéric). Cette victoire fut suivie de l’attribution de subsides aux Tervinges à qui Aurélien abandonna, de plus, la Dacie Trajane.

   Pour compléter le « nettoyage », les Goths chassèrent, vers l’Empire, leurs ex-alliés Carpes et Bastarnes et repoussèrent, hors de leur frontière occidentale, les Vandales et les Gépides (291). Cela leur permis de réinstaller correctement  les rescapés goths de l’aventure de 269, qui  avaient réussi à repasser le Danube.

   En 275-276, les Goths de Pontide (rivages nord de la mer Noire) entreprirent une expédition maritime et, débarquant en Colchide (sud-Caucase) pillèrent l’Asie Mineure, suivant leur tradition, jusqu’à ce qu’ils soient refoulés par l’empereur Tacite à leur arrivée en Cilicie.

   De 295 à 305 les Wisigoths investissent la Monténie (Valachie); leur aire d’occupation était comprise entre le Danube et le Dniepr. En 315, Constantin qui combattait les Francs et les Alamans, doit quitter Trèves pour repousser une invasion tervinge.

   En 322, Rausimod (c'est-à-dire "Raginmund" du gotique "ragineis", conseiller, et "munds" protection; a donné "Raymond" et "Ramon")  roi wisigoth, allié aux Sarmates, envahit la Valérie (est-Hongrie). Constantin réussit  a l’écraser et à le tuer. Les prisonniers furent établis comme colons dans l’Empire.

   En 323, les Wisigoths pillèrent encore la Mésie et la Thrace. Constantin les obligea à libérer leurs captifs. La victoire, comme chaque fois, fut incomplète et suivie d’un accord: de nombreux guerriers tervinges furent intégrés à l’armée de l’empereur. Grâce à ce renfort ce dernier put vaincre son concurrent Licinius.  Cet usurpateur disposait, lui aussi, d’un contingent de guerriers goths sous les ordres du reiks Alica.

   En 325, Constantin fonda Constantinople, et Jordanès nous dit que pour construire « cette ville fameuse » il fut aidé par les Goths. Les Tervinges se prévaudront longtemps de cette aide apportée à Constantin; celui-ci fut (avec Théodose de façon moins justifiée) l’objet d’une estime particulière de la part des Wisigoths.

   En 331, les Tervinges s’en prirent aux Sarmates qui, pour résister, armèrent leurs esclaves. Le reiks Vidigoïa fut tué, mais les Sarmates, acculés, firent appel à l’empereur. Profitant des rigueurs de l’hiver 332, Constantin intervint et infligea aux Goths une dure défaite. La famine décima les familles qui avaient pénétré en territoire sarmate pour le coloniser. Ne pouvant cependant en venir à bout, l’empereur romain conclut  un  traité avec les  reiks  Ariaric  et  Aoric  (foedus    de 332) qui fournirent otages et guerriers en échange de subsides.

   Depuis 291 on assiste à une politique de colonisation systématique des terres par les Wisigoths qui chassaient  à mesure de leur accroissement, les peuplades plus ou moins alliées qu’ils dominaient sur place.

   En Ukraine-Moldavie, aire de la culture dite de « Tcherniakov », c’est-à-dire la culture correspondant à l’occupation wisigothique, le nombre des habitats était très élevé et de grandes dimensions. Ils « attestent une grande densité de population (Michel Kazanski, Les Goths, Errance 1991). Dans ce quatrième territoire les Goths semblent avoir tout fait pour se tailler une patrie pérenne. Les Ostrogoths s’étendaient vers l’Est et, avec Hermanaric à leur tête, arrivaient en vue de l’Oural. Les Wisigoths progressaient avec opiniâtreté vers le Sud-ouest ; (et le Sud: la Mésie était en voie de colonisation au moment de l’arrivée des Huns) . Les conséquences de cette politique volontariste furent tragiques pour les peuples refoulés dont certains, en se repliant sur la Germanie, provoquèrent des mouvements de tribus au-delà du Rhin. « Rome renonce, vaincue, à la guerre contre les barbares » écrivait, prophétique, en conclusion de son Histoire romaine, Dion Cassius en 228.

   En 335, Gébéric, élu roi, s’attaqua aux Vandales et remporta une victoire décisive: les rescapés se réfugièrent en Pannonie, si l’on en croit Jordanès. Mais pour ne pas rompre le foedus de 332 (il y eut intervention des Romains), les Tervinges renoncèrent à occuper  le territoire conquis. Les Vandales restèrent cantonnés entre le Maros et les trois Körös où les situe L. Schmidt (Histoire des Vandales, Payot 1953).

   Dès 360 ils recommencèrent leurs raids de pillage. Il y eut quelques réactions punitives, ce qui n’empêcha pas les Goths d’aider Julien, en 363, dans sa guerre mésopotamienne. Après sa mort la Thrace fut envahie. En représailles, Valens, le nouvel empereur d’Orient, dénonça le traité de 332 que l’usurpateur Procope se hâta de renouveller pour obtenir l’aide des Barbares. Valens réagit promptement, il captura et exécuta Procope (366) avant l’arrivée des Goths. Il envoya une ambassade au reiks Athanaric pour le sommer de s’expliquer. Athanaric se justifia en faisant état de la parenté de Procope avec Constantin. L’empereur refusa cette excuse et déclara la guerre. Il franchit le Danube en 367, mais Athanaric refusa l’affrontement et prit le « maquis » dans les Carpates. En 368 une crue du Danube empêcha une seconde campagne de Valens. Il réussit en 369 en traversant le fleuve sur un pont fait de radeaux assemblés. Le chef goth refusa encore le combat et harcela l’ennemi: « ils se dissimulaient dans les marais et lançaient de là de furtives escarmouches » (Zosime, IV,12). Valens, alors, offrit une prime à qui lui ramènerait la tête d’un Goth. Selon l’historien grec « les survivants demandèrent une armistice ». L’empereur accepta: les pertes provoquées par un insaisissable ennemi étaient trop élevées. De leur côté les Goths étaient menacés de famine; en effet les Romains attaquaient chaque année au moment des moissons. Valens rencontra Athanaric sur un radeau au milieu du fleuve, pour traiter d’égal à égal à la demande du Tervinge (les historiens gréco-latins tentèrent de sauver la face en affirmant que le chef Vési avait juré à son père de ne jamais fouler le sol romain…) Toujours d’après ces historiens le traité conclu « n’était en rien déshonorant pour les Romains ».

   Athanaric profita de la paix retrouvée pour persécuter les chrétiens. Il semble qu’il ait voulu, profitant de l’influence grandissante de ceux-ci, établir une royauté à son profit en s’appuyant sur les traditionalistes qui considéraient le christianisme comme subversif. Il déclancha une guerre civile qui fut fatale à la quatrième Gothie.
                                                                    

   En 375, invasion des Huns alliés aux Alains,  renforcés de divers peuples spoliés par les Greutunges. L’empire ostrogoth s’écroula : « l’Alexandre »goth Hermanaric (Emenric) se suicida, son fils périt en combattant. Deux reiks, Alathéus et Safrac prirent en charge son enfant Vidéric et rejoignirent les Wisigoths. A leur tour débordé, une partie de ceux-ci, sous les ordres d’Athanaric, se réfugia dans les Carpathes pour organiser une  résistance où s’illustra Mundéric. Les Tervinges tentèrent même, semble-t-il, d’ériger un lime fortifié. Les Wisigoths restés dans les plaines, chrétiens pour la plupart, fidèles aux reiks Fredegern et Alavivus, voulaient passer le Danube et se réfugier dans l’empire romain. Fredegern fit demander à Valens l’autorisation de traverser le fleuve (376), s’engageant à le servir pour lutter contre la menace hunnique. Valens, alors en guerre contre les Perses, mal informé de la situation réelle, autorisa qu’ils soient parqués en Mésie et en Thrace en attendant son retour.

   Ils passèrent le fleuve durant l’automne 376. « Il reçu les Gètes dans les campagnes de Mésie et les y établit comme un rempart contre les autres nations » (Jordanès). « L’incorporation de ces étrangers dans l’armée nationale allait la rendre invincible » (Ammien).

   « On envoya des officiers chargés de trouver les moyens de faire traverser le Danube à tous ces hôtes redoutables. On veilla à ce qu’aucun des futurs destructeurs de l’empire ne restât sur l’autre rive… » (Ammien Marcellin).

   Les témoins décrivent l’ampleur, imprévue, de ce qui s’averra être plus qu’une migration, et laissent apparaître leur crainte : « jours et nuits, les Goths, entassés dans des embarcations, sur des radeaux, des troncs d’arbres, traversaient le fleuve. Quantités d’entres eux s’efforçaient de passer à la nage et se noyèrent… tout cet empressement pour aboutir à la ruine du monde romain »… Ils étaient trop nombreux pour qu’on pût les compter ; « les officiers chargés du recensement durent finalement renoncer (à compter)...autant vouloir dénombrer les grains de sable soulevés par le vent sur les plages de Lybie ! » (Ammien). Eunape de Sardes dit qu’il y avait deux cents mille guerriers dans la première vague de réfugiés.

   « Le sol barbare a vomi, comme les laves de l’Etna, ses enfants sur nos terres » ; c’est un « fleuve qui rompt ses digues », « un volcan en éruption », un « torrent dévastateur ».

   Sur la rive gauche s’entassaient une foule de fugitifs que l’Empire refusait d’accueillir parce que trop nombreux. Mais des Ostrogoths et des Alains ralliés commandés par les reiks Alatheus et Safrac, ainsi que d’autres Goths et des Taiffales rassemblés par le Reiks Farnobius, traversèrent le Danube en aval, à l’insu de l’armée romaine.

   Lupicinus et Maximus, préposés à la surveillance des Goths de Fredegern, profitèrent de l’absence de l’empereur pour les exploiter. « Les généraux, poussés par la cupidité, leur faisaient payer très chère, non seulement la viande de mouton et de bœuf, mais aussi  la viande de chiens et d’animaux immondes morts de maladie: les choses en vinrent au point que ces malheureux durent donner un esclave par pain ou par dix livres de viande, Et lorsqu’ils n’eurent plus ni esclave ni bien matériel, les avides marchands, profitant de la faim qui les tourmentait exigèrent qu’ils leur donna leurs fils ».(Jordanès)

   Zosime, qui ménage moins ses compatriotes que Jordanès, et plus proche des évènements,dit les choses plus crûment: « …les officiers supérieurs passèrent le fleuve pour désarmer les Barbares avant qu’ils franchissent la frontière, mais ils ne se souciaient de rien d’autre que de s’emparer  de  belles femmes et de garçons dans la fleur de l’âge en vue de débauches honteuses ». En mars 377, craignant une alliance ente eux et les Ostrogoths, les deux généraux romains invitent à un banquet Alavivus et Fredegern  dans l’intention de les assassiner. Mais Fredegern réussit à s’échapper : « Il entendit les cris des malheureux mourants; les soldats, par ordre, s’efforçaient de massacrer ses compagnons enfermés dans une autre salle, et la voix des mourants qui éclatait avec force retentissait à ses oreilles soupçonneuses; aussitôt Fredegern, soupçonnant une trahison, tira son épée dans la salle même du banquet, sortit avec une grande témérité et une grande promptitude, arracha ses compagnons à une mort imminente et les excita à massacrer les Romains… Cette journée mit un terme à la famine des Goths et à la sécurité des Romains ».(Jordanès).

   Quelques troupes purent contrarier les barbares au nord des Balkans, mais au sud, les colons germains auxquels se joignirent les esclaves révoltés des mines de Macédoine, allèrent rallier Fredegern. Le pays  fut ravagé. Lupicinus qui put rassembler quelques légions, fut massacré avec elles. La voie libérée, de nombreux Greutunges traversèrent le Danube, aidés par les Tervinges. Dans les mois qui suivirent, profitant du chaos, d’autres fugitifs Goths, Alains, et même des Huns mêlés à eux, traversèrent le fleuve. Les comptes rendus des contemporains donnent une image de raz -de -marée, « de torrent dévastateur ». Y-a-il là  une part d’exagération due à la terreur engendrée par ces bandes indisciplinées exaspérées par la famine, brûlant, pillant, violant? On peut se demander pourquoi Fredegern, comme plus tard Alaric, n’ont pas utilisé cette masse qui leur eut permis d’investir l’Empire. En dehors du fait que ces bandes étaient incontrôlables, la société gothique, comme la romaine, aristocratique et esclavagiste, ne tenait pas à une telle compromission. Sur un plan strictement militaire les Wisigoths furent favorisés par la pagaïe que semaient ces révoltés; sur un plan économique, par leur concurrence, ils multiplièrent les difficultés d’approvisionnement.

   Alors l’empereur d’Occident, Gratien, envoie son armée. Fredegern et ses troupes « régulières » sont repoussées; ils se barricadent entre le Danube et la mer Noire, en Petite Scythie. Le reiks fit appel à Alatheus et Safrac. Leur cavalerie dégage les assiégés (été377). C’est la première intervention de cette cavalerie cuirassée qui les sortira souvent d’un mauvais pas.

   Où était le peuple gothan pendant cette guerre? Fredegern n’entraînait que des guerriers avec des chariots constituant l’intendance. Pour les Tervinges de la Grande Errance, il faut se débarrasser une bonne fois pour toute, du cliché  des « guerriers allant au combat suivis des femmes et de leur marmaille ». Quand Radagaise et ses deux cents mille Ostrogoths envahirent l’Italie, ils furent facilement défaits en raison des familles qui les encombraient. Avant la bataille d’Andrinople les rapports que reçut Valens donnaient le chiffre de dix mille hommes en route vers la ville. Puis, avant l’engagement, les Romains s’aperçurent que les guerriers étaient plus nombreux que prévu, soit le double, et sans leur famille.

   Seules les villes pourvues de remparts furent épargnées. Les Romains remportèrent quelques succès: ils massacrent Farnobius et sa tribu hétéroclite. Les survivants sont envoyés en Italie et en Aquitaine. La situation devenant désespérée Valens abandonna la Syrie où il affrontait les Perses, et rejoignit la Grèce avec son armée puissante et aguerrie (printemps 378), il mobilisa sur place et disposa ainsi de quarante mille hommes. Assez mal accueilli dans la capitale, l’empereur se rendit à Andrinople vers laquelle Fredegern fit alors témérairement mouvement. Valens attendit, avant de passer à l’attaque, des renforts promis par Gratien, mais ceux-ci  furent retardés par les Alains. Le reiks goth, qui se barricada derrière un rempart de chariots, attendait, quant à lui, l’intervention de l’invincible cavalerie Alano-Greutunge. Pour gagner du temps, il tenta de parlementer, réclamant la Thrace comme établissement pour son peuple. Valens refusa: il voyait dans ces tentatives de négociations un aveu de faiblesse. Poussé par son état-major, il décida d’attaquer le 9 août au matin. En fin de journée, Fredegern, inexpugnable derrière ses chariots, fit de nouvelles propositions qui semblèrent avoir été acceptées, car il demanda un otage de haut rang comme « garantie pour convaincre ses guerriers » de la bonne foie des ennemis. L’indiscipline de quelques officiers romains fit échouer l’opération, quand, fort à propos, arriva les cavaliers d’Alatheus et Safrac qui tombèrent sur les assiégeants. Les Wisigoths s’élancèrent de leurs chariots: l’armée romaine fut écrasée. Elle perdit les deux tiers de ses soldats. Valens disparut dans la bataille, vraisemblablement brûlé dans une cabane où, blessé, il s’était réfugié, et à laquelle les Goths, ignorant sa présence, mirent le feu.

   Le Danube recommença alors « à vomir » des fugitifs Goths mêlés à d’autres de différentes ethnies. L’empire d’Orient fut ratissé jusqu’aux frontières de l’Italie. Les hordes d’Alatheus et Safrac, grossies de nombreux Ostrogoths, s’installèrent en Pannonie, où les avaient précédé les Tervinges d’Athanaric,  et les familles des guerriers de Fredegern.

   Fredegern tenta de prendre Andrinople et d’autres villes. Mais ne disposant pas de matériel de siège, il fut chaque fois repoussé. Il échoua de même devant Constantinople (378). A la recherche de vivres ses hommes désertaient, et partaient vers les Pannonies. Sa marge de manœuvre était de plus en plus réduite. A la fin de l’année, les Sarmates, qui occupaient le Banat, entre Tisza et Danube, repoussés par les Goths, traversèrent la frontière. Gratien confia le commandement de l’armée à l’espagnol Théodose qui réussit à les refouler. L’empereur d’Occident lui offrit alors le trône de Byzance ; Théodose rassembla les restes des troupes de Valens, embauchant des barbares dont des Goths motivés par la famine. Avec Gratien ils combattirent ensemble quelque temps, remportant des succès mineurs.

   Fredegern réagit ; fédérant des Alains avec ses Tervinges il attaqua Thessalonique (380). Théodose qui s’élança au secours de la ville fut cerné. Il réussit à s’enfuir, échappant de justesse aux Goths et au sort de Valens. Wisigoths et Ostrogoths investirent Dacie et Macédoine. L’empereur leur envoya ses mercenaires barbares placés sous les ordres des Francs Bauto et Argobast. Fredegern fut contraint d’effectuer une retraite « stratégique » vers la Thrace et la seconde Mésie.

   Les problèmes causés en Occident par les Alamans obligèrent Gratien à rappeler ses forces. Alathéus et Safrac en profitèrent, en s’imposant aux Goths en place, pour conforter leur installation entre Belgrade et Budapest, c’est-à-dire dans les deux Pannonies, la Valérie, une partie de la Savie, formant la cinquième Gothie : une composante substratique du peuple hongrois est gothique.

   Alors malade Théodose ne put intervenir : il leur reconnu le statut de fédérés.

   Fredegern reprit ses croisières de brigandage vers l’Epire, la Thessalie, l’Achaïe, provinces jusqu’alors relativement épargnées. Bien réapprovisionné, et l’empereur guéri étant à Byzance, le reiks, en position de force s’y rendit pour négocier. Fort à propos il mourut à ce moment là, quant réapparut Athanaric avec quelques uns de ses fidèles et l’appui ferme de Théodose qui l’imposa aux Goths. Il mourut lui aussi, en 381, après avoir signé un traité honteux qui renvoyait les Goths au-delà du Danube pour « combattre ». Des reiks qui lui étaient hostiles –dont Erwulf- imposèrent un nouveau traité, le trois octobre 382, qui autorisait les Wisigoths à s’installer en Dacie et en Thrace (qu’ils occupaient déjà).

   On peut légitimement penser qu’Athanaric, qui fit le jeux de Théodose par intérêt, Alathéus et Safrac l’ayant court-circuité en Cinquième Gothie, a été assassiné par ses compatriotes Il sera l’un des premiers d’une longue série de chefs exécutés à partir de cette date : la démocratie directe façon gothique. Fredegern fut probablement empoisonné sur ordre de Théodose qui fit alors venir Athanaric : « il gagna par sa générosité le roi Athanaric qui venait de succéder à Fredegern, et l’invita à le rejoindre à Constantinople » ! (Jordanès). Autrement dit Athanaric se fit acheter par l’empereur qui l’imposa aux Goths ce que cache l’historien qui en fait le successeur naturel de son rival, comme si les reiks l’avaient élu ; Jordanès suivait le récit de Cassiodore qui, rappelons le, travaillait pour un roi Amale. Zosime, lui, donne une version plus conforme à la réalité sur l’estime dont jouissait Athanaric parmi ses concitoyens « les Goths se procurèrent des vivres et se débarrassèrent d’Athanaric pour que personne ne s’opposa à leur entreprise ». Et lorsqu’il mourut « Théodose le fit enterrer dans une sépulture royale. Une telle magnificence fut déployée que tous les barbares furent frappés par son faste démesuré : les Scythes retournèrent chez eux et n’inquiétèrent plus les Romains ». Cet enterrement fut une manipulation « médiatique » qui a eut plus d’impacte sur les historiens que sur les Goths ! Athanaric est porté au pinacle au détriment d’un Fredegern d’une trempe hors du commun. On verra que les historiens démolirent –et démolissent- Alaric de la même façon,(comme bien plus tard ils démolirent Bernard de Septimanie) sans doute parce que le souvenir de ces hommes extraordinaires représente –pensent-ils- un danger. Pour qui ? C’est une inconséquence des Languedociens d’aujourd’hui de n’avoir même pas donné un nom d'avenue à leurs plus grands héros (dont Athaulf). Seul Dhuoda, qui a les faveurs de l’église, a droit à cet honneur (mérité).
 

   Pendant dix ans les Tervinges n’élirent pas de « thiudans ». Beaucoup, à l’étroit en Dacie-Thrace, rejoignirent les Pannonies où dominaient les Ostrogoths. En plus ou moins grand nombre des Goths étaient restés en Roumanie-Ukraine. Des noms de leurs reiks nous sont connus : Winguric, Aramir, fils d’une "reine" des goths d’outre-Danube et frère de Dulcilla. En Crimée, et jusqu'aux rivages de la Volga, il est attesté qu'on parlait encore le gotique au 16° siècle. Là, pour fuir la pression démographique et religieuse des conquérants Tatars une partie rejoignit les Cosaques.                 

   Les  reiks de Dacie-Thrace étaient divisés sur la stratégie à adopter pour l’avenir de la Nation, certains étant très sensibles aux « charmes » théodosien.

   Zosime (IV,56) nous fait part d’un incident qui illustre ce flottement. Lors d’un banquet offert par l’empereur, Erwulf, arien et partisan d’une reprise de l’action, s’accrocha avec Fravitta, païen et partisan du respect strict du foedus de 382. L’abus de libations aidant les deux hommes en vinrent aux mains et Fravitta tua Erwulf. Les gardes romains durent intervenir pour faire cesser la bagarre générale qui s’ensuivit (392). Fravitta obtint, en récompense de son acte, -ou contrat ?- la citoyenneté romaine et un commandement. Cet assassinat fut inutile, l’aristocratie  ne bascula pas du côté impérial, Alaric acquérant de plus en plus d’autorité.

 

4- ALARIC le GRAND                                         

 

                                           

 (on remarquera la proximité entre provinces gothiques et les provinces burgondes: Savoie-Dauphiné et Beaujolais-Bourgogne, ainsi qu'avec la Normandie peuplée des descendants des vickings: la parenté avec la Flandre parait aussi logique)

Alaric, comme les Goths en général, n’est pas aimé par les historiens.  L’un d’eux, au 19° siècle, portera sur ce grandroi  un jugement autant haineux qu’inique : « en attentant à l’inviolabilitéde la ville éternelle(…) il avait tranché(…) les espérances de son ambition, et maintenant humilié dans son orgueil(…) il avait mis contre lui le ciel et les éléments(…) il ne ressentit jamais ces élans de grandeur morale qui enflammaient le cœur d’un Stilicon(…) Comme barbare, il fut inférieur à ceux que les Germains considéraient comme leurs héros »… Bref, il avait eu le tort de prendre Rome, après les Gaulois et avant les Vandales et les Burgondes…

 

Le foedus de 382 signé, de nombreux guerriers sont intégrés à l’armée de Byzance, composée alors exclusivement de Barbares. En 388, l’usurpateur Maxime s’étant emparé de l’Italie, Théodose partit le combattre avec des fédérés Goths, Alains et Huns. Maxime vaincu en Août, l’empereur en profita pour récupérer les contingents romains qui servaient l’usurpateur et renvoya alors les fédérées wisigoths, ce qui revenait à leur couper les vivres en violation du foedus (fin388). Les Goths se révoltèrent, ravageant une fois de plus la malheureuse Grèce. Cette situation contraignit Théodose à revenir d’Italie pour tenter de rétablir l’ordre. Son armée fut surprise dans la plaine du fleuve Maritza par Alaric, chef de bande tervinge, qui fit là sa première grande action d’éclat (391). L’empereur trouva son salut dans la fuite, exactement comme en 380 il échappa à Fredegern. Son général Promotus fut tué à la fin de l’année par des Bastarnes qui s’étaient ralliés à Alaric, ces mêmes Bastarnes que les Goths avaient chassé de Roumanie et qui s’étaient installés au nombre de cent mille en Thrace/Mésie.  Stilicon, général d’origine vandale, fut chargé de la lutte contre les Goths ; ceux-ci employaient la stratégie « de la fuite », évitant les affrontements meurtriers ; cette tactique des peuples de la steppe fit croire à une collusion avec le généralissime vandale ; inhabituelle chez les occidentaux, moins avars de vies humaines,elle faisait dire à Grégoire de Tours, au VI° siècle que « les Goths fuyaient suivant leur habitude ».

  Une trêve s’établit un moment ; Théodose feignit de composer avec les Wisigoths (épisode d’Erwulf). Il avait réorganisé l’armée et il était dans ses intentions de se débarrasser des encombrants barbares. Ne parvenant à éliminer Alaric, rendu très prudent par le meurtre d’Erwulf, il tenta de traiter avec lui quand un nouvel usurpateur, Eugène, se déclara à Trèves. Théodose conclut en vitesse un accord avec les Tervinges et en embaucha vingt mille  qu’il plaça sous les ordres d’un Goth à sa botte, Gaïnas ; l’armée romaine était sous les ordres d’un romain Timasius, secondé par Stilicon. Quand il rencontra les troupes d’Eugène, au passage de la Rivière Froide, l’empereur fit envoyé par Gaïnas les fédérés d’Alaric en première ligne. Dix mille Goths furent massacrés. « Les avoir perdus fut de toute façon un gain, et leur défaite une victoire » (Zosime). Le lendemain l’armée romaine intacte, remporta la victoire (6 Sept. 394).

  Théodose proclama son fils Honorius empereur d’Occident, avec Stilicon pour régent ; en Orient il installa sur le trône son autre fils Arcadius, avec le préfet du prétoire Rufin.

  « Après que l’empereur, ami des Goths, eut quitté la vie, ses fils vivant dans la mollesse, commencèrent à annihiler l’empire, refusant aux Goths les dons accoutumés. Alors le dégoût des Goths pour ces souverains fut à son comble, et craignant que la paix n’affaiblit leur courage, ils se donnèrent Alaric pour roi » (Jordanès). Alaric était du clan royal des Balthe, peut-être le fils d’Alavivus. Il était né en 370.

  Profitant de l’absence de l’armée, restée en Italie après la victoire sur Eugène, des bandes hunniques envahirent la Thrace où étaient cantonnés les Tervinges. La suppression des « dons » et cette invasion contraignirent Alaric à mettre le siège devant Constantinople, pour obtenir autant ce qu’il considérait comme un dû qu’un nouveau territoire où établir ses guerriers. Il engagea des pourparlers avec Rufin : on suppose qu’un accord fut conclu. Alaric leva le siège de la capitale et entraîna ses troupes en Thessalie. C’est là que Stilicon vint l’attaquer. Le Vandale, qui disposait pourtant des armées d’Occident et d’Orient, ne put déloger les Barbares, aussi le préfet du prétoire exigea-t-il qu’on rendit à Arcadius ses contingents, forçant Stilicon à évacuer la Grèce, et traita avec Alaric. On prétend que le généralissime, pour se venger, fit assassiner Rufin, avec la complicité de Gaïnas. Arcadius et son nouveau ministre Eutrope refusèrent d’entériner l’accord de Rufin. Alaric, alors, franchit les Thermopyles fin 395, dévastant la Grèce, comme cela ne l’avait encore jamais était fait, disent les contemporains. « Ils pillèrent ce qui restait dans les plaines ; ils égorgeaient les hommes en âge de porter les armes et emmenaient comme butin des troupeaux de femmes et d’enfants » (ZosimeV,5,6).

  Stilicon intervint à nouveau, débarquant ses forces par mer dans le golfe de Corinthe. Il parvint à encercler Alaric qui refusa le combat, mais le manque de vivre le contraignit à attaquer pour se dégager et les Goths filèrent vers l’Epire. Le Vandale renonça à les poursuivre, ce qui le fit soupçonner de connivence avec l’ennemi. Les deux capitales, Milan et Constantinople, s’accusèrent mutuellement de trahison ! Des intérêts égoïstes, à courte vue, donc la bêtise, amenèrent la rupture pour le plus grand avantage de Wisigoths . Au début de l’automne 397, Constantinople signe un foedus avec Alaric : les Tervinges de son clan purent s’établir en Macédoine et en Epire, et leur roi fut nommé gouverneur militaire de l’Illyrie.

  En 399, les Goths d’Asie Mineure (Phrygie), colonie installée de longue date, se révoltèrent sous les ordres de Tribigild. Gaïnas, chargé de rétablir l’ordre, prend le parti des rebelles et, à leur tête, s’empara de Constantinople. La mésentente entre chefs et une révolte populaire parvint à chasser les occupants. Vaincu ensuite par le tervinge Fravitta, Gaïnas s’enfuit outre-Danube où, capturé par les Huns il fut exécuté (fin400) et sa tête envoyée à Arcadius. Ces événements déclanchèrent une violente réaction germanophobe en Orient. Fravitta lui-même fut tué. L’alliance des Romains avec les Huns qui remplaçaient les fédérés  germains dans l’armée impériale, fit craindre le pire à Alaric qui décida de passer dans l’empire d’Occident. Avec son beau-frère Athawulf (ou Atawulf = Athaulf), il conduisit sa tribu de la Macédoine et de l’Epire vers les Pannonies, ce qui permis à Athwulf de s’imposer aux Ostrogoths et aux Wisigoths installés là depuis une génération. Sur place il recruta un contingent de la fameuse cavalerie greutunge et envahit l’Italie. Il s’empara d’Aquilée et quelques autres ville (automne-hiver 401). Il assiégea  Milan, mais Stilicon intervint et les Tervinges « s’enfuirent ». Des renforts arrivant des Gaules, les Goths se replièrent en Toscane ; ils établirent leur camp dans les environs de Pollentia. Le jour de Pâques 401, le six Avril, une troupe romaine commandée par Saül, les surprit. Les Goths qui ont subis de lourdes pertes, s’enfuirent. « Saül, par sa perversité, obligea l’armée a combattre le jour de la sainte fête de Pâques, alors que l’ennemi se retirait par scrupule religieux. Le jugement de Dieu montra en peu de temps ce que voulait sa vengeance : au combat nous vainquîmes, vainqueurs nous fûmes vaincus » (Orose, Histoires, VII,37,2). En effet, Alaric fit brusquement volte-face avec la cavalerie et dans une attaque foudroyante il écrasa les Romains et tua Saül. Stilicon accouru ; Les Wisigoths se replièrent dans les montagnes du sud. Par crainte de la cavalerie Greutunge, le généralissime engagea des négociations à l’issue desquelles Alaric se retira ; mais à court de vivre il s’arrêta à Vérone. Là, Stilicon qui avait intrigué auprès des Ostrogoths, l’attaqua traîtreusement. La cavalerie, sous les ordres de Sarus, déserta et passa dans le camp ennemi. Alaric réussit, avec son dernier carré de fidèles, à regagner les Pannonies. Mais Stilicon et Sarus y avaient retourné les Ostrogoths, mécontents d’Athawulf, plongeant le pays dans une guerre civile. Alaric ne s’y éternisa pas, renouvelant ses troupes il regagne l’Illyrie.

  L’empire d’Occident avait des prétentions sur cette province. L’occasion lui paraissant favorable Stilicon décida de traiter avec Alaric. Honorius nomma le roi goth « magister militum per Illyricum » (405). Parmi les otages romains envoyés auprès d’Alaric comme garanti du respect du traité figurait Aetius. « Tandis qu’Alaric se tenait prêt à obéir au commandement, Radagaise, après avoir rassemblé environ quatre cent mille hommes, femmes et enfants chez les peuples germaniques et celtiques établis au-delà du Danube et du Rhin, s’était mis en route pour passer en Italie » (Zosime,V,26,3).

  « Radagaise, de loin le plus farouche des ennemis, inonda l’Italie d’un soudain assaut : en effet on dit qu’il y avait dans son peuple plus de deux cent mille Goths » (Orose, VII,37). En plus des Goths il y avait des Alains, des Suèves et des Vandales, qui restèrent en arrière.

  En Août 406, à Fiésole, les trente mille soldats de Stilicon, renforcés par les fédérés Ostrogoths de Pannonie avec Sarus, et par un important contingent de Huns, avec leur roi Huldin, encerclèrent les envahisseurs, qui, empêtrés de leurs familles, furent écrasés. Douze mille d’entre eux, représentant l’aristocratie, furent intégrés à l’armée romaine. Les autres, (le peuple), furent traités en esclaves : « il y eut, dit-on, une si grande multitude de prisonniers goths que des troupeaux d’hommes étaient vendus pêle-mêle pour une seule pièce d’or chacun, à la manière du bétail du plus vil prix… » (Orose). Les Vandales, les Suèves et les Alains avaient fait demi-tour. Se frayant un chemin en Germanie, ils franchirent le Rhin l’année suivante.

  Alaric n’était pas intervenu, pas plus que les Ostrogoths pannoniens hostiles à Sarus qui était du clan de Saül.

  En 407, reprenant l’exécution de son plan, Ravenne décida d’annexer l’Illyrie. Stilicon allait rejoindre Alaric quand un courrier vint annoncer qu’un usurpateur, Constantin, était proclamé empereur en Gaule.

Honorius envoya Sarus combattre l’usurpateur. Mais cette intervention n’eut pour effet que de consolider le pouvoir de ce dernier. L’empereur laissa alors tomber les Goths, qui, ne recevant plus leurs subsides, occupèrent, en représailles, la Norique (au nord de la Vénétie). De là Alaric envoya une ambassade pour réclamer le respect des engagements. Le sénat, consulté, refusa, préférant prendre le risque d’une guerre. Seul Stilicon était d’un avis contraire ; il réussit à convaincre les sénateurs qui acceptèrent finalement de verser quatre mille livres d’or. Sur ce, avant que le tribut ne soit payé, l’empereur d’Orient, Arcadius, décéda. Olympius et Sarus en s’alliant aux anti-germains réussirent a provoquer une révolte d’une partie de l’armée. Stilicon fut assassiné dans une église où il s’était réfugié, et ses partisans massacrés (Août 408). Ceux qui échappèrent au massacre rejoignirent Alaric. Ce dernier tenta encore de négocier avec Honorius qui rejeta toutes les propositions qui lui furent faites.

  Le roi Balthe envahit alors l’Italie.

  Sans attendre l’arrivée de son beau-frère Athawulf, en Pannonie auprès de la Nation, « Alaric passe en hâte devant Aquilée et autres villes au-delà du fleuve Eridan et, ayant franchi le fleuve comme un cortège de fête, car il n’y avait personne pour s’y opposer, il parvint vers un camp retranché de Bologne »…(Zosime). Ensuite, après quelques détours, les Wisigoths firent le siège de Rome, bloquant la ville de toute part pour en empêcher l’approvisionnement (fin 408).

  Aucun secours ne venant de l’empereur terré à Ravenne, la famine en vint à faire des ravages et la peste fit son apparition. Les assiégés envoyèrent une ambassade aux assiégeants.

  « Alaric ayant entendu leur discours, et notamment que le peuple, en nombre, prenait les armes et se trouvait prêt à combattre, il répondit : lorsqu’elle est épaisse l’herbe est plus facile à couper que lorsqu’elle est clairsemée, et sur ces mots il éclata de rire à la face des ambassadeurs ; lorsqu’ils en vinrent à s’entretenir de la paix, il usa de propos qui dépassaient la pire hâblerie barbare » (Zosime). Alaric exigea, pour lever le siège tout l’or que contenait la ville, tout l’argent, les biens mobiliers et les esclaves barbares. A un ambassadeur qui lui demandait ce qui resterait aux Romains s’il prenait tout cela, le roi répondit : « leurs âmes ». Finalement l’accord se fit sur la base d’une livraison de cinq mille livres d’or, trente mille d’argent, quatre mille vêtements de soie (robes ?), trois mille peaux teintées en rouge (pour le clergé), et trois mille livre de…poivre ! Les Goths levèrent le siège et allèrent « planter leurs tentes dans les parages de l’Etrurie ». (février 409). Peu auparavant Athawulf était venu rejoindre son beau-frère sous les remparts de Rome.

  A Ravenne, Olympius, l’inspirateur de la politique germanophobe, fut écarté du pouvoir et remplacé, à la préfecture du prétoire, par Jovius. Les négociations reprirent avec Alaric dont le but était, comme toujours, d’obtenir une « patrie » pour son peuple, de préférence à l’abri des Huns, et un commandement pour lui-même. Cette seconde revendication n’était pas, comme on le rabache, l’expression d’une ambition exclusivement personnelle, elle était toujours liée à la première, c’est-à-dire qu’elle donnait au roi Goth des pouvoirs et des moyens de pression pour protéger l’autonomie et les intérêts (subsides) de la nation. Sinon, en trahissant les siens, il eut pu faire carrière, débutant comme un Fravitta pour arriver à la situation d’un Stilicon. Plus que ces deux-la il en avait les capacités.

  Les conditions semblaient réunies pour arriver à la conclusion d’un foedus ; les deux hommes se connaissaient assez bien, Jovius ayant été envoyé auprès du Balthe quand il occupait l’Epire. Ils seraient parvenus à un accord, à Rimini, sans l’intransigeance d’Honorius qui venait de se réconcilier avec Constantin. De crainte, alors, d’être accusé de collusion avec le Wisigoth, Jovius tourna sa veste et, selon Zosime, demanda à son empereur de ne jamais faire la paix avec Alaric, en en faisant lui-même le serment ! Les Tervinges reprirent une fois de plus le chemin qui conduit sous les murs de la ville éternelle, tout en tentant, sans se lasser, de faire fléchir  Honorius. Ils obtinrent même l’arbitrage des évêques. Alaric avait réduit au minimum ses exigences : il ne réclamait plus que les Noriques comme établissement et une livraison annuelle de blé dont la quantité serait laissée à l’appréciation des Romains. « Alaric ayant fait ces propositions pleines de sagesse, et bien que tous se réjouirent d’une telle modération, Jovius et ceux qui exerçaient le pouvoir, déclarèrent ces demandes irrecevables, étant donné que tous avaient juré de ne pas faire la paix avec Alaric » (Zosime).

  Cette fois, pourtant, le Balthe ne demandait aucun commandement pour lui ; alors, excédé, avec l’accord des habitants de Rome, il proclama « empereur » le préfet de la ville, Attale, le fit baptiser dans le culte arien par un évêque wisigoth, et se fit nommer général (fin 409). Le manque de souplesse et les erreurs commises par Attale, son échec dans sa tentative de contrôle du grenier à blé africain, l’arrivée de renforts d’Orient à Ravenne, les intrigues de Jovius, poussèrent Alaric a détrôner Attale et à se « réconcilier » avec l’empereur légitime. Plus tard Orose dira d’Attale : « dans cet empereur fait, contrefait, refait et défait, tout ceci ayant été accompli plus vite que dit, Alaric rit du mime et contempla la comédie du pouvoir impérial » (VII,42,7).

  Alaric fut-il abusé ? Rencontra-t-il l’empereur, ou les discussions eurent-elles lieu par ambassadeurs interposés ? Les sources ne donnent pas la même version des faits. En voici trois.

  « Alaric s’empara des Alpes et entra en pourparlers avec l’empereur. Mais un certain Sarus (d’un clan gothique installé en Pannonie), attaqua l’armée d’Alaric avec trois cents hommes et tua quelques Barbares » (version Sozomène)

  « Alaric s’était mis en route pour Ravenne, afin de signer la paix avec Honorius. Sarus se trouvait alors dans le Picenum ; Athawulf, « mal disposé » envers lui, à la suite d’un différent antérieur, s’avança avec toute son armée vers les parages où était Sarus ; celui-ci , n’ayant que trois cents hommes avec lui ,refusa le combat et se rendit en hâte auprès d’Honorius pour se mettre à son service afin de combattre les Wisigoths. » (version Zosime).

  « Alaric s’avança vers Ravenne pour combattre Honorius ; mais Sarus qui occupait les fonctions de général d’Honorius, comme successeur de Stilicon, affronta Alaric, et ayant le dessus au cours de la bataille, il le

chassa de Ravenne » (version Philostorge).

 

  Convaincu qu’il ne pourrait rien obtenir du rejeton de Théodose, le roi Goth retourna assiéger Rome. Des complicités à l’intérieur de la ville lui permirent de s’en emparer. Il y a là aussi plusieurs versions : complicité d’une noble qui voulait en finir avec ces sièges à répétition (Galla Placidia ?) ; ou ruse du roi qui réussit à introduire dans la ville des Goths déguisés en esclaves. Le pillage dura trois jours, les 24, 25 et 26 août 410. Les Wisigoths firent preuve de discipline et de modération. Malheureusement il y eut des débordements du fait d’éléments incontrôlés, esclaves et supplétifs de différentes ethnies qui suivaient les Tervinges. Athawulf, dit-on, captura la sœur de l’empereur, Gallia Placidia. Comme il l’épousa plus tard et qu’elle resta toute sa vie très attachée aux Wisigoths, la rencontre ne dût pas être brutale et donne quelque vraisemblance à la complicité de la princesse.

  On a beaucoup écrit sur le sac de Rome. Aujourd’hui encore  on saisit mal l’importance vitale pour la nation gothique de l’enjeu du marchandage de plusieurs années qui précéda ce 24 août.

 Alaric  ne plaça jamais son ambition au dessus des intérêts de son peuple. Contrairement a ce que dit A. Thierry, il n’était pas aigri et encore moins manipulé par « ses rancunes » ( ?). La prise de Rome ne fut pas un acte de vengeance, mais une sanction froidement calculée, et rendu inévitable par la rigidité plus irresponsable que courageuse des Romains.

  Ce sac de Rome fit moins de bruit à l’époque qu’il n’en fit plus tard. Quand on annonça à Honorius que Rome avait été « anéanti » il crut qu’il s’agissait de son coq appelé « Rome ». Le quiproquo levé il poussa un soupir de soulagement. Pour Sozomene « les misères de ce siège n’était qu’un effet de la colère du ciel et un châtiment dont il voulait punir les romains pour leurs débauches et les injustices qu’ils avaient exercées tant contre leurs proches que contre les étrangers ».

  Saint Augustin rejoint Sozomene, faisant remarquer que les Goths conduisaient les Romaines dans les églises pour échapper à la vindicte des esclaves et autres éléments incontrôlés : « parmi les nations qui se sont fait la guerre, laquelle a épargné  les vaincus réfugiés dans les demeures de leurs dieux ? Les Romains eux-mêmes, quand pour asseoir au loin leur domination ,ils prenaient d’assaut et saccageaient tant de villes florissantes…qu’on nous dise quels temples ils sauvegardaient afin que fût sauvé ceux qui y auraient cherché asile ? » Saint-Jérôme, qui compare Rome au plus « éclatant flambeau du monde » écrit : « qui auraient cru que cette ville, édifiée avec les victoires remportées sur le monde entier, s’écroulerait au point de devenir le tombeau des peuples dont elle était la mère ? ». Au 19° siècle, Ampère (le fils) écrira : « Mais je me rappelle ce que cette ville dégénérée avait permis de tyrannie et toléré de bassesses. Alors je courbe la tête et, me rangeant de côté, je dis : laissons passer la justice de Dieu » (Histoire romaine).

  Abandonnant Rome, les Tervinges prirent la route du sud, les chariots alourdis d’or, d’objet précieux, et d’otages, parmi lesquels Galla et Attale. Pour se nourrir les Wisigoths pillèrent la Campanie, puis foncèrent vers la Calabre où Alaric, à l’instigation d’Attale, voulait organiser une expédition pour s’emparer du blé d’Afrique – où pour s’y installer ? – Une tempête détruisit les navires qu’il avait réquisitionnés (fin septembre 410). La saison ne se prêtant pas au renouvellement de ce genre d’expédition, l’armée tervinge remonta vers la Campanie pour hiverner.

  C’est alors qu’Alaric, épuisé, mourut. « Les Goths, qui l’aimaient particulièrement, le pleurèrent. Près de la ville de Cosenza, ils détournèrent le cours de la rivière Barentium ; au milieu de son lit ils firent creuser par leurs captifs une fosse où ils ensevelir leur roi avec de grandes richesses. Après avoir rendu les eaux à leur cours naturel, ils tuèrent tous ceux qui avaient servi de fossoyeurs, afin que personne ne puisse jamais connaître l’endroit où ils avaient déposé les restes de leur chef (Jordanès).

  Tout naturellement Athawulf fut élu roi. Athawulf est, aujourd'hui, appelé « Athaulf ». Son nom signifie « loup cruel » ( ahta-ulph), ou « père des loups » (atta-ulph).

  Athawulf passa l’hiver à piller les provinces adriatiques sans rencontrer de résistance, « rasant à la manière d’un animal nuisible tout ce qui était resté debout » (Jordanès).

 « Honorius voyant que rien ne pouvait être fait contre les Barbares » (Orose), envoya son armée combattre l’usurpateur Constantin. Le commandement des armées fut confié à Constance, « enfin un Romain comme chef » ajoute Orose (VII,42,1). Profitant du départ de l’armée, le roi Wisigoth – qui aurait pu profiter de la situation de manière belliqueuse – tenta d’entamer des pourparlers de paix avec l’empereur (été411). Nous ignorons les détails de ces contacts. Mais Athawulf épousa alors Galla Placidia. « Toutefois, lui témoignant du respect à cause de la noblesse de sa naissance (sic), de sa beauté et de sa chasteté intacte, il se l’attacha par les liens du mariage à Forum Livii, ville de l’Emilie, afin qu’à la nouvelle de cette alliance les nations étrangères fussent plus aisément frappées de terreur, comme si les Goths et la République s’étaient réunis en un seul corps » (Jordanès). Puis il passa  en Gaule, après avoir récupéré nombre de guerriers en Pannonie. Il avait, semble-il, l’intension de rallier l’usurpateur Jovinus qui cherchait à s’imposer avec l’aide des Burgondes. Le prestige de Galla lui assura quelques amitiés : le préfet des Gaules l’avisa de l’arrivée de Sarus, son ennemi intime, avec ses mercenaires. Le roi tendit une embuscade à l’Ostrogoth, qui était passé au service de Jovinus, le captura et lui fit subir le « supplice de la steppe », dont nous reparlerons.
Cet incident, la fermeté d’Athawulf qui voulait imposer Attale comme co-empereur, conduisirent à la rupture entre les deux hommes, d’autant plus vite qu’Honorius, terrorisé par cette alliance avait manœuvré pour l’empêcher : ses émissaires promirent l’attribution de terres, en conséquence de quoi le Tervinge, devenu l’allié de Constance, s’empara de la ville de Valence et de l’autre usurpateur Sébastien qu’il fit exécuter. Puis dans la foulée de Jovinus qu’il livra au préfet des Gaules.

  Malgré la rapidité inquiétante par laquelle furent obtenues ces victoires, Constance, en vertu du sens de l’honneur qui a toujours caractérisé les Romains depuis les bâtards de la louve, exigea la « libération » de Galla (qu’il voulait épouser) en échange des terres promises et de livraisons de blé. Cette forfaiture conduisit Athawulf à investir Toulouse et Narbonne et à piller le pays. Il est gravement blessé en faisant le siège de Marseille qui résiste (413). En Janvier 414, le beau-frère d’Alaric re-épouse Galla Placidia à Narbonne, mais cette fois avec toute la pompe romaine. Galla était toute acquise à cet homme qu’elle dut plus ou moins manipuler, car le roi Wisigoth  « avait choisi, à défaut de recréer une Gothie, de rechercher la gloire de restaurer et d’accroître le nom romain avec les forces des Goths. »(Orose)

  Puis il envahit l’Aquitaine II pour approvisionner son armée et proclama une fois de plus Attale empereur, à Bordeaux. Constance organisa alors le blocus des côtes méditerranéennes pour empêcher tout ravitaillement. Dans un pays peu auparavant dévasté par les Vandales, la famine refit son apparition. A l’automne 414, les Wisigoths quittèrent l’Aquitaine, pillant et brûlant quelques villes sur leur passage. « Nos maisons ont été ruinées par le feu ; le peu qui nous reste demeure désert et abandonné. Depuis dix ans les Goths et les Vandales font de nous une horrible boucherie…c’est une tempête qui emporte sans distinction les bons et les méchants, les innocents et les coupables… » (Carmen de providencia divina, Migne, Patrologie Latine, T51).
 

  C’est en Espagne que le roi conduisit ses guerriers et il s’installa à Barcelone. En Août 415, « Athawulf fut tué traîtreusement par les siens » (Orose). En réalité « il mourut trois ans après avoir dompté les Gaules et les Espagnes, percé au flanc d’un coup d’épée par Vernulf, qu’il avait l’habitude de moquer à cause de sa petite taille » (Jordanès). Mais Vernulf était du clan de Sarus ! Le frère de ce dernier fut élu roi par des Tervinges et des Greutunges des Pannonies qui n’avaient pas participé à l’épopée italienne, soutenus par le courant aristocratique, majoritaire, hostile à tout rapprochement avec les Romains. Sigishard ne put se maintenir qu’une semaine, le temps suffisant pour assassiner les enfants d’Athawulf, qu’il avait eu d’un premier mariage. (l’enfant qu’il eut de Galla mourut début 415). Sigishard fut à son tour exécuté et aussitôt un Wisigoth fut élu roi et tenta de conduire les Goths en Afrique, reprenant le projet d’Alaric. Il subit le même échec : la tempête détruisit sa flotte. Il décida de retourner en Narbonnaise, mais Constance l’attendait aux pieds des Pyrénées. «  Wallia conclut avec l’empereur Honorius une excellente paix » (Orose). Il traita en fait avec Constance, lui livrant lâchement Galla (à moins qu’elle ait donné son accord, ce qui est le plus probable). Le généralissime, bien sûr, l’épousa aussitôt, avec l’accord de l’empereur. Il livra aussi le malheureux Attale et, en échange de livraison de blé « Wallia s’offrit au danger pour la sécurité de Rome » (Orose), c’est-à-dire qu’il partit combattre les Vandales en Espagne, en massacra un grand nombre, captura Fredbald, roi des Vandales Siling, massacra encore plus d’Alains avec leur roi Adac. Les survivants rejoignirent les Vandales Hasding avec lesquels ils formèrent un seul peuple.
 

  Nous allons revenir brièvement sur ces attributions de blé à Wallia, attributions qui ont tracassé quelques historiens à la suite d’une interprétation de Michel Rouche dans son admirable histoire de l’Aquitaine (l’Aquitaine des Wisigoths aux Arabes). Olympiodore dit que les Goths reçurent « 600.000…de blé, (printemps416) que Rouche complète par « mesure » ou « muids », ce qui ferait 3675 tonnes. Cela  dut leur permettre de joindre les deux bouts, puisqu’ils attaquèrent les Vandales à l’époque des moissons, au sud de l’Espagne . Et des Pyrénées au domaine vandale, ils s’approvisionnèrent en chemin suivant la tradition. Donc ces historiens se sont focalisés sur cette quantité de blé pour évaluer le nombre de Wisigoths, faisant semblant d’ignorer que la majorité d’entres eux étaient en Pannonie. Ainsi, d’après eux, en se basant sur les rations journalières de l’armée romaine, ces 3675 tonnes pouvaient alimenter 10.000 hommes pendant un an . Bref, passons sur les pseudos raisonnements pour en arriver à leurs conclusion : 10.000 guerriers que l’on multiplie par cinq pour tenir compte des femmes, des enfants et des vétérans (« vieillards » en français).

  Kazanski, plus raisonnable, (les Goths, ed. Errance) estime le nombre des Goths EN Gaule à 100 mille. Eunape, lui, compte 200.000 guerriers qui envahirent la Grèce, ce qui fait, en appliquant la régle de 5, un million de Wisigoths, Ostrogoths et ethnies associées. Beaucoup d’autres auteurs se basent sur le nombre de guerriers, 18.000, ayant participé à la bataille d’Andrinople (378) pour évaluer leur nombre en Gaule, en 412, comme s’il ne s’était rien passé entre ces deux dates, entre autres la bataille de la rivière Froide (394) où dix mille hommes périrent… et les raids d’Alaric jusqu’à la prise de Rome (410) après avoir perdu presque tous ses guerriers en 401, dans sa lutte contre Stilicon ; et pourtant en 418 « on dénombre 20.000 guerriers ». C’est parce que, évidemment, le peuple Goths (Ostro et Wisi) était installé dans les Pannonies où les paysans-guerriers cultivaient les terres… et se mobilisaient, en partie, à la demande. On verra que les vagues successives de leur venue en Espagne sont confirmées par l’archéologie.

 

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5-SIXIEME GOTHIE (Toulouse)                  Champs Catalauniques     

(bataille des Champs Catalauniques, Bibliothèque Nationale des Pays-Bas)
 

« Dans le meilleur des cas les Goths furent entrevus comme des relais de la romanité…le résultat fut la négation de la Gothie gauloise comme telle, et la perte du fil de l’enquête gothique dans le dédale de la latinité. Or les bonnes et vraies raisons qu’avaient les Romains de se voiler la face devant les Goths ne sont plus de mise devant une matière qui n’est plus que scientifique et que gène tout parti pris »

                             Renée Mussot-Goulard

                                « lesGoths » édition Atlantic 

 

La Gaule est un territoire qui n’a pas l’unité géographique que l’on veut lui attribuer. Relief, orographie, climat, sont très différents entre le nord et le sud. Le relief du midi, opposé aux plaines du nord, a favorisé une relative stabilité des populations, ou, en tout cas, a empêché leur totale conquête : les invasions y ont été limitées (mise à part la Romaine) à des établissement par où ont pénétré les influences méditerranéennes. Les Celtes eux-mêmes n’ont dominé le Midi que militairement (Celtibères en Aquitaine, Celto-ligures en Provence) et ne l’ont donc pas massivement peuplé comme ils l’ont fait au nord. Les Romains  fondent, ou plutôt refondent Narbonne en -118, sur l’emplacement de la NARBA ibère.

   Les Grecs, au VI° siècle avant J-C , fondation de Marseille, s’établissent sur les côtes, du cap de la Noa, au sud de Valence d’Espagne (Héméroskopion) jusqu’à Nikaïa (Nice). Quand survinrent les Goths le peuplement n’a guère changé et l'empire d'Evaric n’étaient occupés que par trois millions d’habitants (estimation Stroheker, reprises par E. Demougeot).
 

  En 418 Constance rappelle les Goths en Gaule. Voulait-il, éviter que les Wisigoths s’installent en Espagne en s’alliant avec les Suèves qui étaient bien implantés au nord-ouest ? (Wallia avait épousé une noble suève). Ou voulait-il utiliser les Tervinges pour lutter contre les révoltes paysannes dites « des Bagaudes » ? Toutes ces raisons étaient valables ; il faut y ajouter l’influence de Galla Placidia. Le traité de 416 fut modifié : les Goths reçurent l’autorisation de s'établir en Aquitaine.  Ils rétablirent l’ordre dans cette province dépeuplée qu’ils avaient pillé, en combattant les bagaudes et les Armoricains. A la fin de 418 Wallia décéda après trois années d’un règne qui a vu l’aboutissement de quarante deux années de luttes qui furent menées successivement par Fredegern, Alaric et Athawulf. Théodoric I, petit-fils d’Alaric le Grand, succéda à Wallia par élection.

  Où en était l’empire d’Occident ? Honorius associa au trône Constance, le second époux de Galla. L’un et l’autre décédèrent à deux ans d’intervalle (421 , 423). Un usurpateur prit le pouvoir à Ravenne. L’empereur d’Orient, Théodose II, réussit à le vaincre ; il plaça sur le trône le fils que Constance avait eu de Galla, et celle-ci assura la régence au nom de Valentinien III. Aetius, l’otage de service (il fut l’otage d’Alaric et d’Attila) se mit au service de la régente. Généralissime, il fut de tous les combats contre les barbares, utilisant largement des mercenaires Huns que lui fournissait son « ami » Attila. Profitant des luttes internes qui suivirent la mort d’Honorius, Théodoric tenta de s’emparer de la ville d’Arles. Il fut chassé par Aetius (425). Il récidiva en 427, puis en 430, chaque fois repoussé. Autant que de prendre la ville il s’agissait pour lui de maintenir l’esprit combatif de ses guerriers. Ces attaques servaient aussi de leurre pour cacher la relative faiblesse de ses effectifs : en raison du partage des terres un grand nombre de combattants manquait à l’appel.  Les Wisigoths, en vertu de l’accord de 418, s’étaient établis de Bordeaux à Toulouse et de Poitiers aux Pyrénées où s’appliqua la tripartition des propriétés : 1/3 aux Goths, 2/3 aux indigènes. Rapidement, la pression démographique et les migrants pannoniens inversèrent le partage :deux tiers furent attribués aux envahisseurs.

      Théodoric tenta de se mêler aux luttes des Suèves contre les Galiciens. Ayant fait la paix avec ces derniers, le roi suève Hermanaric essaya d’obtenir des Romains le statut de fédérés qui l’aurait protégé des Goths. Galla le leur refusa. Peu après, menacée par Aetius et ses Huns elle fit appel aux Tervinges. Cela permis la réconciliation entre la Régente et le général qui fut nommé Patrice.

  En 435, les Bagaudes de Bretagne se révoltèrent à nouveau, les Burgondes envahirent la Belgique, les Francs étendirent leur territoire sur la rive gauche du Rhin. Aetius ne savait où « donner de la tête » ; Théodoric en profita pour envahir la Narbonnaise et en assiégea la capitale. Le général Litorius fut envoyé en avant-garde et très vite rejoint par Aetius ils refoulèrent les Goths. Litorius remonta vers la Loire où il combattit victorieusement les Bagaudes (437). Ce succès l’incita, de sa propre autorité, à s’en prendre aux Wisigoths qu’il assiégea dans Toulouse (fin 438). Théodoric lui envoya des évêques en ambassade pour tenter d’obtenir son retrait. En vain. Au début 439, Litorius lâcha ses Huns. La riposte du roi Balthe, jouant la survie de la Nation, fut implacable : les Huns furent massacrés jusqu’au dernier et Litorius, capturé, fut exécuté. Aetius qui ne put rétablir la situation, fit la paix et renouvela le traité de 418.  Cela n’empêcha pas Théodoric de mener sa propre politique. Quand les Romains combattaient les Suèves, il mariait l’une de ses filles à leur roi. Dans le cas des Suèves il prenait souvent le contre-pied de l’Empire, soutenant l’un quand cela pouvait affaiblir l’autre.

 Honoria, la sœur de Valentinien III, avait soutenu l’usurpateur Eugène. Ce dernier mis à mort, Honoria fit appel à Attila qui s’empressa de demander sa main. L’empereur d’Orient, juste avant de mourir, conseilla à son homologue d’Occident d’accepter. Attila réitérant ses exigences ( l’envoi d’un tribut par Marcien, successeur de Théodose, et l’envoi de sa sœur par Valentinien),  se vit opposer une fin de non-recevoir. Le roi Hun décida d’envahir l’Empire. Pour préparer diplomatiquement cette guerre, Attila « envoya des ambassadeurs en Italie, tentant de semer la discorde entre Goths et Romains : il voulait engager une lutte contre Théodoric et il désirait vivement que l’empereur ne s’en mêla point. Il adressa une demande analogue au roi Wisigoth, l’exhortant à rompre son alliance avec les Romains » (Jordanès).

  Les Romains transmirent aux Tervinges la demande d’Attila, déjouant la grossière manœuvre.

 Venant des Pannonies, où ils avaient vassalisé les Goths, les Huns envahirent les Gaules. Le 7 Avril 451, ils s’emparèrent de Metz, « incendient la ville, passent la population au fil de l’épée et massacrent même les prêtres devant les autels sacro-saints » (G. de Tours). Aux vingt ou trente mille guerriers Huns s’étaient joints les Ostrogoths avec leurs rois Valamir, Théodemir et Vidomir, les Gépides avec Ardaric, des Skires, des Ruges, des Burgondes, des Bructères, des Francs, des Thuringiens et des Bastarnes, les parents de ceux qui avaient aidé Alaric. Une coalition barbare.

  Après avoir ravagé d’autres cités, Attila « attaque Orléans et tente de s’en emparer à coup de bélier » (G. de Tours).  Sangiban, roi des Alains  (qui avaient établis un royaume dans l’Orléanais), « épouvanté, promet à Attila de se livrer à lui et de faire passer sous sa puissance Orléans, ville de la Gaule où il se tenait » (Jordanès). Arrivent Aetius, Théodoric et son fils Thorismond qui, apprenant cette trahison, placèrent les Alains au milieu de leurs auxiliaires, c’est-à-dire des Francs, des Sarmates, des Armoricains, des Burgondes, des Saxons et d’autres… Ainsi dans les deux camps on retrouve des Goths, des Francs et des Burgondes .

  Attila leva alors le siège d’Orléans « et se rend au Campus Mauritius » (G.de T.). « Après avoir  demandé l’avenir aux haruspices, Attila engagea le combat vers la neuvième heures du Jour, dans les Champs Catalauniques » le 20 Juin 451. Les deux belligérants cherchèrent d’abord à s’emparer d’une colline stratégique. « Les Huns et leurs vassaux, occupèrent le côté droit ; Les Romains et les Wisigoths, avec leurs auxiliaires, le côté gauche ». (Ce récit est emprunté à Jordanès même si les historiens mettent en doute sa relation). On a d’abord l’impression que la bataille allait se dérouler de façon bien ordonnée, à la Romaine, entre le patrice Aetius et son « ami » Attila. Dans le camp gaulois Théodoric se plaça à l’aile droite, Aetius à l’aile gauche, laissant au centre les Alains pour leur enlever toute velléité de fuite. Puis Thorismond et Aetius par un rapide mouvement parvinrent au sommet avant les Huns qu’ils culbutèrent par surprise. Les troupes ennemies semblèrent troublées par cet échec car le roi hun se cru obligé de leur faire un discours ; de celui-ci on peut retenir que les Romains avaient, du point de vue du roi « des armes légères » (c’était le cas des Wisigoths, contrairement aux Ostrogoths) « et qu’il combattaient selon la tactique des légions de César en formant un toit de boucliers pour se protéger des flèches » ; tactique qui lui sembla efficace car Attila ordonna d’attaquer les Alains, le point faible de la défense. Il espérait que l’affolement des guerriers de Sangiban, peu disciplinés et encore moins motivés, ajouté à une brèche dans les rangs tervinges, désorganiserait le dispositif savant d’Aetius, ce qui aurait permis à sa cavalerie de donner toute sa mesure. Il apparaît que son plan ainsi que celui du Romain, furent bousculés par la fureur des belligérants germaniques des deux bords. « La mêlé s’engage ; bataille affreuse, multiple, épouvantable, opiniâtre, telle que l’Antiquité n’en connu pas de semblable ; on rapporte qu’il s’y fit des prodiges de valeur, au point que l’homme privé de ce merveilleux spectacle n’a pu, dans sa vie, rien voir de plus beau ». Bertrand de Born, troubadour vassal de Richard Cœur de Lion, décrira en termes semblables une bataille !

  Théodoric, qui parcourait le champ de bataille pour guider ses hommes, tomba de cheval et « fut foulé aux pieds par les siens… d’autres assure qu’il fut tué d’un coup de javelot par Andagis, de la nation des Ostrogoths ». Dans la nuit Thorismond s’égara dans le camp des chariots hunniques ; il fut blessé à la tête et tomba de cheval lui aussi, mais ses guerriers, déchaînés, arrivèrent à temps pour le sauver. La pagaïe devait être extrême car la même aventure arriva à Aetius : descendant des hauteurs de la colline pour tenter de rassembler les Goths, il fut séparé des siens « et erre au milieu des ennemis ». Il put rallier ses légions et passa le reste de la nuit à se défendre derrière le rempart de boucliers. Restés unis les Romains ont sans doute empêché une trop grande dispersion des combattants, ce qui eut avantagé Attila. A la fin de la nuit, les Huns et leurs vassaux, incapables de résister à la fureur wisigothane, se retranchèrent derrière leurs chariots rendus inviolables par les archers.
 

  « Mais c’est Aetius le patrice qui avec Thorismond a obtenu la victoire et anéanti les ennemis » (Grégoire de Tours). En réalité Aetius, qui n’avait pas ses mercenaires huns, eut avec ses soldats un rôle plutôt statique. Il conserva le contrôle de la colline et tenta de rétablir la discipline chez les autres combattants. Puis il fut dépassé par cette bataille « asiatique » qui opposa en plus grand nombre des peuples issus des steppes .

  Les Wisigoths, qui retrouvèrent le corps de Théodoric « sous un monceau de cadavres, chantèrent en son honneur des hymnes funèbres, et l’enlevèrent sous les yeux des ennemis. On vit la multitude des Goths, faisant retentir l’air de leurs chants, rendre, au milieu des fureurs de la guerre, les derniers devoirs à leur roi »…(Jordanès). Sur le champ de bataille Thorismond est élu roi. Il voulait venger son père, mais Aetius, considérant Attila comme vaincu, avec raison puisque ce dernier se préparait a se suicider par le feu, et craignant, selon Jordanès, que « les Huns une fois complètement détruits, les Goths ne pressassent l’empire Romain », le persuada de rentrer à Toulouse pour y affermir son pouvoir face à ses frères ». « C’est par un stratagème semblable qu’il fit détaler le roi des Francs » (Grégoire de Tours). « On estime les pertes des deux côtés à cent soixante deux mille morts, outre quatre vingt dix mille Gépides et Francs qui, dans une rencontre nocturne, avant l’action générale, tombèrent sous leurs coups mutuels. Les Francs combattaient pour les Romains, les Gépides pour les Huns » (Jordanès). En supprimant un zéro partout, on doit tomber sur des chiffres vraisemblables, en concordance avec les effectifs huns donnés plus haut.

  Les Wisigoths partis, Attila se retira sans être inquiété. L’attitude du patrice peut surprendre, elle correspondait à une cynique logique : il fallait conserver un contrepoids à la puissance des Goths, et une ressource en mercenaires.

  Mais le roi des Huns ne pouvait rester sur une défaite qui portait atteinte à son prestige et à son autorité, particulièrement aux yeux de ses puissants vassaux ostrogoths.. L’année suivante il envahit l’Italie par surprise. Toutes les grandes villes au nord du Pô furent prises. La peste fit son apparition et frappa démocratiquement tous les belligérants. Valentinien III put ainsi négocier le départ du fléau asiatique, lequel maintint pourtant ses revendications, tout en se retirant dans sa plaine hongroise. Les empereurs d’Orient et d’Occident ne se pressant pas de céder à ses exigences, il se prépara à une nouvelle expédition quand il eut la bonne idée de mourir « dans les bras d’Ildico » qu’il venait d’épouser. L’état dans lequel il avait laissé l’Italie provoqua une crise grave : Aetius paya de sa vie son mauvais calcul des Champs Catalauniques, ainsi que ses proches, assassinés le 21 Septembre 454. Valentinien lui-même fut exécuté en mars 455 par deux anciens gardes du corps d’Aetius. Pétrone Maxime lui succéda.

  En Gaule, Thorismond combattit les Alains de Sangiban que les Huns étaient venu soutenir, puis reprit la traditionnelle ballade vers Arles dont, dit Sidoine Apollinaire, il fut éloigné à la suite d’un banquet offert par les Arlésiens, « ce que n’aurait pu faire Aetius par une bataille ».  Rentrant à Toulouse Thorismond fut tué par ses frères qui placèrent l’un d’eux sur le trône. « Cependant, tenant un tabouret de la main qui lui restait libre, il vengea son sang en assommant quelques uns de ses meurtriers (Jord).

  Petrone Maxime, qui avait épousé la veuve de Valentinien, maria son fils à la fille de son prédécesseur, Eudoxie, qui avait été promise à l’héritier de Genséric, Hunéric. Incapable de s’imposer malgré ces alliances, Petrone nomma général l’Auvergnat Avitus pour lutter contre les incursions des Germains Rhénans, et traiter avec les Wisigoths qui se montraient hostiles. Profitant d’une certaine confusion, Genséric, peut-être appelé par l’impératrice, débarqua à Ostie. La terreur provoquée fut telle que l’empereur fut tué par un soldat alors qu’il tentait de s’enfuir. Le pape Léon parvint à obtenir du roi vandale que ses hommes ne brûlent Rome ni ne massacrent la population. Genseric exigea en contre partie le droit de piller la ville pendant deux semaines (Juin 455). On ne fit pas de ce sac – plutôt : ratissage – autant de bruit que celui d’Alaric, qui n’avait duré que trois jours. Pourtant ce pillage complet de la ville par les Vandales a été le coup de grâce pour la ville éternelle. Les navires barbares reprirent la mer surchargés de butins, de l’impératrice, de ses deux filles et d’otages.

  Théodoric II, successeur de son frère Thorismond, fit proclamer empereur  le Gallo-Romains Avitus, beau-père de Sidoine Apollinaire et ami de Théodoric premier qui en avait fait le précepteur de Théodoric II enfant. Sidoine a laissé de Théodoric un portrait flatteur dont on ne sait s’il correspond à la réalité, ou s’il s’agit d’un panégyrique de courtisan désireux de préserver ses interêts (il possédait de nombreuses propriétés, dont l’une de cinq mille hectares qui lui venait de sa femme). Sidoine était un Gallo-romain d'Auvergne.

  D’autres témoignages prennent alors une tournure différente de ceux du début du siècle : « …dans les municipes il y a autant de tyrans que de curiales…les magistrat dévorent comme des bêtes féroces ceux qui leur sont livrés…chez quels peuples, autre que les Romains, voit-on de pareils maux ? De semblables injustices n’existent que chez nous. Les Francs ignorent ces crimes ; les Huns n’ont pas ces scélératesses ; rien de pareil chez les Vandales et les Goths. Chez les Wisigoths, ces procédés sont si complètement inconnus que, non seulement ces Barbares, mais les Romains qui vivent parmi eux n’ont pas à en souffrir… » Le texte entier qui énumère les exactions de l’administration et les mœurs dissolues des Romains, fait penser au jugement de Juvenal sur ses compatriotes « civilisateurs » : « cette tourbe dégénérée des enfants de Remus ».

  Pour le « compte » d’Avitus Théodoric partit combattre les Suèves dont le roi « comptant sur les liens qui l’unissaient à Théodoric, crut pouvoir s’emparer de l’Espagne entière » (Jord.). Le roi goth envoya des ambassadeurs pour engager le Suève à plus de modération. Ce dernier ayant répondu par des insultes et des menaces, « Théodoric fit la paix avec les autres nations et tourna ses armes contre les Suèves. Il avait pour auxiliaires Gundiac et Hilpéric, rois des Burgondes, qui lui étaient dévoués » (Jordanès. Ces rois Burgondes étaient de la famille des Balthes). Bien sûr les Goths furent vainqueurs et Réchiarus tué. Ces Suèves, qui avaient préféré rester dans l’actuel Portugal, plutôt que de suivre les Vandales en Afrique (en réalité Genséric n’en voulait pas, il les avait chassé sans ménagement de la Bétique), étaient tout au plus vingt mille. Quand Wallia vainquit et massacra une partie des Vandales, bien plus nombreux, il épargna, bizarrement, les Suèves. Peut-être étaient-ils utiles aux Goths pour faire le « sal boulot » ; en effet, cruels et sauvages, ils mataient les populations indigènes. Quand les Wisigoths perdirent l’Aquitaine, ils entreprirent de soumettre et d’assimiler définitivement cette peuplade.

Le Goth Aginwulf, nommé roi des Suèves par Théodoric, « cédant aux insinuations des Suèves, fut bientôt entraîné à des prévarications, négligea d’exécuter les ordres qu’il avait reçus, se laissant aller à l’insolence d’un tyran…Théodoric envoya contre lui des troupes…qui le battirent dès la première rencontre » (Jord). Les prêtres Galiciens obtinrent du roi « l’impunité aux Suèves, mais encore, ému de pitié, il leur permit de se donner un roi de leur nation. Cela fut fait et ils se donnèrent Remismond pour souverain »(Jordanès).

  Pendant ce temps Avitus, avec ses contingents gothiques, s’imposa à Rome. Avant la fin de l’année 455, il se rendit en Pannonie d’où il ramena des mercenaires germaniques vainqueurs des Huns (victoire de la Nédao), et des Tervinges qui rejoignirent le royaume de Toulouse. L’archéologie confirme leur installation, particulièrement au centre et au nord de l’Espagne (la Meseta, voir plus loin).

  Une partie des mercenaires fut placée sous les ordres de Ricimer, fils d’un suève et d’une fille de Wallia. Malgré quelques succès remportés sur les Vandales, des sénateurs mécontents incitèrent Ricimer à se rebeller contre Avitus. Ce dernier fit appel à Théodoric, mais le Goth occupé à pourchasser Réchiarus en Galice, ne put secourir à temps Avitus qui fut déposé (oct.456).

 

 

 

Occupation Gothique (Gaule-Espagne)  Cambridge Medieval history (Javier).


 

 L’empereur d’Orient, Marcien, s’imposa aussi en Occident, avec l’accord du sénat. A sa mort il fut remplacé par Léon I qui nomma Majorien généralissime, lequel se fit proclamer empereur par ses troupes. Cela fit revenir Théodoric en Gaule où il s’employa à organiser la révolte des Gallo-romains avec la complicité des Burgondes. Les Suèves s’étant une fois de plus révolté, le roi dut intervenir. Ses alliés Burgondes, livrés à eux-mêmes, furent vaincus par Egidius, un lyonnais. Et les Suèves battus une fois de plus, Théodoric profita de sa présence en Espagne pour occuper une grande partie de la Bétique, puis revint en Gaule : Egidius  se barricada en Arles. Majorien envoya ses mercenaires, qu’il avait rassemblé pour lutter contre les Vandales,et retourna les Burgondes, ce qui incita le roi Wisigoth a redevenir « fédéré », d’autant plus que Majorien préparait une attaque d’envergure contre Genseric, ce qui n’était pas pour déplaire aux Wisigoths ; en Espagne, il équipa une armada, avec les Goths, en grand secret, afin de débarquer en Afrique. Mais Genséric le Grand, prévenu par ses espions, réagit avec la promptitude qui le caractérisait et vint détruire sur place la flotte (460).

  Les Suèves en profitèrent pour… se révolter ! Mais cette fois, contre toute attente, ils vainquirent les Gotho-romains de Sunéric. De retour en Italie Majorien fut assassiné par Ricimer qui plaça sur le trône Libius Sévère (461).

  Ayant à lutter contre les Vandales au sud et les Alains au nord, Ricimer n’intervint plus en Gaule, laissant les Wisigoths poursuivre à leur seul profit la guerre en Espagne.

  En 462, Narbonne, livrée par Agrippinus sur ordre de Ricimer, avait été occupé par un frère de Théodoric, Frédéric. La ville restera gothique jusqu’au début du treizième siècle. Frédéric fut tué prés d’Orléans en combattant Egidius et ses mercenaires Francs (463). « Puis les Francs (qui avait chassé Chilpéric) se choisirent pour roi Egidius maître de la milice » (Grégoire de Tours). C’est donc en allié de Ricimer que Théodoric fit assassiner Egidius qui avait eu le tort d’en appeler à Genséric.

  En 466, le roi Balthe, accusé d’être trop favorable aux Romains, fut tué par son frère Evaric (la forme liabilisée « Euric » est généralement employé, à tort. La forme gothique est « evaric » : le reiks des sangliers). « Evaric, roi des Wisigoths, voyant les Romains changer si souvent d’empereur, s’efforça de soumettre les Gaules à sa domination » (Jordanès) . Evaric se montra, encore plus que ses prédécesseurs, un roi immense ; disposant de nombreux guerriers, fondamentalement nationaliste, il a voulu donner un empire viable à son peuple et, quand il a estimé avoir atteint son but, il s’est arrêté.

  En 467, « l’empereur Léon, qui avait succédé à Marcien sur le trône d’Orient, créant Anthémius son patrice, le donna pour souverain à Rome » (Jord.). Ce nouvel empereur, pour qui les Goths représentaient le plus grand danger, s’employa à dresser contre eux tous leurs voisins : les Bretons, les Francs et les Burgondes. Evaric, qui avait donné une autre raclée aux Suèves, rappela ses troupes en Gaule et vainquit les Bretons du roi Riothamus (que certains historiens assimile au roi Arthur) qui avait envahit l’Aquitaine.

  Un usurpateur sévissant en Gaule, aidé par Ricimer, Anthémius recruta une forte armée de mercenaires barbares qu’il envoya contre les Goths (471). Evaric se précipita au devant de cette armée, outre-Rhône, et l’écrasa. Le fils de l’empereur et la plupart des officiers qui l’accompagnaient furent massacrés. Cette défaite incita Ricimer à se rebeller. Léon I, qui soutenait Ricimer, déposa Anthemius et le remplaça par Olybrius. Celui-là refusant de s’incliner, à l’abri des remparts de Rome, Ricimer fit appel aux Burgondes de Gundobald. L’empereur déchu en appela aux Ostrogoths pannoniens (5° Gothie) du roi Vidomir qui attaquèrent les assiégeants Burgondes. Malheureusement Vidomir fut tué et son fils qui portait le même nom, traita avec Ricimer. Cette défection et la famine eurent raison des Romains : en juillet 472 la ville fut mise à sac par les Burgondes qui se livrèrent à des exactions que ni Alaric ni Genseric ne s’étaient permis. Gundobald tua l’empereur qui cherchait à s’enfuir. Cette même année Ricimer et Olybrius moururent : le roi Burgonde proclama Glycère empereur, Léon I , quant à lui, nomma Jules Népos !

   Vidomir et ses Greutunges allèrent rejoindre les Wisigoths, et s’installèrent en Aquitaine.

   Evaric régna dix-huit ans (466-484) : guerre contre les Suèves, 466-468, Remismond est vaincu ;  victoire sur les Bretons (469) ; guerre contre l’empire : prise définitive de Béziers, de Nîmes, de toute l’Aquitaine Première (470), victoire écrasante sur les Romains (471). Conquête de la Tarraconaise (prise de Pampelune, Saragosse, Tarragone (471-473). 474 : expédition en Italie. 475 : l’empereur Jules Nepos renonça à répondre à cette attaque et reconnu l’indépendance aux Goths, et à la demande de ces derniers, celle des Burgondes (juin 475). En 475-476, le Balthe mata une révolte en Tarraconaise,

Puis, en Gaule, s’empara d’Arles et de Marseille et massacra les Burgondes qui tentèrent d’intervenir.

  Le dernier empereur d’Occident, un certain Romulus, déposé, Odoacre, nouveau et seul maître barbare d’Italie, abandonna à Evaric, la Provence (Narbonnaise II), et les Alpes Maritimes (476).

Cette année là, le Balthe fait élaborer le code d’Evaric, légitimant les persécutions contre les catholiques, entre autres dispositions, et imposant l’attribution des deux tiers des terres aux envahisseurs, confirmant ce qui se faisait depuis Théodoric I ; il interdisait, aussi, les mariages mixtes et consacrait la supériorité des Goths sur les Romains.

  « En ce temps Euric, roi des Goths, franchissant la frontière hispanique, déchaîna dans les Gaules une grave persécution contre les Chrétiens » (G. de Tours). Ce qui encouragea la résistance des Gallo-romains que Népos abandonna à leur sort.

  « Euric triomphe et ses bandes traînent après elles le poison arien » (M-M. Gorce,La France au dessus des races, Payot 1934).

  Evaric mourut dans son lit en Arles, en 484. Il avait porté à son apogée le royaume wisigothique. La fondation du royaume ostrogothique d’Italie (493) fit croire pendant quatorze ans à l’hégémonie des Goths sur l’Europe occidentale.

  « Mais l’invasion d’Attila, bientôt suivie de l’effondrement de l’empire, et, un peu plus tard, la préférence donnée par l’église au Franc sauvage contre le Burgonde et le Got hérétique, enfoncèrent plus profondément l’Occident dans le chaos du Moyen-âge » (André Lefèvre,Germains et Slaves, Schleicher, Paris, 1903)

  Les Wisigoths eurent à lutter contre les Vandales, les Suèves, les Alains, les Huns, les Romains, les Burgondes, les Bretons... Paradoxalement leurs forces s'accroissaient, autorisant la politique d'extension d'Evaric. Ils se firent attribuer le tiers des terres, puis les deux tiers. Il ne s'agissait pas des ressources, mais bien de réquisitions pour s'établir; Sidoine Appolinaire en a laissé un témoignage vivant. La carte des toponymes gothiques, sinon par leur fréquence, du moins par l'amplitude de leur diffusion traduit bien la force de la colonisation. Pour M. Rouche "toute toponymie wisigothique est forcément résiduelle, par rapport à l'implantation réelle" (l'Aquitaine des Wisigoths aux Arabes,op.cité); cette toponymie "résiduelle" vient des établissements plus ou moins militaires des débuts, (certains sont devenus des "baurgs") ensuite le partage des terres a diffusé partout l'installation des paysans; de plus, en s'installant dans les villas gallo-romaines, les Tervinges n'éprouvaient pas le besoin d'en changer le nom.

  Aprés les Champs Catalauniques il y eut une vague d'immigration. Le retentissement de la défaite d'Attila a donné à Toulouse une aura d'invincibilité qui a attiré une population par ailleurs débarrassée de la domination hunnique aprés la mort du roi hun (453) et la victoire des vassaux germaniques sur leurs anciens maîtres 'Nédao,455), victoire suivie, on l'a vu, par une expédition d'Avitus en cinquième Gothie (Pannonies).

  C'est sous Théodoric II à partir de 455 que les Danubiens commencèrent à s'établir en Espagne, dans les régions de Ségovie, Valladolid, Burgos, Soria... La migration s'amplifia à la suite des campagnes victorieuses d'Evaric. Elle se poursuivi par petit groupes jusqu'à la fin du siècle ou au début du suivant.

  L'archéologie dévoile les différences culturelles entre Wisigoths de la première heure et ceux de Hongrie. En Aquitaine les sépultures des premiers ne se distinguent pas de celles des indigènes, à quelques exceptions où l'on retrouve des objets et bijoux de la culture de Tcherniakov. (Tcherniakov : type de sépultures gothiques de Roumanie-Ukraine. Consulter : M.Kazanski,"les Goths" ed. Errance ; Palol et Ripoll, "les Goths",ed.le Seuil; M.C. Gerbet,"l'Espagne au moyen âge"ed.Collin). Ce n'est pas le cas en Espagne où les sépultures barbares sont nombreuses : elles contiennent des objets identiques à ceux que l'on trouve en Europe centrale, datés du milieu et de la seconde moitié du cinquième siècle et du début du sixième, ce qui correspond aux installations d'immigrés sous Théodoric et Evaric.

  Les Wisigoths d'Aquitaine ont laissé peu de traces archéologiques; christianisés et romanisés lorsqu'ils arrivèrent en Gaule, ils l'étaient d'autant plus alors. On se rappelle que l'une des exigences d'Alaric pour lever le siège de Rome, en 408, étaient la fourniture de quatre mille vêtements de soie. En dehors de la langue, de fortes traditions orales, la culture matérielle gothique était trés altérée. L'attrait du raffinement romain devait exercer autant d'influence sur l'aristocratie, et avec un certain décalage sur le peuple, que la "culture" américaine, aujourd'hui, sur une Europe subjuguée.

  En dehors de l'apport pannoniens, il y eut des ralliements conséquents. A la chute de Stilicon, plus de dix mille guerriers Ostrogoths entrèrent au service d'Alaric. C'étaient les rescapés des hordes de Radagaise intégrés dans l'armée romaine. Ils avaient donc une famille et ce sont trente ou quarante mille hommes, femmes et enfants qui vinrent en Gaule à un moment ou à un autre. En 427, Bermund et son fils Vidéric, Amales, rejoignirent Toulouse avec leur tribu, suivis cinquante ans plus tard par Vidomir et les siens.Quelques clans d'Hérules, de Warnes (Warno, Werno: leurs toponymes se confondent, en Cévennes avec "verne") et de Saxons firent de même. Il faut ajouter des Sarmates du clan "Navarri" qui ont peut-être donné leur nom à la Navarre (E. Philippon, "les Ibères" Paris 1909).

  Tout compte fait ce sont bien près d'un million Goths et alliés qui s'établirent en Aquitaine, Narbonnaise et Espagne; la forte natalité amplifia la colonisation. Il ne faut pas oublier les Suèves qui ont prospéré jusqu'à la conquête arabe et qui furent avec les Goths, à l'origine du royaume des Asturies.

 

 

 

 

              Manuel scolaire MALET (1930)

 
6- CINQUIEME GOTHIE  
  

  Cette cinquième Gothie, correspondant approximativement aux Pannonies romaines, fut le refuge qui permit aux Goths d’Est et d’Ouest de survivre en attendant la conquête d’une autre patrie. Les Wisigoths d’Athanaric furent les premiers à s’y installer, suivit par les Ostrogoths. L’entente fut loin d’être parfaite entre les deux nations sœurs. Nous allons faire un bref retour en arrière et résumer très succinctement l’histoire des Ostrogoths, en occultant la période ou ils furent les vassaux des Huns, période qui se résume à des luttes d’influence entre reiks et rois, attisées par leur « suzerains ».

  A Gébéric, le vainqueur des Vandales en 335, succéda 

L’Amal Hermanaric qui fit du royaume Greutunge un véritable empire. (…) « il dompta beaucoup de peuples très belliqueux du Septentrion,  les forçant à obéir à ses lois. C’est avec raison que quelques auteurs l’ont comparé à Alexandre le Grand »(Jordanès, VII). Il avait établi sa domination sur l’ensemble de la Russie du Sud, organisant des expéditions jusqu’à l’Oural et au Caucase. Les Estes de la Baltique sont vassalisés ainsi que de nombreuses tribus Slaves, qui leur étaient déjà apparentées, on l’a vue.

Seuls les Antes lui résistèrent et préférèrent migrer vers le nord. Dans la liste des peuples « soumis » donné par Jordanès, beaucoup n’ont pu être identifiés.

  Un homme du peuple des Rausomons ayant trahi Ermanaric, le roi « transporté de fureur fit attacher la femme du traître, Sunilda, à deux chevaux indomptés, que l’on excita à la course, et la malheureuse fut déchirée en morceaux » (Jordanès, VIII). Les frères de cette infortunée, Sarus et Ammius, pour la venger, frappèrent Ermanaric de leurs poignards. Le roi, blessé ne put organiser la résistance aux Huns. Il mourut de ses blessures ; il avait, dit Jordanès, cent dix ans.

  « Les Huns profitèrent de sa mort pour dompter les Goths qui habitaient, comme on la dit, sur la plage orientale, et qu’on appelle Ostrogoths. (…) ce peuple, séparé des Visigoths après la mort de son roi, resta dans ces mêmes contrées sous la domination des Huns ; Winithaire l’Amale conserva pourtant les insignes de la royauté… » (Jord.). Bérismond, lui, « méprisant la nation des Ostrogoths parce qu’elle subissait la domination hunnique, s’était retiré dans les régions occidentales auprès des Visigoths ».

  En 453, Attila mourut alors qu'il allait reprendre la guerre contre l'Empire. Ses fils se partagèrent les peuples vassaux en les tirant au sort. Profitant des dissensions entre les nouveaux chefs hunniques, le roi Ostrogoth Walamir, et Ardaric roi des Gépides, se révoltèrent. Walamir obtint d'Elac, l'aîné des héritiers d'Attila, l'autorité sur les Pannonies. Ardaric n'obtenant qu'un vague commandement en Transylvanie, prit la tête d'une ligue de peuples qui refusaient l'autorité des Ostrogoths : Suèves, Ruges, Hérules, Skires  et Alains. Elac tenta de rejoindre ses alliés Goths, mais avant d'avoir pu faire jonction avec eux il fur rattrapé et complétement écrasé près de la Nedao (455).

  Les Huns s'enfuirent vers les plaines de l'Est et les Ostrogoths s'empressèrent de solliciter de l'empereur d'Orient le statut de fédérés. Marcien accepta, confirmant leur établissement en Hongrie du sud et leur attribua en plus la Croatie du nord-est et la Slovénie du nord. En 456 les Huns tentèrent un retour mais Walamir les mis en déroute. A Byzance le barbare Aspar et sa marionnette l'empereur Léon I° ayant pris le pouvoir, les Ostrogoths se virent privés de leurs subsides. Les messagers envoyés à la cour furent renvoyés avec mépris, mais apprirent que ces subsides étaient versés à Théodoric Strabon, reiks Amale d'un autre clan Goth. Au même moment Majorien, empereur d'Occident, retira ses troupes de Dalmatie pour lutter contre les Vandales. Les Ostrogoths envahirent cette province et de là allèrent piller l'Orient. Aspar réussit à les refouler et battit Walamir (459). Cependant la victoire des Vandales, qui entraîna la chute de Majorien, incita Byzance a traiter avec les Ostrogoths; ces derniers, en garantie du traité, donnèrent en otage le fils du roi Théodomir, Théodoric, qui devait rester huit ans à la cour. La paix assurée, les Ostrogoths chassèrent les Alains qui, pour se consoler, pillèrent l'Italie où Ricimer les dispersa. Ils s'attaquèrent ensuite à une tribu hunnique sédentarisée qui appelèrent les Huns à leur secours. Les rois (reiks) goths unis infligèrent une cuisante défaite à Denghizic (466).

  Nous allons passer sur les événements des années qui suivent, remplies de fureurs et de combats entre Goths et autres tribus germaniques, et entre Goths et Romains, pour en venir à l’otage Théodoric. Les Sarmates s’étaient emparé de Belgrade. Théodoric, envoyé par Byzance rassembla six mille hommes qui lui permirent de vaincre et tuer le roi Sarmate Babaï, rentrant dans Belgrade en même temps que dans l’histoire. Il avait moins de vingt ans.

   « Et comme ensuite les richesses enlevées de côté et d’autre aux nations voisines devenaient moins considérables, les Goths commencèrent à manquer de vivres et de vêtements ; la paix était à charge à ces hommes auxquels depuis longtemps la guerre fournissait leur subsistance. Tous les Goths, venant trouver le roi Théodomir, le supplièrent de conduire l’armée dans la direction qu’il voudrait. Ce prince appela auprès de lui son frère, et, après avoir consulté le sort, il l’engagea à se jeter sur l’Italie où régnait l’empereur Glycère, tandis que lui-même attaquerait l’empire d’Orient, le plus fort » (Jordanès). Ce fut un échec et de 474 (mort de Théodemir) à 488 les deux clans Ostrogoths, celui de Théodoric, fils de Théodemir, et celui de Théodoric Strabon, se déchirèrent, combattant ou soutenant l’empereur dans le seul but d’obtenir des subsides. C’est alors que ces deux clans étaient alliés que Strabon périt d’une chute de cheval. Tout naturellement les deux tribus fusionnèrent. Théodoric fit la paix avec l’empereur Zénon et retourna vivre à la cour de Byzance.

  « Théodoric apprit que tandis qu’il jouissait à Constantinople de tous les biens de la fortune, sa nation, établie dans l’Illyrie, était loin de s’y trouver dans l’abondance ; il aima mieux, selon l’usage de son peuple, chercher des moyens d’existence par ses travaux, que de jouir au sein de l’oisiveté des biens de l’empire, et laisser sa nation vivre dans la pauvreté » (Jordanès).  Il alla trouver l’empereur et lui demanda la permission d’aller conquérir l’Italie : « si je suis vainqueur, je posséderai ces terres par votre don et par votre générosité ; si je suis vaincu, votre piété ne perdra rien » (Jordanès). C’est exactement dans ces termes que trois siècles plus tard Guilhelm demanda à Charlemagne l’autorisation de reconquérir l’Espagne, nous verrons cela.

  En 475, Odoacre, aventurier de génie, chef des mercenaires barbares, étaient devenu maître de la péninsule. Afin de ménager l’empereur d’Orient, il eut l’idée de supprimer le titre impérial et amena le sénat à partager son point de vue. Une délégation de sénateurs, envoyée à Constantinople, convainquit Zénon qu’un seul empereur suffisait. Odoacre reçu le titre de patrice et gouverna l’Italie au nom de Byzance.

  A l’automne 488 les Ostrogoths et des Ruges prirent la direction de l’Ouest. Nous n’avons aucune certitude sur leur nombre. Les Greutunges étaient, en Ukraine, plus ou moins un million ; nombreux furent ceux qui y restèrent, intégrés par les Slaves. Au septième siècle, les Croates qui libérèrent l’Illyrie et la Carinthie de la domination des Avars étaient dirigés par des Goths ( Francis Dvornik, « les Slaves », éd. Du Seuil, 1970). D’autres s’étaient acclimatés des régions danubiennes jusqu’en Dalmatie. Quand Théodoric, dans ses tribulations dans l’empire d’Orient, s’empara de Durazzo, il fut aidé par Sigismund, reiks des Goths de l’Epire. Les membres du clan de l’Amale Strabon sont évalués à une cinquantaine de mille ; ils s’unirent aux trente mille du clan de Théodoric. Ce ne fut donc qu’une partie réduite des Goths de l’Est qui conquit l’Italie. Cette fois les hommes prirent la route avec femmes et enfants entassés dans de lourds chariots, migration que renouvelèrent les Lombards, moins d’un siècle plus tard. Nous n’allons pas nous étendre sur cette « conquête de l’Ouest », fertile en drames, batailles et faits d’armes, qui aurait mérité d’inspirer un péplum à  Sergio Leone et Ennio Morricone, leur probable descendants.

  Ce n’est que dans les derniers jours de février 493 qu’Odoacre capitula. Théodoric accepta de l’associer au pouvoir ; le 15 mars il fut invité a participer à un banquet, au palais impérial. Là, Théodoric l’exécuta d’un coup de glaive, tous ses partisans furent massacrés, payant la mort des nombreux guerriers de cette sanglante épopée. Le fils d’Odoacre, Thala, fut confié au roi de Toulouse, Alaric II, qui le laissera mourir de faim.  Théodoric, nouveau maître de l’empire d’Occident, se montra un excellent souverain. Sur le plan agricole, entre autre, l'installation des guerriers paysans Goths assura l'autosuffisance alimentaire du pays, qui dépendait alors de l'Afrique. Cassiodore, d’une illustre famille calabraise et historien de son règne, ne tarit pas d’éloge sur ce roi ; le byzantin Procope le place « au dessus de tous les empereurs qui, depuis l’origine, ont été élevés à cet honneur suprême ». Nous n’allons pas développer cette histoire qui concerne surtout nos cousins italiens, sauf dans ses implications « wisigothiques ».

  En 484, Alaric II avait hérité de son père Evaric le royaume de Toulouse, où s’intensifiait "l’hostilité" entre les clergés catholique et arien. Mieux implantés et plus nombreux les curés étaient à même de baptiser plus facilement les Gothillons et après la conquête le clergé arien s'intégra naturellement au clergé catholique ("les Goths", Renée Mussot-Goulard, éd. Atlantica, 1999). Prenant prétexte de cette situation, Clovis fit une première tentative pour s’emparer de l’Aquitaine (489) en assiégeant Bordeaux. La résistance acharnée de la ville et l’intervention diplomatique de Théodoric d’Italie obligea le roi franc à lever ce siège et à rencontrer Alaric « dans une île de la Loire, qui était près du village d’Amboise … après s’être entretenus ensemble, avoir mangé et bu de même et s’être promis une amitié réciproque, ils se séparèrent pacifiquement. Déjà, dans les Gaules, beaucoup souhaitaient d’un ardent désir avoir les Francs comme maîtres » (Grégoire de Tours,  II). Bien sur, G. de Tours était un évêque catholique et un courtisan qui écrivit l’histoire des Francs un siècle plus tard.  En 507, Gundobald, le roi Burgonde, et Clovis, à l’incitation de l’empereur Anastase terrorisé par Théodoric d’Italie, attaquèrent ensemble le royaume de Toulouse. D’après Grégoire de Tours, Clovis fit ce discours aux Francs : « C’est avec beaucoup de peine que je supporte que ces ariens occupent une partie des Gaules. Marchons avec l’aide de Dieu et quand ils auront été vaincus nous soumettrons leur terre à notre domination ». Ainsi fut fait. Avant que Théodoric puisse intervenir, Francs et Burgondes écrasèrent les Wisigoths au sud de Poitiers, dans la plaine de Vouillé. Alaric fut tué, l’Aquitaine seconde conquise. Un historien français qualifiera cette conquête de "libération de l'Aquitaine par Clovis..." (M. Rouche), comme si ce pays avait un seul jour appartenu aux  Francs. Le fils de Clovis, Théodoric, ainsi nommé parce qu’il l’avait eu d’une concubine gothane (« wisigothe », en français), s’emparait de l’Aquitaine première pendant que Gundobald envahissait la Septimanie.    

  Alaric mort, les Tervinges refusèrent d’élire roi son fils Amalaric, trop jeune. Ils votèrent pour Gisélic (prononcer Guisélic), bâtard d’Alaric. Celui-ci, chassé de Narbonne par les Burgondes se replia en Espagne. Profitant des événement et pour tenter d’empêcher Théodoric d’intervenir en Gaule, une armada byzantine de deux cents navires s’attaqua à l’Italie, dévastant les côtes jusqu’à Tarente en même temps que Francs et Burgondes mettaient le siège devant Arles. Malgré la « trahison » de l’évêque catholique saint Césaire, garnison wisigothane et population résistèrent assez longtemps pour permettre au général ostrogoth Ibba (Hildebrand) d’arriver : les Arlésiens effectuant une sortie en force à ce moment là, les ennemis pris en étau furent écrasés, perdant trente mille hommes. Sur sa lancé Ibba libéra la Septimanie. Saint Césaire comparu à Ravenne devant Théodoric qui reconnu son innocence : il semble qu’il avait été trahi par un clerc.  En 510 les généraux Ibba et Mammo s’attaquèrent aux Burgondes : toute la Provence, jusqu’à Valence tomba aux mains des Ostrogoths. Puis Ibba pénétra en Espagne et chassa Gisélic de Barcelone. Nous gardons encore rancune aux Greutunges de cette  trahison. Gisélic se réfugia en Afrique où Trasamund, le roi Vandale, lui fournit une aide substantielle qui lui permit, quand il regagna l’Aquitaine, de combattre pendant plusieurs mois. Finalement, en 511, Ibba parvint a disperser ses  troupes et a le tuer. Ce retour de Gisélic en Aquitaine montre bien que les Wisigoths, soutenus par les "Romains", dont la famille de Sidoine Apollinaire, (et une grande partie des Aquitains romains, ce qui contredit la propagande franque perpétuée par G. de Tours) n'avaient pas quitté ce pays malgré certaines affirmations, dont celle de Procope : "les survivants des vaincus émigrèrent avec femmes et enfants"; c'est-à-dire essentiellement les combattants qui avaient peur des représailles. Tous les Germains se souvenaient de la cruauté de Clovis qui, en 496, avait fait un tel massacre des Alamans que les guerriers survivants s'étaient réfugiés en Italie ostrogothique. Et Thierry se montra pire que son père, particulièrement en Auvergne (G. de Tours, M.Rouche,o.c.). Les fugitifs profitèrent des victoires d'Ibba pour revenir chez eux.

  Théodoric se trouvait maître, avec l’Italie, de l’Espagne, confiée à son général Théodis, nommé tuteur d’Amalaric, et de toute la côte méditerranéenne des Gaules.

  Sigismund succéda à son père Gundobald en 516. Devenu veuf de la fille de Théodoric d’Italie, il laissa sa seconde épouse, catholique, assassiner le fils qu’il avait eu de son premier mariage, Sigéric. Ce crime provoqua la colère de l’Amale qui fit intervenir les Francs. Les fils de Clovis, Clodomir, Childebert et Clotaire, envahirent la Burgondie (523). Sigismund, vaincu, fut jeté avec sa femme et ses enfants dans un puit. Clodomir s’attaqua à Gundomar, frère de Sigismund, mais il fut vaincu et tué (Vézeronce). Théodoric exigea, et obtint, le territoire entre Durance et Isère, le futur marquisat de Provence.

  En 526, le roi Ostrogoth d’Italie succomba après trois jours d’une dysenterie vraisemblablement provoquée par un empoisonnement. Sa fille Amalasunthe (Amalaswinthe) assura la régence.

  A Constantinople Justinien succéda à son oncle Justin. Son règne fut grand : il rétablit un instant l’empire Romain en détruisant le royaume gothique d’Italie par une longue guerre de vingt ans (535-555). Il détruisit aussi le royaume vandale de Carthage. La suite appartient à l’Histoire d’Italie. 
 

 

Croix d'argent, sépulture suédoise (île de Gotland) début XI° siècle
(statens historika museum, Stockholm, photo de l'exposition de 2009 musée de Cluny Paris)

 

7-SIXIEME GOTHIE (Tolede)
                                                                                             

  En Espagne, Amalaric qui « gouvernait sagement le royaume de son père » (G. de Tours, livre II), avait épousé Clotilde, soeur de Childebert et fille de Clovis. « Celle-ci avait à supporter de nombreuses vexations d’Amalaric, son mari, à cause de sa foi catholique. Ainsi, lorsqu’elle se rendait à l’église, il ordonnait qu’on jetât sur elle du fumier. Finalement il l’aurait même frappé, dit-on, avec une telle cruauté, qu’elle envoya à son frère un mouchoir teint de son sang » ( G. de Tours, III,X). Childebert, « profondément ému gagna les Espagnes » où, à cette nouvelle, les Goths se « préparèrent à fuir suivant leur habitude ». Il existe plusieurs versions des faits : pour l’historien des Francs, Amalaric avait préparé des navires pour fuir Narbonne et, au dernier moment, il s’aperçut qu’il avait laissé une partie de son trésor. En retournant le chercher, il fut isolé et se fit tuer alors qu’il cherchait refuge dans une église. Selon Isodore de Séville, haï par son armée, c’est par ses propres hommes qu’il aurait été tué (531). Bref, les Francs pillèrent la Septimanie et « aussitôt Childebert s’empressa d’enlever sa sœur, avec de grands trésors, pour l’emmener avec lui, mais, je ne sais par quel accident, elle mourut en route »( G. de Tours).

  Théodis, le général Ostrogoth qui avait assuré la régence pendant la minorité d’Amalaric, fut élu roi par les guerriers et n’eut aucun mal à reprendre le contrôle de la situation.

  En 544, pour tenter d’aider Totilas, roi greutunge d’Italie, Théodis organisa une expédition en Afrique. Ce fut un échec. Les Byzantins alors, avec l’aide des catholiques espagnols, réussirent à prendre pieds en Andalousie, ce qui valut à Théodis d’être assassiné par ses compatriotes. « Les Goths, en effet, avaient pris la détestable habitude, quand un de leurs rois leur avait déplu, de le poignarder », écrira Grégoire de Tours, ajoutant « et si quelqu’un était de leur goût de le prendre pour roi ». C’était la démocratie directe ! Théodogisèle fut de leur goût quelques mois, au bout desquels, ayant cessé de plaire, il fut poignardé à son tour « alors qu’il était à table pour souper avec ses amis » (549).

  Egila (Agila) lui succéda. Soutenu par les nationalistes il eut la main dure envers les catholiques, provoquant une révolte dont profita un autre reiks, Athanagild, pour lui disputer le pouvoir. Athanagild fit appel à Justinien qui s’empressa de venir l’aider, profitant de l’occasion pour conforter l’occupation de l’Andalousie. Egila fut assassiné et Athanagild se retourna contre les Byzantins, obtenant de nombreux succès, sans cependant parvenir à les chasser d’Espagne.  La plus grande gloire de ce roi est d’avoir été le père de Brunehilde (Brunehaut). L’importance du règne de celle-ci en Austrasie, par les conséquences indirectes qu’il eut sur ses compatriotes du VIII° siècle, oblige à faire un détour.

  Sigebert, petit-fils de Clovis, reçut l’Austrasie à la mort de son père Clotaire, cependant que son frère Chilpéric obtenait la Neustrie. En 566, Sigebert épousa la fille d’Athanagild, Brunehilde. Celle-ci vint en Gaule « avec de grands trésors » (GdT) et, comme c’était l’usage avec une suite importante de guerriers et d’esclaves. Ils firent tous souche en Austrasie ; le fils de l' un d’eux, Arnulf, intendant des domaines royaux de Brunehilde, acquit des fiefs dans la Woëvre. Il est l’ancêtre direct de Charles Martel.

  Cette union ayant grandi le prestige du roi d’Austrasie, Chilpéric congédia ses nombreuses épouses et demanda la main de l’autre fille du roi de Tolède, Galswinthe, ce qui lui fut accordé. « Il éprouvait pour elle un grand amour, car elle avait apporté avec elle de grands trésors » (GdT, IV,28). Parmi ses épouses répudiées figurait Frédégonde qui intrigua tellement que Chilpéric  finit par faire assassiner Galswinthe. Cela déclancha entre le deux pays Francs une longue vendetta. En 575, Chilpéric et Frédégonde firent assassiner Sigebert, à Paris, et « là également Sigila, qui, jadis était venu de Gothie, fut complètement  mis en pièce » (GdT).

  Au père de la grande reine que fut Brunehilde, succéda en 567 Liuva I, gouverneur de Septimanie. Condamné à rester en Gaule pour combattre les Neustriens et les Burgondes, il s’associa son frère Léovigild, qui resta seul roi à sa mort. Léovigild, « après la mort de sa femme, épousa Gundswinthe, mère de Brunehild. Il avait de sa première épouse deux fils dont l’un épousa une fille de Sigebert, l’autre une fille de Chilpéric. Il partagea entre eux le royaume, tuant tous ceux qui avaient coutume d’assassiner les rois, sans en laisser aucun pour pisser contre un mur » (GdT s’inspire du Livre des Rois, 1,16,11).

  Léovigild réduisit la plupart des régions qui échappaient encore à l’autorité des Goths. Il reconquit sur les Grecs plusieurs villes (570-573), puis la Cantabrie (574). Il avait presque réussi a faire l’unité de l’Espagne quand il se heurta à une révolte conduite par son fils Hermanagild, en Bétique. La femme de ce dernier, Ingonde fille de Chilpéric, l’avait converti au catholicisme. Avec le soutien de Justinien il se fit proclamer roi, frappant sa propre monnaie. Léovigild paya les Byzantins qui se retirèrent, Hermanagild fut saisi et exécuté (585) ; Léovigild annexa en totalité le royaume des Suèves qui avait soutenu la révolte. Il fit réviser le code d’Evaric, autorisa les mariages mixtes. Il poursuivit une politique de paix avec les Francs, Gontran de Burgondie excepté, dont il écrasa plusieurs fois les armées qui tentaient de s’emparer de la Septimanie. Ce fut l’un des plus grand rois de Tolède. Son fils et successeur Récarède (Richard) se convertit au catholicisme (586).

  Récarède eut, comme tous les gouvernements d’Espagne à lutter contre les Basques. Il écrasa une fois de plus Gontran (victoire de Carcassonne, 589) ; il entretint de bons rapports avec Childebert et Brunehild.

  En 601, son fils Liuva II prit sa suite, mais Vitéric, arien, le fit mettre à mort. Il voulut marier sa fille au petit-fils de Brunehild, Théodoric roi de Bourgogne : ce dernier garda « les grands trésors » et renvoya la fille. Il subit plusieurs revers tant des Francs que des Byzantins et, donc, « ayant cessé de plaire » il fut tué au cours d’un banquet (610). Gundomar fut élu à sa place, obtint des succès contre les Byzantins et lutta contre les Basques. En 612, Sisebut (Sigisbald) élu roi, entreprit d’annexer les dernières poches tenues par les Grecs. On pense que c’est lui qui conquit « l’Espagne transfrétane », la région s’étendant de Tanger à Ceuta. Ce souverain fut un homme de lettre ; il reste de son œuvre des poèmes, des lettres et une vie de saint. Il fut l’ami d’Isidore de Séville qui lui dédia son monumental ouvrage « de natura rerum ». 

  « …cette Espagne wisigothique qui était, sans doute, lorsque déferla l’invasion musulmane, à l’avant-garde de la civilisation chrétienne d’Occident » (Henri Terrasse, « l’Espagne du Moyen Age, ed Fayard).

  En politique étrangère il se montra hostile à Brunehilde, qui n’était plus reine d’Austrasie, mais gouvernait la Burgondie au nom de son petit-fils Théodoric II, en soutenant contre elle le roi d’Austrasie. Brunehilde voulait faire la guerre au fils de Frédégonde, Clotaire II, mais l’aristocratie burgonde s’entendit avec celle d’Austrasie à qui elle la livra. Parmi ces nobles austrasiens se trouvaient les ancêtres des Carolingiens et se sont ses anciens leudes goths, qu’on suppose relais de Tolède, qui lui firent subir le «supplice de la steppe » en usage chez les Goths : après l’avoir promené nue sur le dos d’un chameau, il l’attachèrent à la queue d’un cheval dont la course la mit en pièce (613). Ainsi, Hermanaric fit périr, on s’en souvient, Sunilda. Une des constantes de la politique des rois de Tolède a été l’entente avec les Austrasiens. Question d’affinités autant que raisons politiciennes. Cette entente devint vitale pour la Gothie septimanienne,(de Charles Martel à Louis le Pieux).

  Le fils de Sisebut, Récarède II, succéda à son père en 620 et mourut peu après. Swinthila fut élu et combattit victorieusement les Byzantins. Inutile d’ajouter qu’il lutta contre les Basques ; précisions : non pas pour conquérir leur pays, mais parce qu’ils effectuaient de constant raids de pillage. En 631, Sisenand fit appel à Dagobert, et contre la promesse de lui céder un plat en or offert jadis par Aetius à Thorismund après la bataille des Champs Catalauniques, il obtint son aide. Mais il réussit à prendre le pouvoir avant l’arrivée des Francs et dut leur payer une forte somme en or pour leur faire évacuer l’Espagne… Plusieurs rois suivirent, dont les règnes sont marqués par l’emprise grandissante de l’église sur une royauté devenue absolue.

  En 672, Wamba devint roi. Il est le premier dont le récit du sacre nous est parvenu : « lorsqu’il fut arrivé en l’église des apôtres Pierre et Paul, Wamba, revêtu du costume royal qui attirait tous les regards, prêta serment au peuple, selon l’usage ; puis il s’agenouilla et l’huile (de l’onction sainte) est répandue sur sa tête par le saint pontife Quirinus, et la plénitude de bénédiction se manifesta… » (Julien de Tolède, Histoire de Wamba).

 

  Il se préparait à lutter contre…les Basques quand, en 673, le comte de Nîmes, Hildéric, et Gunild, l’évêque de Maguelonne, se révoltèrent avec l’aide des Aquitains. Pour plus de sûreté Wamba confia le commandement de l’armée de répression à un noble grec, le duc Paul. Ce dernier, passant avec ses troupes par la Tarraconaise, fut convaincu par le duc de cette province, Ranosinde, de rallier les mutins et Paul fut proclamé « roi de Septimanie ». Le danger était si grand que Wamba s’attaqua brutalement aux Basques qui soutenaient les factieux, ravagea leur pays, les obligeant à faire la paix ; une armée put alors traverser leur territoire et, conjointement avec deux autres corps expéditionnaires qui passèrent par le nord-est, ils envahirent la province gauloise. Les derniers jours d’Août 673, Paul, assiégé dans les arènes de Nîmes, est contraint à la capitulation. Cette révolte fut une réaction nationaliste, dans deux provinces à forte densité de peuplement gothique, contre les tentatives d’intégration poursuivie par un pouvoir de plus en plus totalitaire. Wamba relâcha les Francs et les Saxons venus soutenir Paul, lequel eut droit à la promenade à dos de chameau, mais ne fut pas exécuté. Cette modération est révélatrice : une majorité des Wisigoths d’Espagne partageaient les sentiments des rebelles.

  De nombreuses réformes ont été imposées par les rois, sous la pression des intellectuels religieux. « La culture romaine de ses évêques les rendaient apte à formuler, en termes d’unification aussi bien politique que religieuse, la prise de conscience de la nouvelle réalité hispano-gothique, surtout après la conversion de Récarède » (S.Teillet, Des Goths à la nation gothique, Les Belles Lettres, 1984).

     S’il y eut quelques sursauts ariens, dont la réaction de Vitéric, dans l’ensemble il n’y eut pas de problème sur le plan religieux. On a vu que les Goths d’Aquitaine étaient devenus dès l’origine catholique par la force des choses. Les Tervinges, dans leur masse, n’étaient pas fanatiques. Grégoire de Tours qui avait la manie, chaque fois qu’il rencontrait un Goth, de l’attaquer sur son « infect arianisme », rapporte innocemment  (pas sûr) une conversation qu’il eut avec l’ambassadeur Agila qu’il qualifie d’homme « d’une intelligence nulle et dépourvue de raisonnement méthodique et complètement perverti par la haine de la foi catholique »

Aux arguments de Grégoire, Agila répond : « ne blasphème pas contre une loi que tu n’observes pas, car nous, bien que nous ne partagions pas vos croyances, nous ne blasphémons pas pourtant contre elles. Nous disons même que ce n’est pas une faute quand on passe entre un autel païen et une église de les révérer l’un et l’autre ».

  Les rois acquis à la cause catholique ont, par étapes, modifié la législation : le droit des Goths et des Romains à vivre selon leurs propres lois est aboli et une législation unique est appliquée à tous les sujets. C’est Chindaswinthe qui écarte le principe de la personnalité des lois ; puis Réceswinthe adopte définitivement ce principe de territorialité et promulgue un nouveau code applicable à tous les habitants, les Juifs exceptés, le « livre des juges » (liber judiciorum) qui rassemblait les lois de Léovigild, de Chindaswinthe et les siennes. Complétée ou modifiée par Wamba, Erwig, Egica, la Lex Wisighotorum resta en usage jusqu’au Moyen-Age aux Asturies, en Septimanie et en Catalogne.

  Les conciles de Tolède se réunissaient assez régulièrement ; les souverains étaient élus par les grands du royaume et les évêques. La royauté s’appuya souvent sur les Espagnols, catholiques fervents, et sur une minorité de magnats gothans . Les conciles légiféraient sur les grands problèmes et les lois étaient promulguées « in nomine Domini ». Les Goths provinciaux, les plus nombreux, n’adhéraient pas à ce système contraire aux traditions démocratiques ancestrales. Les conciles répondirent au mécontentement par de nouvelles mesures. Receswinthe, qui estimait ne devoir son trône qu’à Dieu, publia un décret affirmant que les droits font les rois et non la personne. En 672, l’alliance de la royauté avec l’église fut scellée par la cérémonie de l’onction sainte, dont Wamba fut le premier bénéficiaire. En 681, Egica admit les Espagnols dans l’armée ; l’impopularité d’une telle mesure ne fut pas sans conséquence sur l’esprit combatif des troupes face aux Sarrasins. Lorsque Chintila succéda à Sisenand, il convoqua le concile de Tolède (636) pour faire confirmer sa prise de pouvoir. Il en profita pour faire adopter plusieurs canons : interdiction d’aspirer au trône si l’on a pas été élu par les nobles et les évêques ; ne pas élire un successeur du vivant d’un souverain régnant ; ne pas prononcer contre lui des malédictions ni chercher par des moyens superstitieux à connaître la date de sa mort. En 633, les évêques avaient édicté un canon anathémisant toute révolte contre le roi. La longue série d’assassinats avait fait prendre ces mesures pour permettre aux souverains de jouir sans risque de leur fonction et de gouverner sans entrave et sans contre pouvoir.

  Le jeune fils de Chintila, Tulga, fut élu. Craignant que son jeune âge soit une source de troubles, les magnats fomentèrent un complot, le firent tondre et le reléguèrent dans un monastère. Ils mirent à sa place Chindaswinthe. Cet octogénaire, fils de Swintila, fit régner la terreur et s’acharna contre l’aristocratie gothique. En Gaule le pseudo-Frédégaire écrira qu’il fit massacrer ou exiler sept cents Goths, nobles et bourgeois, livrant à ses fidèles les femmes, les filles et les biens de ses victimes. Sous le règne de ce fasciste avant la lettre, le concile de 646 menaça d’excommunication tous ceux, laïques ou religieux, qui auraient pris part à un complot contre le roi, même si ce complot devait réussir ! Pourtant Chindaswinthe, dit-on, améliora le sort des esclaves, interdisant de les tuer, leur donnant le droit, en cas de faute, d’être jugés. Son fils Réceswinthe eut à lutter contre la révolte de Froja, puis son successeur Wamba contre celle des Goths de Septimanie.

  Erwig prit la suite de Wamba. Le concile de 683 décida la restitution des biens confisqués aux partisans de Paul, ainsi qu’aux familles des condamnés de Chindaswinthe.

  A Erwig succéda son gendre Egica (686) qui poursuivit indifféremment les Goths, les faisant mettre « cruellement » à mort, et les Juifs. L’antisémitisme fut inspiré par l’église. En Septimanie, à l’époque comme plus tard au XIII° siècle, les Juifs rencontraient moins de problème : les décisions de Tolède et celles des évêques locaux restaient le plus souvent lettre morte. L’un des motifs de l’excommunication de Raimond VI, en 1207, était qu’il leur avait confié des charges publiques. Les premières mesures sévères à leur encontre avaient été prises par Récarède le converti. L’envoyé de Grégoire le grand, Probinus, de retour à Rome, avait renseigné le pape sur « les bonnes dispositions du roi, en particulier sur sa fermeté à l’égard des Juifs ». Il leur avait fait interdire d’avoir une femme ou une concubine chrétienne, d’exercer des fonctions publiques, d’avoir des esclaves chrétiens. Sisebut, alliés des Francs, accentua la répression ; prenant exemple sur Chilpéric il imposa aux Juifs de se convertir sous peine de bannissement et de confiscation des biens. Beaucoup se réfugièrent en Septimanie et en Provence. Sisenant confirma ces mesures, Chintila leur interdit de résider en Espagne ; le concile de 638 décida que les rois devaient, sous peine d’anathème, veiller à l’application de cette proscription. Réceswinthe renouvela ces lois, ce qui laisse supposer que les juifs étaient encore nombreux, donc protégés par les Goths. Protection pas vraiment désintéressée : ce sont eux qui, deux siècles plus tard, par l’intermédiaire de Dhuoda, financèrent en partie Bernard de Septimanie (Manuel de Dhuoda, Mégariotis Reprints, Genève).

 

                (lettre de Florinde à son père, Julien, lui relatant son viol par Rodrigue. D'après Jordan, "voyage historique   de l'Europe", N.LeGras, Paris 1701)

 

 La défaite face aux arabes fut la conséquence d’un désaccord profond entre une majorité de Tervinges et quelques grands magnats féodaux liés à l’église, qui nommaient les rois contrairement aux traditions gothiques. D’où ces multiples révoltes.  

  Witiza semblait devoir être un meilleur roi que son père Egica. Mais les Wisigoths refusèrent ce souverain qui reçut l’onction sainte contre leur gré, sans élection. Il y eut plusieurs soulèvements. A l’un des chefs rebelle, Théodred, duc de Cordoue, le roi fit crever les yeux. L’aristocratie se souleva en masse : une assemblée désigna, pour occuper le trône, le gouverneur de Bétique, Roderic, fils de Théodred, alors qu’en Septimanie les Goths prirent pour roi Akhila. La femme de Witiza, Anagilde, se réfugia avec un de ses fils, Egila, auprès de l’exarque byzantin de Ceuta, le comte Julien. Celui-ci étant chrétien, pour justifier sa trahison on dit que sa fille Florinde avait été violée, soit par Witiza, soit par Rodéric. Si  cette histoire a une chance d’être véridique, le coupable serait plutôt Witiza qui avait déjà tué un dignitaire, Favila, pour une femme.

  Julien fit appel aux Arabes. Il s’entendit avec Moussa, gouverneur d’Afrique pour le calife Abd-el-Walid, et fit passer le détroit d’Hercule à un commando dirigé par Tarik qui effectua quelques raids aux environs d’Algesiras. Encouragé par le manque de réaction des Goths, en 711 Tarik et Julien, avec un important contingent Berbère et quelques Arabes ( 7000 dit-on, ) débarquèrent près de ce qui deviendra Gibraltar, « Djebel el Tarik ». Aux envahisseurs se joignirent  des Espagnols, dont un corps de cavalerie placé sous les ordres de Miguel le Roumi.

  Rodéric ayant rassemblé une puissante armée, cent mille guerriers selon les Arabes, Tarik demanda des renforts et les deux armée se rencontrèrent dans les environs de Séville. Malheureusement pour Rodéric, les généraux qui commandaient les flancs de l’armée, Oppas, archevêque de Séville, et Sisebut, peut-être fils de Witiza, le trahirent en rejoignant l'ennemi. Les Goths furent écrasés et Rodéric disparu dans la mêlée. ( juillet 711).

  Tarik, sur la lancée, s’empara de la ville d’Ecija, envoya Miguel le Roumi vers Cordoue, puis, en une campagne de quelques mois, avec Julien et Oppas ils s'emparèrent de Tolède. Le tribut que les Tolédans payèrent aux Arabes, à partir de ce moment, fut inférieur à celui qu’ils payaient aux Wisigoths ! Partout les Juifs aidèrent les musulmans, n’hésitant pas à prendre les armes au profit de leurs libérateurs.

  Moussa, qu’inquiétaient les succès des Berbères, débarqua à son tour (712). Carmona se livra d’elle-même, seules Séville et Mérida opposèrent une dure résistance. Abd-el-Aziz prit le commandement de l’Espagne conquise. Ca et là subsistèrent des foyers de résistance ;  dans la région de Ripoll, le comte goth Chintila combattait encore en 736. A Orihuela, Théodemer, un amiral qui fut vainqueur des Byzantins, resta assez fort pour traiter avec Abd-el-Aziz qui lui laissa son autonomie contre paiement d’un tribut. Ce ne fut pas le seul...

   Les premiers rédacteurs ibères des chroniques traduisirent par un cinglant raccourci l’occupation et l’expulsion des Goths :

« Era CCCXLVIIII egressi sunt Gothi de terra sua.

« Era CCCLXVI ingressi sunt  Hispaniam et dominati sunt Hispaniam annis CCCLXXXIII et per annos XVII perverunt in Hispaniam de terra sua » (suivent quelques lignes sur les Arabes) et « Era DCCXLVIII EXPULSI SUNT GOTHI DE HYSPANIA » (Livro da Noa, Chronicon Conimbrigense, chronica Gothorum.)

  (Les flêches indiquent la direction des migrations après 711 ).

 

  Pélage, le fils de Favila que Witiza avait tué pour une femme, collabora d’abord avec les Arabes de Mounoussa. Mais ce dernier s’étant épris de sa sœur, Pelayo, mécontent, rassembla une petite troupe de trois cent nobles goths et rejoignit les autres Tervinges et Suèves réfugiés dans les montagnes des Asturies (vers 717/718). Il commença la reconquête par la victoire de Covadonga.

Les plus anciens textes disent que les Arabes régnèrent cinq ans avant que Pélage ne devint roi. Dans les deux siècles qui suivirent, les personnages importants, y compris les gens d’église, portaient tous des noms germaniques. (En Septimanie,au contraire, les religieux prenaient souvent des noms latins ou bibliques : par exemple Benoît, le saint, de son vrai nom Witiza).

   Passons sur les détails des débuts de la domination, du triste sort d’Egilane, la femme de Roderick, qu’Abd-el-Aziz épousa, ce qui coûta la vie à ce dernier.

  Tout naturellement les Sarrasins ayant investi toute l’Espagne, passèrent les Pyrénées pour conquérir la Septimanie. Ils furent repoussés en 714 par les restes de l’armée wisigothane et les Aquitains du duc Eudes, mais n’évacuèrent pas le pays. Toulouse assiégée fut dégagée et le chef sarrasin tué (721). Cette victoire décisive remportée par les Aquitains permis à Charles Martel de rassembler ses forces. En 724, nouvelle offensive, le ouali d’Espagne, El Khalabi assiégea Carcassonne ; les Goths résistant, le ouali alla prendre Nîmes, puis entreprit un raid de pillage sur Lyon et Autun. Il fut tué dans une embuscade à son retour.

  La Septimanie était entièrement aux mains des Sarrasins. L’occupation, militaire, se limitait à des garnisons, sauf une tentative de colonisation à Narbonne. La résistance de Carcassonne et de l’ensemble de la province avait valu aux habitants l’octroi de conditions avantageuses : les comtes restèrent en place et les lois gothiques en vigueurs. A Narbonne Akhila était toujours roi et continuait à battre monnaie.

  Des rivalités entre Arabes et Berbères arrêtèrent momentanément l’invasion de la Gaule. Le duc d’Aquitaine en profita pour reprendre la lutte contre les Francs en s’alliant à Mounoussa, gouverneur de Septimanie. Mais le ouali d’Espagne réussit à battre le chef berbère qui se suicida pour ne pas assister au viol de sa femme. Abd-er-Rahman envahit l’Aquitaine en passant par le pays Basque, s’empara de Bordeaux, qu’il pilla ; Otto en appela à Charles. Le ouali qui se dirigeait vers Tours fut vaincu et tué entre cette ville et Poitiers par les Francs de Charles Martel avec des renforts Burgondes et Aquitains (octobre 732). Ce Charles s’était imposé comme roi des Francs après bien des vicissitudes et victoires contre Neustriens et Aquitains (716,717).

  Pour assurer et étendre son pouvoir il porta ses efforts sur la Germanie et entreprit plusieurs campagnes contre les Saxons (720 à 722). Vers 724, il prit à son service les missionnaires Goths Pirmin et Erhard, grâce à qui il put étendre son influence sur l’Alsace, le Thuringe et la Bavière

  Otto mort en 735, Martel envahit l’Aquitaine ; il prit Bordeaux et Blaye, mais la résistance héroïque des Aquitains l’obligea à laisser en place le nouveau duc Hunald, le célèbre « Huon de Bordeaux », lui faisant jurer fidélité. Il s’attaqua ensuite aux Arabes de la vallée du Rhône qui étaient alliés au duc de Provence Mauron. Il assiégea et prit Avignon, puis tenta de libérer la Septimanie. En une course éclair il massacra les garnisons ennemies de Béziers, Nîmes, Agde et Maguelone. Avec Lodève et Uzès tout le nord de la Gothie redevint indépendant (737).

  Martel ne fut pas tendre mais il n’a pas transformé la Septimanie surpeuplée en désert. De nombreux Goths se mettent à son service à ce moment là. Rappelé en Austrasie par les incursions des Saxons, Charles demanda au roi Lombard Liutprand d’intervenir contre Mauron. Ce fut un échec, ce qui força le Carolingien à revenir. En 739 la Provence fut soumise durement ; les biens des nobles et de l’église sont confisqués et donnés aux Francs et aux Goths. Ces derniers s’installèrent de Arles à Orange, d’où ils progresseront jusqu’à Lyon, en terrain Burgonde. « Le sang, le feu et le pillage, voilà ce que les Francs apportèrent dans chaque cité pour l’empêcher de se donner aux Musulmans, qui n’auraient pu se faire haïr davantage » (G. de Mantayer, « la Provence », Picard 1908). Les religieux provençaux, spoliés, se sont vengés, dans leurs témoignages, en amplifiant et en généralisant à tout le Midi les exactions commises en Provence contre les alliés des Arabes. Le danger musulman sur le couloir rhodanien était écarté. Seule la Septimanie du sud résistait encore ; Narbonne, sous protectorat arabe, restait un royaume goth,  que Charlemagne lui-même respectera.

  Au nord de la cordillère Cantabrique, le petit royaume de Pélage se fortifia ; Oviedo, reprise aux Arabes, devint la capitale (720). Sous le règne d’Aldafuns

(Alphonse) de 739 à 757, il commença la Reconquête.

  chilperic tonsuré par pépin

                                    

       8 LES GOTHS APRES 711  

                                                                                

  Même s’ils n’ont pas été opposés aux Francs jusqu’au début du règne de Louis le Pieux, la remarque d’Arthur Kleinclausz est valable pour eux comme pour les peuples non francs : « la rareté des témoignages venant des adversaires du roi et qui permettraient de contrôler les récits des historiens francs est singulièrement regrettable » (Charlemagne, ed. Tallandier, 1977). Encore faut-il le garder à l’esprit.

  La propagande, à l’époque, était aussi efficace qu’elle l’est aujourd’hui, et tout aussi malhonnête. On va en voir bientôt un exemple à propos de Bernard de Septimanie, duc de Gothie. Il en est bien d’autres : l’ancêtre goth de Charlemagne, Arnulf, a eu droit, à peine décédé, à une « vita » qui en fait un saint, panégyrique qui aida a faire la fortune de sa famille. Deux siècles  après un autre manuscrit lui attribua des origines aquitaines ; ce dernier texte  fait état d’une tradition orale  proche de la vérité, mais  il répondait aussi à une nouvelle nécessité : faire admettre aux Aquitains, constamment en rébellion l’autorité des Carolingiens.

  Sur le territoire gothique de l’Hexagone, les Arabes, les invasions franques, les guerres de religions, et surtout l’inquisition, ont fait disparaître une grande partie des sources locales. Par exemple, pour la littérature des troubadours, « il est remarquable que beaucoup de manuscrits nous viennent de bibliothèques étrangères : 27 des 45 principaux chansonniers sont de mains italiennes contre 10 Provençaux ou Languedociens » (J. Rouquette, « littérature d’Oc » Que Sais-je).  En Italie, la bible de Wulfila, unique exemplaire, conservée à Uppsala, fut écrite en gotique vers 500. Il est curieux que d’autre œuvres, écrites dans l’alphabet de l’apôtre des Goths ne nous soient pas parvenues, alors que jusqu’au IX° siècle on prêchait encore en gotique dans certaines églises de Septimanie (P.Gachon, Histoire du Languedoc, éd.Boivin, 1920) ; dans cette province du royaume de Tolède l’arianisme s’était maintenu. Avec l’ascendant absolutiste de l’Eglise et la seule étude de la Bible, « l’histoire tomba tout d’un coup dans la plus déplorable nullité » (A. Savagner). « Face à ce monopole clérical, l’aristocratie laïque cherche à se constituer peu à peu son propre système de valeurs, surtout à partir du moment où apparaissent des clivage entre un cercle très restreint de puissants (potentes..)  et une aristocratie petite et moyenne de milites. Les premiers, à l’exemple des Carolingiens, s’assimilent à la culture cléricale et s’y engluent (J. LeGoff). Mais chez les seconds, les valeurs de la civilisation barbare sont demeurées vivantes et le fond primitif populaire n’est pas exclu de leur propre univers mental… » (Michel Banniard, Le Haut Moyen Age Occidental, Que sais-je, PUF). On ne trouve en Languedoc aucun manuscrit de l’Origo Gothica de Jordanès. Et s’il y en eut, le clergé catholique, et l’Inquisition après la conquête, détruisirent tout ce qui pouvait rappeler les Ariens (les Goths) et les Cathares.

   Au onzième siècle, dans une population totalement romane de langue, subsistait encore une infime minorité de  langue goth : des marchands de sel « goths », venus du comté des Trancavel, se rendaient à dos d’âne, au marché de Bazièges, dans le comté de Toulouse.

 

  Dans cette Gothie totalement autonome, les empereurs publiaient des capitulaires et diplômes en s’affirmant, pour sauver une apparence d’autorité « roi des Francs et des Goths ». Le dernier de ces diplômes, destiné à l’évêque d’Elne, date de 915.

  Dans la plupart des textes des VIII-IX° siècles, tous les habitants de l’empire sont appelés « francs ». Ermold le Noir (mort vers 830), Goth d’Aquitaine, fait preuve de plus de nuances. Au rassemblement pour l’expédition de Bretagne, commandée par Louis le Pieux, il nous dit que « les premiers arrivés sont les Francs proprement dits, ceux qui ont tout d’abord porté ce nom » ; puis il détaille l’appartenance ethnique des autres guerriers. Pour le siège de Barcelone (800-801) il énumère « les Francs, les Basques, les Goths, les Aquitains ». Dans la suite de sa relation du siège il ne parle plus que des Francs, raccourci logique. Mais la ville prise c’est au Goth Béro qu’elle est attribuée. De Benoît d’Aniane il écrit qu’il s’était fait connaître « dans le pays des Goths » et que l’empereur « l’avait amené dans le pays des Francs ». Dans ce pays des Goths les habitants avaient conservé toutes leurs traditions. Ermold décrit le duel de deux comtes goths (820) Béro et Sunilo : « bientôt s’engage un combat d’une espèce nouvelle à laquelle les Francs n’étaient pas accoutumés », les deux comtes combattant avec chacun « un cheval et des armes légères en usage parmi les Goths ». Eginhard remarquait qu’à Roncevaux « les Francs étaient desservis par la lourdeur de leurs armes ». (Ermold le Noir, « poème sur Louis le Pieux », trad. E.Faral, Les Belles Lettres). Contrairement à Ermold, leur contemporain, Eginhard (775-840) et Nithard (800-844, le plus attachant des chroniqueurs de son temps) ne les citent jamais, évoquant seulement la Septimanie.

  Dès que la dynastie caroligienne tombe en décadence, les Goths font leur réapparition dans quelques manuscrits. Mais s’ils tiennent une place importante chez Richer, plus tard Adhémar de Chabannes (988-1034) prolixe sur les Aquitains, n’en souffle mot ; mais les Aquitains descendent des Goths du royaume de Toulouse.

  Richer ( qui vivait encore vers 998), auteur d’une histoire de France qui dérange un peu les annales officielles, fait de nombreuses allusions aux Goths. Relatant une bataille livrée par Eudes (888-898), « le roi, écrit-il, mobilisa par édit royal tous les chevaliers et tous les fantassins qu’il put réunir en Aquitaine. La Provence, qui est limité par le Rhône, les Alpes, la mer et la Gothie, lui fournit des Arlésiens et des Orangeais ; la Gothie, des Toulousains et des Nîmois » (Richer « histoire de France » trad. R. Latouche, les Belles Lettres, Paris). Dans son discours à l’ost, Eudes rappelle aux guerriers les exploits de leurs ancêtres et fait allusion à la prise de Rome par Alaric, les Burgondes et les Vandales : « le roi était escorté par des grands français et aquitains…il les exhorta à la bataille et chercha à relever leur bravoure naturelle ; il leur rappela qu’ils valaient mieux que les autres peuples, qu’ils étaient plus forts, plus audacieux et mieux armés, que leurs ancêtres avaient battu l’univers presque entier et écrasé terriblement la capitale même de l’Univers, Rome ». Suivons toujours Richer : en 932 « les princes de Gothie, Raimond et Ermangaud, s’avancent sur les bords de la Loire au devant du roi (Raoul) pour lui offrir de le servir ». En 987, Hugues Capet est proclamé « roi des Gaulois, des Bretons, des Danois, des Aquitains, des Goths, des Espagnols, des Gascons... »

  « … per metropolitanum aliosque episcopus noviami coronatus, Gallis, Brittannis, Danis, Aquitanis, Gothis, Hispanis, Wasconibus rex Kal. Jun. praerogatur” (Richer). Le Capetien au pouvoir réduit revendique le passé carolingien comme un plan qu’exécuront  ses descendants ; mais pour lors, « de 987 à 1108, les princes du sud, duc de Gascogne, comte de Toulouse, comte de la marche d’Espagne, ne rencontrent pas le roi et, ne l’ayant jamais vu, n’ont pas pu lui prêter hommage et ne sont pas ses vassaux. D’où un climat d’oubli réciproque ». (J.-F. Lemarignier, « la France Médiévale », A. Colin, 1970).

  Lors de la première Croisade (1096-1099), les Languedociens sont toujours appelés « goths ». A cette expédition participent tous les méridionaux « ceux qu’on appel les Provençaux, les Burgondes, les Auvergnats, les Gascons et les Goths » (Raimond d’Aguilers, qui accompagna Raimond IV à la croisade dont il fit une relation).
  En 1208, Durant de Huesca, enquêtant sur les Cathares, écrira : « a ce que nous avons vu et entendu en certaines parties des provinces de Gothie et d’Aquitaine… »
  Au seixième siècle on appelait le Languedoc "Languegoth" (comme Rabelais)

...

  Bien plus tard l’attachement à la terre s’étant substitué à l’attachement à la communauté ethnique, qui ne se maintenait qu’autant que l’ethnie était minoritaire, n’obligeait plus à faire référence à la race. De nationaliste les Goths sont devenus patriotes. Mais le patriotisme est une décomposition du sentiment de Nation, qui survient quand celle-ci s’enracine.

  L’anthroponymie peut aider à l’observation des mouvements de population, malgré les homonymies dues à des langues proches : on trouve parmi les Normands des personnages portant les mêmes noms que les Goths. L’influence de la mode sur l’attribution de (pré)nom n’apparaît pas avant les XI°/XII° siècles. La liaison euphonique gothique (Alaric/ Alric) tend à se perdre dès la fin du royaume de Tolède, mais persistera en Sud Aquitaine. Les noms nous sont parvenus déformés, parfois méconnaissables, par l’intermédiaire des écrits latins, variant d’un scribe à l’autre, d’une région à l’autre. « Recarrède », le roi Wisigoth, est écrit dans les manuscrits « Recaredus » (reiks+hard), c’est-à-dire « Richard », nom donné par Aliénor d’Aquitaine à son fils Richard Cœur de lion. En 620 disparaissait le roi de Tolède Sisebut ; le même nom, en 878, s’écrivait Sigebode (un évêque de Narbonne), forme plus proche de la forme germanique Sigebald/Sigisbald. A partir du huitième siècle, les liens des grandes familles sont soulignés par des transferts de noms, dont certains deviennent des apanages ; il n’y a pas de Karl chez les Goths et pas de Wilhelm (Guilhelm) chez les Carolingiens. « Théodoric », nom fétiche des Goths, est passé chez les Francs avec une concubine gothane de Clovis dont il eut un fils, Théodoric (Thierry) qui fut roi d’Austrasie. Le second Théodoric mérovingien célèbre était roi de Bourgogne, petit-fils de Brunehilde. La superstition conférait aux noms des vertus magiques : « que cet enfant grandisse et qu’il réalise ce que ce nom signifie » clame Gontran au baptême de son neveu Clotaire II (« le victorieux »). (Grégoire de Tours, livre X).  « Ragin Mund » était en 322 un reiks des Goths du Pont. Les grecs le nommaient « Rausimod » ; il est devenu chez nous « Raimond / Ramon » et « Raymond » en France.

  En Austrasie on trouve de nombreux toponymes gothiques : l’éponyme Wamba de Gambsheim, Wulfila de Woelfling ; Tollaincourt vient de Théudila (Totila), Tourmont (Jura) de Thorismond, Corberon (Côte d’Or) de Béro. La Tranclière, Tranqueville-Graux et Triconville de « Tranculf » ou « Trancawulf » (de Tranc + liaison euphonique + wulf = pourfendeur de loup) déformé par les moines méridionaux en TRENCAVEL (sans rapport avec trenca avelana). On retrouve cet éponyme en Normandie, importé par les Danois.

  Après la conquête arabe, l’afflux des réfugiés propage des Asturies à l’Aquitaine, d’Espagne à la Provence, à l’Auvergne et jusqu’en Lyonnais (région de forte mixité gotho-burgonde) et Bourgogne des « Anfos » (Adalfuns/Alphonse), des « Bermund » devenu Bermont et Brémond (Bermude aux Asturies), des Ansemund, des Ramnulf, des Atulf, etc…

 

  Il est un nom spécifiquement gothique « Amalaric », donné au petit-fils de Théodoric l’Amal (Théodoric d’Italie). Il s’est transformé au fil du temps en « Aimeri », déformation méridionale sans rapport avec Henri. Dans le nord une déformation semblable, mais plus respectueuse, a donné « Amaury ». Dans la version italienne des Narbonnais (la geste Aimeri de Narbonne) qui n’est pas une traduction des textes français, Aimeri se nomme Amerigo, qui est le pendant italien d’Amalaric (devenu le nom de l’Amérique). Dans ces « Nerbonesi » l’un des fils d’Amerigo est appelé Namieri (du gothique Nam  Hari) quand dans la version française il est appelé Aïmer, que les Allemands on traduit par Heimrich qui nous est revenu Henri. Ce dernier nom était inconnu dans le Midi à l’époque de la naissance de la version gothique  de la geste. Il ne devint à la mode, dans le nord, qu’à la suite de la victoire du Bavarois Henri de Babenberg sur les Normands, en 885. Les toponymes formés avec ce prénom sont très rares et tardifs. En Austrasie subsistent des noms à l’éponyme Amal : Ambleville, Amblainville, Ambricourt, Amélécourt, Ammerschwir…

  Après Charlemagne, l’imbroglio des alliances rend ardue la distinction d’une foule de familles qui se déchirent ou s’accordent pour se tailler des fiefs. Mais en général l’aristocratie gothique restera fidèle à ses pays (Aquitaine et Languedoc) alors qu’elle aurait pu faire fortune dans le nord ; par exemple, les Wilhelmides  préférèrent rester chez eux alors qu’ils avaient de riches fiefs en Burgondie (Saône et Loire). Si les noms de famille n’existaient pas encore, les Goths donnaient traditionnellement à l’aîné le nom du père, qui le transmettait à son tour. Le cadet recevait un nom utilisé dans la famille ou donné par sa mère, d’où l’adoption de noms « étrangers ». A son tour le cadet donnait son nom à son aîné, etc. ce qui permet le pistage de nombreux lignages.

  Si les annales wisigothiques, dont s’inspira Ermold, ont disparu, un ensemble de textes, issu de ces « annales », dit chansons de geste, éclaire l’histoire   des rapports ambigus entre Goths et Austrasiens : les « Narbonnais ». Les manuscrits français les plus anciens ont été copiés fin XII° siècle. Peu de sagas germaniques nous sont parvenues ; Charlemagne en avait commandé une compilation, en langue tudesque, mais son fils ne prit pas la relève et André Lefèvre a émis sur Louis le Pieux un jugement sévère, comme savaient le faire nos historiens anciens, qui ne s’embarrassaient pas de consensus stupide : « Charlemagne aimait à entendre chanter, pendant les repas, ces morceaux encore détachés, encore épars, de la future épopée ; il les fit même, rapporte Eginhard, recueillir avec soin ; quel don n’eut-il pas légué à la postérité, sans les sottes répugnances de Louis le Débonnaire, Ludovicus pius ! Ce triste roi, encore assez germain pour crever les yeux de son neveu Bernard, était déjà trop chrétien pour préférer les rudes poésies guerrières aux plates formules de la liturgie »… « Il ne voulait ni lire, ni entendre, ni faire enseigner, dit son historien Thégan, ces chants qu’il avait appris dans sa jeunesse ». Moins orthodoxe, plutôt moins imbécile, un abbé de Reichnau, Waldo, faisait dans le même temps (IX° siècle) copier par ses religieux douze chants en langue tudesque » (A.Lefèvre, Germains et Slaves, o.c).

  Le cas des Narbonnais, auxquels se raccrochent tous les autres cycles, est mystérieux ; la geste est riche d’une adaptation, sur un fond de très lointaines traditions, des aventures de héros historiques. « Donnez-moi, Sire, Orange, la cité redoutable, Valsoré, Valsure et le pays de Nîmes…Mais je sollicite le pays d’Espagne, Tortelose et Porpaillart-sur-mer. Si vous m’accordez ce domaine, cela n’implique aucune reconnaissance car jamais vous n’y avez commandé de troupes, ni pris en charge des chevaliers, et vous n’appauvrirez pas votre patrimoine » (le Charroi de Nîmes, traduction Fabienne Gégou, ed. Champion, 1984). C’est dans des termes comparables que Théodoric s’adressa à Zénon pour en obtenir l’autorisation de conquérir l’Italie (chap.6). De nombreux passages évoque la terrible guerre de Provence : « le bruit de la victoire va jusqu’en France ; le comte Guillaume a libéré la ville de Nîmes » (le Charroi).  Quant à Orange, son défenseur dans la geste est le sarrasin Tibaut, nom germanique  Theodebald. Or la guerre était menée en Provence contre les barons locaux alliés aux Arabes. Dans un manuscrit d’Aimeri de Narbonne, Charlemagne met le siège devant Narbonne « la plus fière ville d’Espagne », reconnaissance (involontaire de la part des copieurs français) de la réalité historique.

  Ces indices, parmi bien d’autres, montrent que le modèle de la geste s’est élaboré peu après les évènements relatés et peut-être bien écrit en gotique (d’où sa diffusion réduite ?) ; les auteurs, héritiers des Scaldes, étaient originaires de la sub-meseta nord, peuplée par les derniers venus des Pannonies. « Aimeri se conduit en possesseur du monde et cette attitude ne se comprend que si l’on admet que le comte de Narbonne est l’héritier d’un « premier roi » mythique de type indo-européen », écrit Grisward. Celui-ci a mis en évidence une filiation entre les antiques récits Iraniens et la geste, reconnue d'origine wisigothique par l'auteur et Dumezil (Joël H. Grisward, « Archéologie de l’épopée médiévale » (structures trifonctionnelles et mythes indo-européen dans le cycle des Narbonnais )  Payot, éd. 1981).

  La source originale a été exploitée pour en faire une soap opera naturalisée par des clercs d’une abbaye de France où aurait atterri le modèle. Dans le manuscrit du XIII° siècle du « département des enfants Aimeri » (B.N.1448) est inscrit : « c’est un moine de Saint-Denis en France qui la fit ».

  « Si à présent je partageais en sept ce comté,

  « La part la plus grande en serait bien petite !

  « Je n’en ferais rien ! Allez chercher un autre fief !

  « Allez en France, montrez-vous conquérants… » (trad. J H Grisward,o.c)

Ainsi Aimeri houspillait-il ses fils pour les inciter à quitter un territoire devenu exigu, se conformant à l’antique tradition scandinave et indo-iranienne

  L’exaltation du lignage, la fidélité au roi, arguments des Français qui réfutent une version ancienne du cycle, sont des vertus que l’on trouve exprimées avec  force et conviction dans le Manuel de Dhuoda, écrit en 843.

  Les remanieurs, s'il ne nomment pas la Gothie par son nom, ne confondent jamais ce pays avec la France et n’ont pas pris la peine d’évacuer les sentiments francophobes que montrent les héros dans leurs moments de colère, par là même reconnaissant leur non appartenance à la nation franque. « Par Dieu, Français, vous êtes tous des lâches ! » (Hermangarde). « Abandonnons la France, envoyons la au diable, ainsi que ce roi qui est devenu si sot ! » (Bertrand). « Nous irons en France faire la guerre aux Français et nous n’y laisserons pas un château debout ! » (Girard de Vienne). M. Italo Siciliano décrit ainsi les héros de la Geste: "Remuants, cordiaux, susceptibles, vantards, généreux, somme toute bons méridionaux..." (Cité par J-H Grisward). Par ailleurs Guilhelm ne cesse de rappeler l’aide apportée par lui-même et son lignage aux Carolingiens. Lors du couronnement de Louis, il massacre un conseiller malfaisant ; Charles dira au père de Guilhelm, Aimeri : « votre lignage vient de sauver le mien par sa bravoure ». Une autre fois le neveu du comte de Toulouse prévient celui-ci : « notre empereur a donné des fiefs à ses barons… vous et moi, mon oncle, sommes oubliés » ; Guilhelm court voir Louis, éclatant d’une de ces colères qui émaillent le cycle et finit par obtenir ce qu’il veut, c’est-à-dire le royaume d’Espagne. Dans les Aliscans, toujours après une colère du futur saint, Louis reconnaît : « c’est vrai, je te dois tout, la France entière est à toi ! ». Tout ceci traduit le sentiment général des Goths qui ont toujours soutenu loyalement la dynastie Austrasienne et qui n’en ont pas été récompensés ; s’ils furent autonomes leur indépendance ne leur fut jamais reconnue : « il en va ainsi quand on est au service de mauvaises gens, plus on en fait moins on en tire ». Ainsi Louis canalise-t-il leur rancœur : « pauvre roi, lâche et assoté, mou et pleurnichard, sans énergie et sans courage ». On imagine que cela fut écrit après le renvoie de Bernard de Septimanie, qui fut « le second personnage de l’empire » et à ce titre tenta de lutter contre la corruption de la cour (dernier chapitre). La saga conjure l’infériorité politique de la Gothie par l’affirmation de la supériorité de la dynastie Wilhelmienne, héritière des Balthe-Amale, face aux Carolingiens… « puis le comte lui donna sa sœur en mariage, ainsi Louis entra dans une famille de grands barons. Quant il fut puissant il n’en sut  point gré à Guilhelm » (Couronnement de Louis, trad. A. Lanly,ed. Champion). Louis le Pieux, roi d’Aquitaine, avait épousé en première noce une fille de Guilhelm de Gellone, connue  sous le nom de Blancheflor,  dont il eut Arnulf et Alpaïs, l’Aélis de la geste.

  Maintenant donnons un exemple de la difficulté de repérer l’origine des personnages historiques de l’époque ; cette difficulté a d’ailleurs été utilisée par les historiens franco-allemands pour « franquiser » tout le monde sans vergogne. Ils croient que les Goths se sont évanouis après 711, alors qu’ils sont devenu le peuple endogène, tant par leur nombre relatif au départ que par la perte de vitalité des indigènes. Ce n’était pas le cas en Espagne : là, les Ibères conservaient une forte natalité, une des raisons de l’échec de la colonisation en Ibérie. On peut faire un parallèle avec la colonisation en Algérie.

  Revenons sur le cas de Théodoric (né à Narbonne pendant l'occupation arabe, entre 710 et 725), devenu comte d'Autun  (755) par don de Childebrand, comte de Burgondie, frère de Martel,  à la mort du titulaire sans héritier mâle ; ce  titulaire s'appelait  aussi Théodoric, il avait épousé Rolinde ( Rothlindis) d’Aquitaine.  Son successeur goth avait épousé Aldane, (Aldana, Alda, Auda) . Il devint Thierry Premier d'Autun (Si il avait été le fils de son prédécesseur on l'aurait appelé "Thierry II"). Avec Aldane commencent des incertitudes qui ne sont pas levées. On disait d’Aldane qu’elle était fille de Charles Martel. Charles Martel avait épousé en troisième noce Ruodhaid (Hruodhaidis ouHruodirudis) dont il eut trois garçons ET Aldane ? Par ailleurs on croit savoir que la mère d’Aldane était Rothilde de Gellone (Ruothildis). Hruodirudis et Ruothildis seraient-elles la même femme ? . L’un des fils d’Aldane et de Théodoric, Guillaume (Guilhelm), tenait le comté de Gellone de sa mère, qui le tenait de Rothilde. Si Rothilde n’est pas Ruodhaid, elle pourrait être Rolinde. Le plus vraisemblable, mais pas forcément le plus vrai, c’est que Ruothildis, donnée comme fille d’un comte de Gellone, est la même femme que Rothlindis d’Aquitaine, la fille de l’austrasien ( ?) Norbert d’Aquitaine, d’une famille dotée dans le sud.  Ruothildis et Rothlindis serait une seule et même femme, de la famille des Peppinides (apparentée à Charles) épouse de Thierry d’Autun, père d’Aldane. De là les allusions au cousinage avec les Caroligiens. Guilhelm prénomma une de ses filles Rothlindis. 

Correction de M. "de Menerba" (UCV, Caracas):
Ruodhaid, Rothilde, fille d'un comte goth, rallié aux Francs, possesseur entre autre de Gellone, devint la concubine de Charles Martel et en eut quatre enfants dont Aldane. Cette dernière épousa le fils du comte goth de Lodève, Théodoric, qui reçu du frère de Martel, Childebrand, le comté d'Autun, à la mort de son titulaire sans héritier mâle.

 

  • Chez les historiens considérés comme sérieux (occitans compris -Cl. Delpla est une exception : « Histoire d’Occitanie » chapitre premier ; IEO)) et généralement sur les sites internet comme wikipédia, tous perpétuent la légende de l'origine franque des Wilhelmides. La force de la propagande du vainqueur…


 

                                                                                                                     

              Bernard de Septimanie    
 
                  

9-WILHELMIDES et CAROLINGIENS 

                                                                       
 
En 751, le fils de Charles Martel, Pépin le Bref, avec le soutien du pape, se fit élire roi à Soissons par la noblesse franque. Puis il se fit sacrer par Saint Boniface, fait sans précèdent chez les Francs. On a dit, avec raison, que c’était sous l’influence des Wisigoths. Ce sacre, à l’imitation des rois Tolédans, pour lui rappeler ses origines gothiques, en faisait  le roi d’Espagne (pour la reconquête. En 987 Hugues Capet se proclamait encore roi d’Espagne ).

 

  Quelques mois plus tard, comme par hasard, Ansemund, qui dirigeait la Septimanie déjà autonome, reconnut l’autorité du roi austrasien. Seule Narbonne refusait de se soumettre et Ansemund fut tué par l’un de ses hommes parce qu’il voulait en faire le siège. Selon une vieille habitude les Wisigoths se trouvèrent divisés, certains étant partisans d’une alliance avec Waifer. Celui-ci tenta d’intervenir et attaqua les Tervinges favorables aux Francs. Le comte de Maguelonne, Aginwulf (père de saint Benoît) le bat et massacra ses mercenaires basques. Les villes de Nîmes et Uzès, dont les comtes étaient alliés à Waifer, furent pourvues provisoirement d’une garnison franque.

  Menacé par les Lombards qui venaient de prendre Ravenne et de chasser les Byzantins du nord de l’Italie, le pape Etienne II se rend en Gaule pour demander l’aide du père de Charlemagne. Il sacra

 pour la seconde fois Pépin à Saint-Denis, conféra l’onction sainte à ses fils et bénit la reine Bertrade. Sur sa lancée il donna le titre de patrice des Romains au roi et à ses fils (754). Il devenait impossible au roi de refuser le secours de ses armes. Les Francs et les Goths pénétrèrent en Italie et assiégèrent Pavie (755). Pépin fit promettre au roi lombard de rendre Ravenne et, confiant dans la parole donnée, prit le chemin du retour.

  A peine rentré, il reçut un appel du pape : Aistulf, le roi lombard, s’apprêtait à conquérir Rome. Les francs revinrent, mirent une nouvelle fois le siège devant Pavie (756). Aistulf accepta alors de livrer une vingtaine de villes à l’église et donna des otages en garanti. Le Franc profita de son séjour en Italie pour se faire le protecteur des Ostrogoths que les Lombards cherchaient à spolier (avant de ne faire avec eux « qu’un seul peuple »).

 

  En 759, après de longues négociations avec les Goths extra-muros, dont le comte d’Autun, et contre promesse de conserver leurs lois, leur roi Milo et leur autonomie, les Narbonnais massacrèrent les Arabes de leur ville et acceptèrent la suzeraineté austrasienne. Le blocus avait duré sept ans, de 752 à 759. Ce royaume entièrement rallié, Pépin décida de s’attaquer à l’Aquitaine. Si l’on en juge par les longs préparatifs, elle devait représenter une puissance inquiétante ; le roi passa des accord avec le wali de Barcelone, obtint des Goths des Asturies qu’ils interviennent contre les Basques. Avant même le ralliement de Narbonne, il avait attaqué les Bretons pour les dissuader de soutenir Waifer.

  De 760 à 768, chaque année à partir du printemps, les Francs, avec la cavalerie Gothique, dévastèrent l’Aquitaine, « par le feu, le sang et le pillage ». Malgré son courage, et peu soutenu par les Gotho-Aquitains, Waifer fut finalement vaincu et tué. Le pays était ruiné ; Pépin installa, dans les zones dépeuplées, des colons austrasiens.

  Quand Karl succéda à son père Pépin (768), il reprit le rêve gothan de reconquête de l’Espagne ; l’occasion se présenta quand quelques chefs arabes lui offrirent son aide. Ce fut un échec que clôtura le drame de Roncevaux (778).

  L’agitation des Aquitains incita Charlemagne à rétablir un royaume d’Aquitaine pour son fils Louis le Pieux, il confia le commandement militaire de la Gothie avec Toulouse, à Guilhelme de Gellone (790). Celui-ci eut à combattre à la fois contre les Basques et contre les Arabes. Il reprit à ces derniers Urgel et Gérone, provoquant une vive réaction de l’émir de Cordoue, Abd-el-Malik, qui envahit la Gothie. L’armée de Guilhelm l’arrêta sur les rives de l’Orbieu dans une bataille que l’on qualifie de défaite, parce que les Arabes purent retourner en Espagne ; cette défaite mit fin, néanmoins, aux ambitions des Maures au nord des Pyrénées, sinon à leurs rapines.

  En 801, à l’issue de sept mois de siège, une armée composée de Goths, de Francs, d’Aquitains, de Basques, de Provençaux et de Burgondes, prit Barcelone qui fut rendue aux Goths. En 809, avec les Goths de Barcelone, dont Béro et Borel, Louis le Pieux s’empara de Tarragone et mit le siège devant Tortose : il subit un échec qui se reproduira l’année suivante. En 811, après avoir obtenu des renforts, il réussit à enlever la ville ; quant à Guilhelme, il s’était retiré à l’abbaye de Gellone qu’il avait fondé près de Lodève (806).

 

  En 813, Charlemagne associa son fils au trône, le fit couronner empereur avant de le renvoyer en Aquitaine encadré par deux Goths, Hélisachar et Benoît d’Aniane. . L’âge venant, il préféra se consacrer  à ses passions et il prit comme conseiller son cousin Wala marié à une fille de Guilhelme, lui donnant la place de chambellan, c’est-à-dire tous les pouvoirs, dont il abusa. Cette courte période où l’empereur, « consumé de vieillesse », lâcha la bride, vit les grands relever la tête. Aussi, devenu seul maître en 814, Louis chassa les conseillers de son père, Wala et Adalard. Il tenta d’assainir les mœurs de la cour, poursuivit les réformes de l’Eglise avec Bénédicte (Benoît d’Aniane) et perfectionna les institutions. En 817, il associa au pouvoir son fils aîné Lothaire. Son autre fils, Pépin, fut mis sur le trône d’Aquitaine, mais Louis prit soin d’en séparer la Gothie, avec Toulouse, pour la confier au fils de Guilhelme, Bernard de Septimanie. Son autre fils Louis fut fait roi de Bavière et son neveu Bernard maintenu sur le trône d’Italie. Ces décisions déplaisent aux Grands dont certains s’allièrent au roi d’Italie. « Ce dernier, ayant peu après fait défection, fut arrêté et privé à la fois de la vue et de la vie par Bertmund, préfet de la province de Lyon » (Nithard, Histoire des fils de Louis le Pieux, les Belles Lettres, 1964).

 

  En 821, Benoît étant mort, pour le remplacer l’empereur, rappela Wala et Adalard, espérant se concilier les mécontents. Devenu veuf, il avait épousé la très belle Judith dont il eut, en 823, un fils, Charles. Judith,  ambitieuse et intelligente, intrigua pour faire attribuer à son enfant une part de l’Empire. Cette ambition lui attira la haine de toute l’aristocratie.

  En 826, un comte de la Marche d’Espagne se révolta avec la complicité de l’émir de Cordoue, Abd-el-Rahman II. La rébellion avait l’apparence d’un soulèvement contre les Francs : un historien Catalan y verra la « dernière manifestation d’un wisigothisme politique ». En réalité Aizon était le chef d’un groupuscule isolé et allié au clan de Wala, ou plutôt manipulé par ce dernier. Il avait rencontré, peu auparavant Wala à Aix la Chapelle, après s’être querellé avec l’empereur à propos de Bernard de Septimanie, dont il voulait les honneurs. Ce dernier réussit avec difficulté à repousser l’armée d’Aizon avec les seules forces septimaniennes restées fidèles. Louis avait envoyé en renfort une armée commandée par les comtes Matfrid et Hugues, mais ces derniers, vendus à Wala, n’intervinrent pas, espérant la défaite du Goth. La réaction impériale fut immédiate : Matfrid et Hugues sont condamnés à mort ; l’intervention de Wala leur sauvera la vie. Pour rétablir la situation, Louis donna la « première place » à Bernard (829) qui, avec l’appui de Judith, fit exiler Wala dans une abbaye et renvoyer Lothaire en Italie. Alors, toujours soutenu par Judith, il tenta de purger la cour d’une nomenklatura parasite ; en digne modèle de la Geste il le fit sans ménagement et s’attira la haine de tous les spoliés et, la propagande aidant, celle des historiens. Le petit Charles, futur « le Chauve », se vit attribuer sa part d’empire : l’Alémanie, patrie de sa mère, avec l’Alsace, la Rhétie et le territoire correspondant approximativement à la Bourgogne actuelle. « Aussi Lothaire s’efforça-t-il désormais, tout en dissimulant, de ruiner par ses manœuvres occultes ce que son père avait décidé. C’est pourquoi Louis prit comme appui un certain Bernard, duc de Septimanie, qu’il créa chambrier, lui confia Charles et lui donna le second rang dans l’empire » (Nithard, o.c.). Dans la version italienne des Aimerides, Bernard devient le conseiller de Charlemagne après qu’avec ses frères ils aient éliminé les « traîtres de Mayence ». « Des barons jaloux, sous couvert de couronner le prince héritier, songent à profiter de l’occasion pour évincer les Narbonnais qu’ils jugent trop influents et s’emparer du pouvoir… » (Joël-H. Grisward, o.c.). Nithard : « aussi Lothaire s’efforça-t-il, tout en dissimulant de ruiner par ses manœuvres occultes … »

 

  Wala, dans son abbaye de Corbie, organisa une campagne de dénigrement contre le Wilhelmide et Judith, avec l’appui des Grands. Hélisachar lui-même participa au complot. Ils proclamèrent « traître » tous ceux qui ne défendraient pas l’empire contre le « tyran adultère », c’est-à-dire Bernard. La haine des Goths, qui s’était assoupie depuis un siècle, se réveillait brutalement avec l’affaiblissement de la dynastie.

Le témoignage de Paschase Radbert pourrait figurer dans un procès stalinien : « …et aucun n’a été plus importuné que le jour où cette canaille de Bernard fut appelé d’Espagne, ce misérable qui abandonnait tout honneur à quoi le vouait ses origines. Il se vautra dans la fatuité, dans les plaisirs de la table. Il vint tel un sanglier furieux ; il renversa le palais ; il démolit le conseil… » Et encore « il chassa, il piétina tous les conseillers divins et humains ; il occupa le lit impérial…le palais devint un bouge où la honte domine, où l’adultère règne, où les crimes pullulent » (L. Halphen, Charlemagne, Albin Michel – P. Riché, les Carolingiens, Hachette). Même Nithard s’y mit : « Bernard, abusant inconsidérément de son pouvoir dans l’Etat, bouleversa de fond en comble ce qu’il aurait dû, au contraire, consolider » Voici maintenant un exemple du jugement d’un historien moderne : « Pourtant, ce Bernard, braves certes, mais hâbleur et sans esprit, était des moins dignes de confiance. Au palais d’Aix, il trempera dans les plus extravagantes intrigue… » C’est exactement le portrait de Wala ! On l’a vu plus haut. « …peut-être les mouvements séparatistes se fussent-ils moins accusés sans l’influence de l’homme néfaste que fut ce Bernard de Septimanie » (P. Zumthor, Charles le Chauve, Tallandier). Là, c’est un hommage involontaire à ce héros de l'indépendance ! Nous verrons, à la lumière des  faits que ce qui caractérise ce Wilhelmide c’est le respect des engagements et le sens de l’honneur. Cette tournure d’esprit sera à l’origine du paratje. Elle imprègne le manuel de Dhuoda qui recommande d’accomplir les ordres du roi « à condition qu’ils n’aient rien de contraire aux ordres de Dieu ». « Je te crois, écrit-elle au fils de Bernard, comme tes compagnons d’armes, incapable de perfidie, cet art malfaisant n’a jamais paru dans tes ancêtres et ne paraîtra pas dans leurs descendants ».


 

 

  Radbert imputait au duc de Septimanie la déliquescence d’une société, qui débuta quand Charlemagne « consumé de vieillesse » donna le pouvoir à Wala pour se « consacrer à ses passions » (les femmes). D’ailleurs Nithard rétablit la vérité car, après la prise du pouvoir par Lothaire il dira « l’état de l’empire, dans lequel chacun, guidé par sa cupidité, cherchait son propre avantage, s’aggravait de jours en jours…
  Bernard avait épousé, au palais d’Aix-la-Chapelle, le 24 juin 824, la gothane Dhuoda. Celle-ci retiré dans sa propriété d’Uzès, composa un manuel pour l’éducation de son fils Guilhelme qui lui avait été retiré très jeune, tout comme son second fils, le futur Bernard Plantevelue, que le duc de Septimanie lui enleva avant même qu’il fut baptisé. « De tous les écrits dus à des femmes nées sur le sol de France, le manuel de Dhuoda est le plus ancien qui nous soit parvenu…il montre un savoir qui donne une haute idée de l’éducation des filles de Septimanie… » écrit Edouard Bondurand qui le publia en 1886 (Manuel de Dhuoda, Mégariotis Reprints, Genève,1978).  Le livre traduit le désarroi d’une aristocrate qui assiste à la dissolution de l’Empire et de ses valeurs. « Ce qui est le profit de l’un, en effet, est la perte de l’autre »… « L’iniquité déborde et la charité disparaît ». Dans quelques passages émouvants éclate le désespoir d’une mère séparée de ses enfants, dure loi d’un clan de guerriers.  On dit qu’elle était exilée à Uzès. Il semble plutôt qu’elle fut obligé d’y résider en raison d’une mauvaise santé qui ne lui permettait pas de suivre la vie agitée et nomade de son époux ; elle avait tenté de l’accompagner, mais « …mon constant état de souffrance, les évènements, et l’obstacle de ma faiblesse ont livré mon frêle corps aux périls de toute sorte. Grâce à Dieu et à la valeur de ton père, j’ai échappé à tous ces dangers, mais mon esprit retourne vers ces violentes péripéties ». On pense à leur départ d’Aix, en catastrophe, fuyant  les assassins lancés à leurs trousses.  Elle rappel ce credo de la pédagogie chrétienne – repris par les Cathares – « l’enseignement de l’Amour vaut l’enseignement le plus savant, et porte sur toute chose de vives clartés ».  Lothaire, en 830, réussit à rallier ses frères à sa cause et « tout le peuple en alléguant la nécessité de restaurer l’état » (Nithard). Louis, surpris à Compiègne, fut fait prisonnier, Judith  enfermée dans un couvent, ses frères confiés à la garde de Pépin d’Aquitaine. Bernard s’enfuit en Gothie avec sa femme qui, alors, vivait avec lui à la cour. C’est à cet épisode que fait allusion Dhuoda. Mais le frère de Bernard, Herbert, est rattrapé, est aveuglé. Quant à Charles il fut confié à des moines. « Car les Français se mettent à se révolter, à se faire l’un et l’autre la guerre et à se conduire en fous ; ils brûlent les villages, font ravager le pays ; ils ne veulent point se tenir en paix en respectant Louis » (Le couronnement de Louis,o.c.).  L’état de l’Empire, donc, » s’aggravant de jour en jour », le clergé austrasien délégua un abbé, Guntbald, auprès de Louis. Celui-ci l’envoya vers ses fils Pépin et Louis de Bavière pour négocier leur ralliement en échange d’un nouveau partage de l’Empire. En octobre 830, une assemblée réunit à Nimègue rétabli Louis. « La reine et ses frères lui furent rendus et tout le peuple se soumit à sa domination » (Nithard) .  Mais les intrigues recommencèrent, Guntbald autant que Louis, Pépin et Bernard usant de leur influence pour obtenir le « second  rang ». Les deux derniers s’étant unis, Le Pieux confisqua l’Aquitaine qu’il attribua à Charles.  De son côté Lothaire, aidé de Matfrid et Wala, réussit à obtenir l’appui du pape Grégoire IV qui traversa la frontière avec les rebelles. L’empereur, à la tête d’une puissante armée, alla à leur rencontre. Tandis qu’il négociait avec le pape (juin 833) Lothaire et ses complices réussirent à circonvenir les barons Francs qui abandonnèrent l’empereur et Louis fut déposé une seconde fois ! Charles fut enfermé à l’abbaye de Prüm, Judith exilée en Lombardie. Agobard de Lyon, Barthélémy de Narbonne, Ebbon de Reims, Jesse d’Amiens, tentèrent de légitimer la prise de pouvoir par Lothaire : ils organisèrent une pénitence publique de Louis le Pieux, qui se déroula dans la basilique de Saint-Médard.  Il y eut alors un nouveau revirement de « l’opinion », Lothaire voulant s’approprier tout l’Empire. Une guerre civile se déclancha, Pépin, Bernard et Louis de Bavière d’un côté, Lothaire et ses âmes damnées de l’autre. Les forces impériales s’avérant supérieures aux siennes, Lothaire fit marche arrière, libéra son père et Charles, et s’enfuit à Vienne (Isère). Louis rendit l’Aquitaine à Pépin.  Une armée fut envoyée en Bretagne où s’étaient réfugiés des partisans de Lothaire, dont Matfrid. Or, contre toute attente, cette armée fut vaincue. Lothaire, aussitôt « ayant réuni une puissante armée, arrive devant Chalon, y mit le siège, s’en empara après trois jours de lutte et l’incendia avec les églises. Il fit jeter dans la Saône Gerberge
, comme une criminelle, et décapiter Gozhelm et Sénila, mais il accorda la vie à Guérin et le força à s’engager par serment à l’aider dorénavant de toutes ses forces » (Nithatd,o.c.). Gozhelm (Gothzhelm) était le frère de Bernard de Septimanie et Gerberge sa sœur, Sénila un comte Goth et Guérin (Garin) un cousin qui eut sa revanche peu après. On comprend pourquoi le duc de Septimanie avait mis Dhuoda en sûreté à Uzès, dans l’intouchable Gothie. La vendetta se poursuivait implacablement.   Gothzhelm fut un temps marquis de Gothie. Son nom a donné les patronymes méridionaux Gaucelme, Gaucelin, Jousseaume et Joussemet. Dhuoda l’écrit bien GOTHZELM,  pour souligner le déterminant ethnique en rétablissant le t(h) accolé à la mutation franque du t en z. L’implantation des Wilhelmides en Bourgogne, prix de leur ralliement à Charles Martel et Childebrand, s’est effectuée dans un triangle formé par Autun/Chalon/Mâcon. C’est dans ces limites, à Cluny, que le petit-fils de Bernard, Guillaume (Guilhelm) d’Aquitaine fonda la célèbre abbaye.  Lothaire gagna Orléans pour y « délibérer » dit Nithard, c’est-à-dire pour tenter une fois de plus de séduire le « peuple ». Louis le Pieux et Louis le Germanique (de Bavière) unirent leurs forces et s’avancèrent au devant du félon. La rencontre eut lieu à Chouzy ; cette fois l’armée resta fidèle. Lothaire, qui comptait sur leur défection « ne voyant ni le moyen de fuir ni de livrer bataille » promit de repasser les Alpes. Les principaux responsables de la déposition, dont Agobard, sont déposés.  En 839, à l’instigation de Judith, l’Empire fut partagé entre Charles et Lothaire. Pépin d’Aquitaine étant mort, « Louis réunit une forte armée » et imposa Charles aux Aquitains.  En 840, « au milieu des malheurs croissants de ce siècle, et comme le royaume s’abîmait sous les révolutions et les discordes, l’empereur alla où nous allons tous »…(Dhuoda).  Apprenant la disparition de son père, l’incorrigible Lothaire voulut prendre la succession, oubliant sa promesse de respecter le partage. Il  « envoie des messagers partout et attire à lui les grands : poussé par la cupidité ou la crainte, on accourut de tous côtés à son approche » (Nithard ).

                                  

  Après avoir tenté sans succès de vaincre le roi de Bavière, il fit route vers l’Aquitaine pour soumettre Charles. Les Aquitains qui avaient élu Pépin II (fils de Pépin I), étaient en révolte, selon leur habitude. De juin 840 à Juin 841, d’escarmouches en palabres, chacun s’employait à rassembler le plus de partisans. Ayant reçu les renforts de Guérin, Charles se rendit à Nevers pour rencontrer Bernard de septimanie. Mais celui-ci, « à son habitude, s’abstint d’aller à lui, disant qu’il était engagé avec Pépin et ses gens » (Nithard), faisant remarquer que cet engagement l’obligeait à ne pas conclure « de pacte avec quiconque sans l’assentiment l’un de l’autre », règle élémentaire de l’honneur chevaleresque. Il promet donc de revenir dans les quinze jours ; il retrouva Charles à Bourges, et confirma son refus d’engagement. Nithard, injuste, écrit que « Charles supportant avec peine les trahisons qu’il avait jadis commises contre son père et dont il continuait à se rendre coupable à son égard, décida de se saisir de lui à l’improviste ». (Nithard, cousin de Charles, il le reconnaît, n’est pas impartial : « ne pouvant souffrir d’entendre dire du mal de notre famille, il m’est encore bien plus pénible d’en dire moi-même »,livre3,o.c). Or, on l’a vu, le Duc n’a jamais trahi Louis, sinon dans la propagande imaginée par Wala. Le « traître » est bien celui qui tente de se saisir de l’autre à l’improviste. Le Goth, sur ses gardes, put s’enfuir, mais plusieurs de ses amis son massacrés.

 

  « Bernard, devenu plus humble ( !) après cela, revint bientôt en suppliant ( !) vers Charles, disant qu’il lui avait été jadis fidèle, qu’il aurait voulu l’être encore, s’il en avait eu la possibilité, et qu’il le serait à l’avenir, malgré l’affront qu’il venait d’essuyer ; il demandait à Charles de ne pas se défier de lui, et si quelqu’un voulait y contredire, il offrait de se laver de l’accusation les armes à la main » (Nithard). Le roi, « généreusement » lui pardonna, le « combla de présents et de faveurs, le reçu en amitié et l’envoya tenter, selon sa promesse, de décider Pépin à la soumission » (Nithatd). On imagine l’importance et la puissance de la Gothie, dans cet épisode traité avec partialité par Nithard.

  Suite à l’intervention de Bernard, un parti d’Aquitains avec Judith rejoignit le roi, ainsi que des Burgondes partisans du Goth. Puis Louis de Bavière vint unir ses forces aux siennes. 

 

 

  Le 21 juin 841, les deux armées se trouvèrent face à face à Fontenay-en-Puisaye. Et le 25 juin ils s’affrontèrent dans la « plus grande » bataille de l’époque. « Et après un immense massacre, Lothaire remporta l’avantage mais soudain le duc Garin survint avec les Toulousains et les Provençaux, ralluma le combat, et Lothaire dut s’enfuir » (Adhémar de Chabannes, Chroniques, NRF 1947). Cependant Bernard de Septimanie, « quoiqu’il ne fût éloigné du champ de bataille que de trois lieus »(Nithard) n’était pas intervenu. Il faut comprendre « pas intervenu en personne », pour respecter ses engagements envers Pépin, mais il avait donné ses Provençaux et ses Toulousains qui, sous les ordres de Garin avaient fait pencher la balance. L’esprit chevaleresque permettait quelque arrangement pour donner à Guérin l’occasion de venger le frère et la sœur de Bernard (Gothzelm et Gerberge), ainsi que l’humiliation que lui avait infligé Lotahaire à Châlon.

  Charles rendit à Guilhelm, le fils de Bernard, les biens bourguignons du clan. Le duc promis encore d’intervenir auprès de Pépin pour en obtenir la paix, « il se rendit bien auprès de lui, mais n’obtint pas sa soumission » (Nithard). La partition de l’Empire, les ambitions territoriales des uns et des autres, ont amené le Wilhelmide à jouer un jeux dangereux, qui lui coûtera la vie, mais évita à la Gothie d’être annexée.

 

  En 842, dans l’impossibilité de s’entendre avec Lothaire, Charles et Louis se prêtèrent les célèbres « serments de Strasbourg ». A la fin de l’année, pourtant, ils arrivèrent à un accord et signèrent, en Août 843, un traité qui partageait l’empire en trois : Charles hérite de la Neustrie avec l’Aquitaine et la Gothie. Cette situation nouvelle poussa Bernard de Septimanie à s’opposer à Charles le chauve. Toujours allié à Pépin d’Aquitaine et suivi par une partie des grands il reconnaît la suzeraineté de Lothaire ; il préféra traiter avec son pire ennemi pour préserver la Gothie.

  Charles réagit rapidement en faisant le siège de Toulouse (Mai 844).

  Bernard se présenta alors au camp royal pour négocier, à la demande du roi. Aussitôt ce dernier le fit saisir et décapiter après un jugement sommaire, selon la version officielle donnée par diverses annales. Mais un chroniqueur, Odon Héribert, donne une toute autre version qui a des chances d’être plus véridique, dans le contexte de l’époque et des relations entre les deux hommes.

  L’entrevue eut lieu dans le monastère Saint-Sernin. Au moment où Bernard fléchit le genou, conformément à la règle du protocole, Charles le Chauve planta son poignard dans le cœur du Goth. Ce désire de « parricide » obsédait depuis longtemps l’Austrasien perturbé par les ragots, lancés par Wala, sur les relations de sa mère avec le Wilhelmide, d’autant plus que le bruit courrait qu’il « avait une merveilleuse ressemblance » avec Bernard (Ariberti).. La superbe de celui-ci, qui refusa toujours de se soumettre, avait exacerbé sa haine. « Charles mit le pied sur le corps du Duc en disant : « malheurs à toi qui as osé souiller le lit de mon père et de ton seigneur » (Dom Vaissete, XXVII).

  En Gothie du sud, Sunifred d’Urgell et son frère Sunyer d’Ampurias prirent sa suite, évitant l’intervention franque. Tout en poursuivant le siège de Toulouse, Charles, « roi des Francs et des Goths » publie un capitulaire pour favoriser le sort des « Hispani », leur accordant les terres en friche de la Marche d’Espagne, avec garanti de leur autonomie juridique sous la loi wisigothique.

  La ville restant imprenable, des renforts sont appelés. Arrivés en Angoumois, ils furent interceptés par les Goths et les Aquitains dirigés par le jeune fils de Dhuoda, Guilhelm de Septimanie, et platement écrasés (14 juin 844). Dans le camp des Francs, Nithard fut tué armes à la mains. Guilhelm avait suivi les conseils de sa mère : elle lui demandait de servir fidèlement Charles, « cependant, cher fils, mon désir est que tu honores d’abord ton père… Châtie ceux qui sont en faute, tant par la parole que par les verges, si cela est nécessaire ».

 

  Au nord de l’Espagne, dans la vallée de l’Ebre, de Tudèle à Saragosse et Huesca, un chef musulman, Moussa, d’une famille hispano-gothique, s’était taillé un domaine au dépend de son suzerain, l’émir de Cordoue.

  Décidé à en finir avec Pépin II, Charles traita avec Moussa, avec d’autant moins d’état d’âme que Pépin était allié à Abd El Rahman, l’émir de Cordoue, à qui il envoya en ambassade le jeune Guilhelm. L’émir le reçu avec tous les honneurs et lui fournit même des guerriers. Le fils de Bernard put alors s’imposer à Barcelone (848).

  Le roi avait abandonné Toulouse, mais Pépin, incapable de s’opposer aux incursions des Normands, fut lâché par les Aquitains.  Charles revint sous les murs de Toulouse ; après une résistance de principe, le temps de tractations, la ville fut livrée par le comte Frédelo, qui avait été nommé par Pépin. Charles le maintint dans sa charge pour éviter un soulèvement des Goths. Ce Frédelo sera à l’origine de la dynastie comtale, les « Raimondins ». Son père, Fulgoald, Goth, avait été chargé de mission (missus) en Rouergue par Louis le Pieux et avait été nommé comte par Pépin Premier après la révolte de 833. (Fulgoald : du gotique fulgins et ald avec liaison euphonique ; approx. « la vie protégée »).

  Pour soumettre la Septimanie, Charles marcha sur Narbonne. Mobilisés  les Goths s’avancèrent à sa rencontre. Sous la menace le roi renonça à son projet.      

 

  En 850, peut-être en accord avec les Francs, Moussa entreprit une campagne contre son suzerain Profitant de l’absence de Guilhelm de Barcelone, Charles envoya quelques uns de ses affidés, sous la conduite d’Alèran, qui réussirent à exciter les fidèles de Sunifred, qui supportaient mal le Wilhelmide ; ce dernier, à son retour fut saisi et exécuté. Il était né le 29 Novembre 826.

  « Le combat est partout aujourd’hui, écrivait Dhuoda à son fils, Je crains que tu n’y sois entraîné avec tes compagnons, parce que, suivant la parole de l’Apôtre, les jours sont mauvais, et il s’élèvera des temps troublés ».

  En 852, Pépin fut livré aux Francs par un comte de Navarre allié à Moussa. Mais Pépin réussit à s’enfuir et tiendra le maquis jusqu’en 864 ; capturé par le comte du Poitou il fut condamné à mort.

  Charles le remplaça par son fils Charles le Jeune ; ce nouveau roi d’Aquitaine, comme ses prédécesseurs, subit l’influence des Goths du pays et intrigua avec eux. Fidèle au Carolingien, le comte Raimond de Toulouse fut assassiné. Le chef des contingents francs , l’Alaman Hunfred, prit la tête de la révolte (863) ; mal soutenu par le peuple il fut battu et destitué et Charles rendit Toulouse au fils de Raimond, Bernard, lui cédant, en plus, le Rouergue.

 

  Pendant ce temps, le second fils de Bernard de Septimanie, Bernard Plantevelue, gérait tranquillement le comté d’Autun. Il avait vingt trois ans et voulait tirer un trait sur le passé. A une assemblée tenue à Pîtres (Eure), en 864, Charles, toujours rongé par la haine, fit courir le bruit que le jeune homme voulait le faire assassiner et, sous ce prétexte, le destitua de ses biens burgondes. Bernard résista par les armes durant quelques années mais fut finalement obligé de fuir en Lotharingie (868), où régnait Lothaire II. A la mort de ce dernier, l’année suivante, Charles se fit sacrer roi de Lorraine. Bernard lui rendit donc hommage. Mais Louis le Germanique, remis d’une grave maladie, somma son frère d’évacuer Aix la Chapelle où il s’était installé. Finalement les deux souverains arrivèrent à un accord et se partagèrent le pays
  Les révoltes des fils, celle du fils de Charles, Carloman, et celles des fils du Germanique, troublèrent l’ordre dans l’ex-empire. A cette occasion, Charles le Chauve montra ce dont il était capable, en imitant son père : il fit crever les yeux de Carloman.

  Charles le jeune étant décédé en 866, le roi l’avait remplacé en Aquitaine par Louis le Bègue. Il confia la Gothie à un cousin de Plantevelue, Bernard de Gothie. Le second fils de Dhuoda récupéra, semble-t-il pour peu de temps Autun, puis devint comte d’Auvergne, on ne sait trop par quel artifice, ni par quelle compromission il réussit à retrouver les faveurs du roi.. Avant 876, le triangle gothique était tenu par un certain Eckart, et à la mort de celui-ci, repris par Bernard de Gothie.

 

 

  En 875 Charles fut couronné empereur à Rome. Louis le Germanique disparaissant l’année suivante, le nouvel empereur résolu de refaire l’unité de l’empire, ou tout au moins de reconquérir l’Austrasie et de faire d’Aix-la-Chapelle sa capitale. Il fut vaincu à plate couture, à Andernach, par les troupes du fils du germanique, Louis le Jeune, qu’il avait attaqué (oct.876). Bernard Plantevelue combattait dans le camp impérial.

  En Septimanie, Bernard de Gothie avait des difficultés à s’imposer, le comte de Carcassonne dirigeant une résistance efficace. Ses cousins, descendants d’un frère de Guilhelm de Gellone, Adalhelm (Alleaume), furent placés par Charles à la tête des comtés de Périgueux et d’Angoulême. Plus tard, en 903, le goth septimanien Rothbald deviendra comte de Provence (« la Provence et le société féodale », Jean-Pierre Poly, Bordas 1976) et chef de la première dynastie en ce pays, les « Guilhelmides ».

 

  Charles le Chauve se démenait, dans cette féodalité d’une vitalité saisissante, pour sauver l’Empire, ou ce qu’il en restait. Il répondit à l’appel du pape menacé par les incursions arabes. Profitant de son absence les grands se révoltèrent : parmi eux Bernard Plantevelue et Bernard de Gothie. Charles mourut en revenant d’Italie pour les combattre. Son successeur, Louis le Bègue entreprit de lutter contre Bernard de Gothie qui était presque arrivé à rassembler tous les domaines des Wilhelmides. Louis fut, bien sûr, soutenu par le Plantevelue. Son cousin subit une sévère défaite ; de plus il avait commis l’erreur, en Bourgogne, de s’emparer de biens ecclésiastiques, ce qui lui avait valu d’être excommunié par le Pape Jean VIII. Louis le destitua donc et concéda

les comtés de Barcelone et Gérone au comte d’Urgell Guifred ; le Roussillon fut donné à Miro, tous deux petits-fils du goth Bello de Carcassonne. La Septimanie revint, enfin, à Bernard Plantevelue. Bernard de Gothie avait encore des partisans et le Bègue mourut, début 879, alors qu’il allait le combattre.

  Comme Louis le Pieux avait été confié à Guilhelm de Gellone, comme Charles le Chauve, enfant, avait été initié aux armes par Bernard de Septimanie, le fils de Louis fut confié à la garde de Bernard Plantevelue. Etonnante continuité de cette alliance exceptionnelle et agitée entre Carolingiens et Wilhelmides depuis le Martel, dont les gestes médiévales se font l’écho.

 

  Des « grands » tentèrent de faire passer la « France » sous la coupe de Louis le Jeune. Plantevelue, avec Théodoric de Vermandois et Hugues l’Abbé, firent élire Louis III roi en Neustrie et son frère Carloman roi en Aquitaine et Bourgogne. Pour éviter un conflit la Lotharingie fut abandonné au fils du Germanique. Avec Carloman, Bernard Plantevelue battit définitivement Bernard de Gothie (879). Il dominera en maître incontesté la Gothie chère à ses parents, jusqu’à sa mort, armes aux mains en luttant contre le roi de Provence Boson (886).

  Les deux jeunes fils de Louis, bien entourés, se montrèrent énergiques et semblait appelés à un brillant avenir ; malheureusement l’un mourut en 882 et l’autre deux ans plus tard. Ils avaient à peine vingt ans. La noblesse reconnut Charles le Gros (885) qui refit pour un temps très court l’unité de façade de l’Empire. Il donnera la riche Aquitaine à Bernard Plantevelue. A la mort de celui-ci, son fils devint le premier Guilhelme d’Aquitaine (Guillaume le Pieux), mais céda la Gothie qui fut confié à Otto, comte de Toulouse et duc de Gothie, frère du comte Bernard assassiné, dit-on, par le Plantevelue. En Catalogne les comtes se disent aussi « duc de Gothie ». La féodalité s’était mise en place, non sans douleur, à l’issue de violentes luttes qui permirent, dans le sud, d’éviter à « l’ethnie » gothique d’être assimilée par les Francs (dendrogramme chap. 4). Et cela, en grande partie, grâce au prestige et à la valeur des Wilhelmides, dignes héritiers des Balthes et des Amales

 

 01 3

proximité génétique (HLA)

  Le Languedoc, surpeuplé, s’adapta aux conséquences de la perte de l’Espagne. Les terres étaient distribuées en lots exemptés de taxe, les « aprisiones ». De nombreuses traditions gothiques survécurent ; les consulats furent les avatars des assemblées villageoises. Au VIII° siècle l’essor de l’agriculture fut remarquable des Cévennes aux Pyrénées, devançant d’un demi siècle l’essor des pays du nord qui adoptèrent dans certaines régions le système des aprisions (hospitia) pour encourager le défrichage. Envoyé par  Charlemagne comme missus en Gothie, Théodulph la décrira comme un pays riche et coloré qui s'adonnait au commerce avec les Arabes, à l'antipode de l'image d'une "province déserte" que présentent beaucoup d'historiens.
 
Malgré cela, le pays, exigu, ne put fournir de propriété à tous : les guerriers sans terre formèrent une noblesse militaire au service des puissants, en Aquitaine, en Provence et jusqu’en Bourgogne. Combattants, gardiens de châteaux ou d’abbaye (caslans), ils devinrent les chevaliers, Cabalarios ( Aimeri à ses fils "Allez en France, montrez-vous conquérants!" supra 8).

  Avant de s’appeler LANGUEDOC, nom qui claque comme un étendard et qui lui fut donné par les fonctionnaires ennemis en reconnaissance de sa différence, la Gothie succomba, après deux décennie de lutte, en 1229 (traité de Meaux). Raimond Trancavel ne fit sa soumission définitive qu’en 1247, et Toulouse fut rattaché à la couronne en 1271. En dehors du rôle des Francs et de la papauté, il est évident que l’incompétence, et/ou la timidité du dernier comte, ainsi que sa trahison envers les Trancavel y est pour beaucoup… Il est vrai qu’il est facile de juger après coup…

  Les Goths avaient développé, dans leur refuge gaulois une civilisation qui a fait l’admiration des étrangers : « La royauté française s’installe ainsi dans le sud du pays, et l’unité nationale fut renforcée par la destruction d’une civilisation pénétrée de beauté et avide de jouissance qui s’était développée à part… Les longues dévastation et l’intrusion des Français, éléments étrangers, ont eu pour résultat de donner le coup de grâce à ce monde chatoyant, dans lequel se reflétaient à la fois l’Antiquité, l’Orient et le Moyen-Age féodal » ( K. Hampe, Le haut Moyen-Age, traduit de l’allemand par Mll. Desanti, Gallimard).  
  Du temps du royaume de Tolede, Isidore de Séville ("histoire des Goths, des Vandales et des Suèves", ed.Paleo)  écrivait : "Mais qui pourra reprocher au peuple Goth d'avoir assis sa si grande puissance en recourant davantage à ses hommes qu'aux prières lorsque la nécessité les poussait à combattre." Aujourd'hui, ou les hommes ont changé en perdant la mémoire, ou il n'y a plus nécessité, dans le monde tel qu'il est, de sauver un peuple premier quatre fois millénaire...

 

  Est-ce la FIN,  à l’image des Nartes ? « N’avons-nous pas dit nous-même à Dieu qu’une gloire sans fin vaut mieux qu’une vie sans fin ? Chacun creusa sa tombe et s’y coucha. Ainsi périr les illustres Nartes » (« Le Livre des Héros », légende sur les Nartes, traduction Georges Dumézil, Gallimard-Unesco, 1965).

 

« Pratiquement la guerre s’est faite aussi bien contre les Catholiques du Midi que contre les Cathares qui n’étaient qu’une minorité. En réalité, les Catholiques du Midi ont pris parti pour la liberté de leur province contre les envahisseurs Nordiques. Ce ne fut pas une guerre civile, le Comte de Toulouse n’était pas français. On apprendra, et cela pourra choquer, que les français se sont conduits comme des occupants. Ils ont massacré, tué, violé. En l’occurrence, les français ce sont les SS. C’est très désagréable d’entendre cela mais c’est la vérité ». ( Alain Decaux,« l’Education nationale » 1966).

 

 

Wikimedia Commons


 

 ANNEXES
 

Le Languedoc, après la conquête n'a pas disparu, une fois remis du traumatisme, il a participé activement à la civilisation dite "française" (déja les Goths étaient à l'origine de la renaissance carolingienne). C'est donc aussi notre patrimoine que nous avons développé grace à des Fermat, Brassens, , Monfreid, Daudet, Pagnol, Toulouse-Lautrec, P.Sabatier, J. Dausset, , A.Comte, La Pérouse, Gide, Florian,Jean Jaurès ... et des centaines d'autres, à tel point que l'on peut affirmer que les français sont, pour une grande part, de culture Languedocienne...


 

"le Languedoc le plus souvent Languegoth, c'est-à-dire pays de la langue des Goths, suivant l'interprétation des savants de la Renaissance (dont Ménage cite les opinions). Notre auteur mentionne « les chievres du Languegoth » (La langue de Rabelais / par L. Sainéan,..)
"LANGUEDOC, m. acu...t. Signifie ores le pays qui est estendu despuis le Pont du S. Esprit jusques au Pont de S. Sulran lez Tolose, qu'aucuns veulent rendre en Latin par Gallia Narbonensis: Mais les limites d'icelle rapportez par Pomponius Mela et autres Geographes ne s'y conforment pas. C'est bien une partie d'icelle, Gallia Narbonensis, Mais non pas toute icelle. Aucuns estiment que ce dit pays a tel nom, par ce que les gens d'iceluy voulans respondre affirmativement usent de ce mot oc, signifiant ouy, et disent qu'en difference de ce on dit le pays de Languedouy. Mais il en va tout autrement. Car Languedoc est un mot corrompu de cestuy Languegoth, qui estoit le nom que les François donnoyent à la contrée dudit pays qui estoit de la couronne des Wisigoths, desquels le siège royal estoit en la ville de Tolose, tout ainsi que les François l'appeloyent aussi par cet autre nom Gallegoth et Gaulegoth, Gallia Gothica. Et au provincial des Eglises cathédrales du monde, est escrit ainsi: In Gothia Archiepiscopus Narbonensis hos habet suffraganeos, Carcassonensis, Agathensis, Sancti Pontij Tomeriarum, Electensis, Megalonensis, Elnensis, Biterrensis, Lodouensis, Nemaucensis, Vticensis, Qui tous sont de la convocation des Estats dudit pays, et en maints anciens titres audit pays se trouve ce mot Lingothia, sincopé de cestuy Linguagothia, pour ce mot Languedoc. Et ores signifie un qui est nay en ce pays là, comme Provençal, celuy qui est nay en Provence. Il y en a qui rendent ces mots par Linguaoccitana, et Linguoccitanus, mais hors de raison" (dictionnaire étymologique, Menage)
Cela veut dire que jusqu'à la renaissance le Languedoc est toujours perçu comme le pays des Goths, même si l'étymologie est contestable. Rabelais, qui fit ses études à Montpellier le percevait ainsi -et n'appréciait pas ses habitants : "les Goths qui ont mis à destruction toute bonne littérature"...(parcequ'ils ne parlaient pas français ?)

      (à suivre)
  
 

vernetpoirson@yahoo.fr        starja@hotmail.fr






 









 

 

 
 

                               

 
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